Canne à sucre

Lancement réussi de la campagne pour sauver la filière canne-sucre

Premier meeting au Gol

Manuel Marchal / 18 décembre 2014

De nombreux planteurs, ouvriers et militants ont participé hier devant l’usine du Gol au meeting de lancement de la campagne pour sauver la filière canne-sucre. Dans ce lieu chargé d’histoire, hommage a été rendu aux planteurs victimes de la répression. Pour donner un avenir au résultat de tous ces sacrifices, la mobilisation va s’amplifier pour sauver la filière canne. Deux secrétaires généraux du PCR sont intervenus. Adoptée à l’unanimité, une motion sera remise au préfet.

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Rassemblement devant l’usine sucrière du Gol à l’appel du PCR.

Au Gol, les moulins continuent de tourner. C’est une des deux dernières usines sucrières de La Réunion. Mais en 2017, dans trois ans, elle risque bien de fermer. Déjà dans les années 70 il avait été question de menaces sur le Gol, car le Shah d’Iran voulait racheter la sucrerie. Grâce à la résistance des planteurs et des communistes, le projet avait échoué. Mais cette fois le risque est sans commune mesure car dans trois ans, c’est la fin du quota et du prix garanti du sucre.
Depuis de nombreuses années, le PCR ne cesse d’alerter sur l’échéance 2017. Ses craintes se sont confirmées l’an dernier quand le gouvernement français a voté pour la fin des quotas en 2017, livrant ainsi le sucre réunionnais à la concurrence mondiale, sans protection. C’est pourquoi le PCR a accentué la mobilisation depuis plusieurs mois. Hier c’est une nouvelle étape qui a commencé, avec le lancement d’une série de meetings.
Planteurs, ouvriers, militants, ils étaient nombreux hier à venir de toute l’île pour se rassembler devant la grille de la cour de l’usine du Gol à Saint-Louis.

Comment résister à la concurrence ?

Alix Rousseau, secrétaire de la section communiste de Saint-Louis, a ouvert le meeting. Il a souligné l’importance de la bataille qui s’annonce pour sauver des milliers d’emplois.

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Alix Rousseau, secrétaire de la section communiste de Saint-Louis.

Yvan Dejean, secrétaire général du PCR, a tout d’abord rappelé que Saint-Louis est un lieu chargé d’histoire pour la bataille des planteurs, en particulier lors de la répression des années 60. Il a évoqué la bataille contre les CRS à l’angle de la rue principale et de la rue Verte. Elle s’était soldée par la mort d’un planteur.
D’autres planteurs ont été violemment frappés durant leur garde à vue. C’est pourquoi il n’est pas étonnant que le PCR ait choisi l’usine du Gol à Saint-Louis pour amplifier la bataille pour sauver la filière canne.
Après ce rappel historique, Yvan Dejean a expliqué en quoi consiste la menace.
Aujourd’hui, le sucre bénéficie d’un prix minimum garanti d’environ 400 euros la tonne. Pour la production réunionnaise, ce prix s’applique pour un quota de 300.000 tonnes. Autrement dit, tout le sucre produit à La Réunion peut bénéficier de ce prix garanti. De ce prix découle celui de la canne payé au planteur. Ce dernier reçoit en moyenne 70 euros par tonne livrée.

En 2017, il n’y aura plus de prix garanti. Les prix vont s’aligner sur le cours mondial qui est aux alentours de 200 euros. Cela voudrait dire que le prix de la canne tomberait à 35 euros la tonne. Même avec 70 euros la tonne, la situation du planteur n’est pas facile, comment pourra-t-il s’en sortir s’il ne touche que 35 euros par tonne ?
Pour faire face à la concurrence mondiale, la filière canne a demandé une aide supplémentaire de 38 millions d’euros par an à l’État à partir de 2017. Le 21 août 2014, dans l’usine de Bois-Rouge, François Hollande a dit qu’il était d’accord, mais a déclaré qu’il devait demander l’autorisation à l’Union européenne. Quatre mois plus tard, aucune nouvelle de la demande.

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Yvan Dejean, secrétaire général du PCR.

Le secrétaire général du PCR précise que cette réforme touche aussi la France qui produit du sucre de betterave. Là-bas, le ministre de l’Agriculture a décidé de créer un comité d’experts pour sauver la filière betterave-sucre. Cette mesure doit s’appliquer aussi à La Réunion, dit Yvan Dejean : « Nou lé pas plis, nou lé pas moin ».
Car si rien n’est fait, ce sera la plus grande crise économique, sociale et environnementale de l’histoire de La Réunion.

Toute La Réunion concernée

Maurice Gironcel, secrétaire général du PCR, a expliqué ce qui risque d’arriver. Il a rappelé la crise du géranium. Ces planteurs avaient des assurances du gouvernement. Quelques années plus tard, tous étaient ruinés. Ils étaient des milliers, et les emplois perdus dans les Hauts n’ont pas été recréés.
Pour la filière canne, la crise a déjà commencé. Il ne reste plus que deux usines et moins de 4.000 livreurs de canne. Toutes les autres sucreries se sont arrêtées. Grand-Bois, Pierrefonds, Stella, Quartier Français, Savanna… à chaque fermeture d’usine, c’étaient des emplois supprimés qui n’ont pas été remplacés. Ce sont des quartiers sinistrés du jour au lendemain.
Cette fois, c’est la survie de la filière canne qui est en jeu. Car si la filière n’arrive pas à obtenir un soutien plus important de l’État, alors l’usinier n’aura pas la certitude de vendre son sucre et par conséquent il n’achètera plus de cannes aux planteurs.
La canne, ce sont plus de 7.000 petites entreprises agricoles, deux usines, des transporteurs pour la canne et le sucre et tous les commerçants qui vivent autour. Cela représente des dizaines de milliers de familles. Ce sont également 25.000 hectares de terres épierrées qui seraient livrées à l’érosion. Car une racine de canne, cela retient la terre sur 6 mètres.

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Maurice Gironcel, secrétaire général du PCR.

Maurice Gironcel souligne que d’autres secteurs économiques sont déjà en grande difficulté. Le BTP ne va pas bien du tout à cause de la suppression de plus de 10.000 emplois depuis l’arrêt des grands chantiers.
Le secrétaire général du PCR rappelle qu’il est possible de rechercher d’autres produits dérivés de la canne afin de ne plus dépendre essentiellement du sucre.
Enfin, Maurice Gironcel demande aux militants d’interpeller les prétendants aux prochaines élections départementales. L’agriculture est une compétence du conseil général, que proposent donc les candidats pour sauver la canne ?
En conclusion, il lance un appel au rassemblement, car la canne à sucre concerne toute La Réunion.

Le meeting s’est conclu par la lecture d’une motion par Annie Pattiama, agricultrice. Le texte a été adopté à l’unanimité. Il sera remis au préfet.
Après ce lancement, la campagne va s’amplifier.

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