Canne à sucre

Les planteurs de canne à sucre bloqués par les conséquences des accords de 1969

Revalorisation du prix de l’électricité produite avec la canne

Manuel Marchal / 15 avril 2010

La question du prix de la bagasse ne se poserait pas aujourd’hui si le mode de partage des richesses de la canne à sucre n’avait pas changé à la suite de la signature des accords de 1969. Car à l’époque, le planteur était propriétaire de 66% des produits de la canne, il aurait donc obtenu automatiquement 66% du bénéfice tiré de la vente de l’électricité produite à partir de la bagasse. Mais parce que le planteur n’est plus propriétaire de la canne et de tous ses produits, alors il doit attendre que les centrales thermiques et EDF renégocient leurs contrats en fonction du nouveau prix de l’électricité produite avec la canne.

Depuis plus de 40 ans, les planteurs luttent pour obtenir une rémunération plus juste de leur travail. En effet, en 1969, Jean-Paul Virapoullé au nom de la Fédécanne a signé avec les usiniers des accords qui ont de lourdes conséquences pour leu pays. Depuis cette date, le planteur a une fonction de fournisseur de matière première, il vend sa canne à l’usinier en échange d’un prix. À partir de ce moment, l’usinier fait ce qu’il veut de la canne qui devient sa propriété. Cela explique pourquoi les planteurs n’obtiennent pas un centime sur les alcools qui sont produits, et qu’ils doivent aujourd’hui lutter pour obtenir une partie de la revalorisation du prix de l’électricité produit avec la bagasse.
En effet, selon l’ancienne répartition des richesses tirées de la canne, les planteurs auraient automatiquement obtenu les deux tiers des bénéfices tirés de la vente de l’électricité produite avec la bagasse, et l’industriel, qui transforme la bagasse en électricité, le tiers.

Le retard s’accumule

Au lieu de cela, la structure de la filière définie par les accords de 1969 oblige à rechercher des modalités d’application bien compliquée. En effet, la revalorisation du prix de l’électricité doit être versé par EDF au producteur d’électricité, c’est-à-dire la centrale thermique. Comment faire pour que cette somme puisse être versée au planteur, sachant que le planteur n’a aucun lien avec la centrale thermique ? C’est sans doute là que réside un des facteurs qui explique le retard pris dans le traitement du dossier.
Car les 13 euros par tonne de canne pour les planteurs et les usiniers annoncés l’an passé par le Premier ministre sont déjà le résultat d’un premier calcul. En effet, le prix payé au producteur d’électricité par EDF est en fonction de l’électricité produite à partir de la bagasse. Il ne se calcule donc pas en termes de tonnes de cannes livrées, mais en kilowattheures achetés par EDF. C’est à partir de cette somme que le propriétaire de la centrale thermique prend déjà sa part. La somme résiduelle, ce sont ces 13 euros par tonne de cannes, sur lesquels les planteurs ont obtenu 11,05 euros par tonne de cannes livrée. Sur la base d’une récolte de 1.907.630 tonnes, les planteurs ont donc droit à plus de 21 millions d’euros au titre de cette prime bagasse.

Le résultat d’une signature vieille de plus de 40 ans

Dans un autre cadre, à savoir la répartition des bénéfices tirés de la canne selon le rapport deux tiers pour le planteur, et un tiers pour l’industriel, aucune complication n’était à attendre. Il suffisait de diviser la somme globale par trois, de verser ce tiers à l’industriel, le reste étant ensuite partagé entre tous les planteurs en fonction de la production de chacun. Il n’y aurait donc pas à attendre que les propriétaires des centrales rédigent un nouveau contrat avec EDF pour qu’ensuite soient définies les modalités de paiement de 21 millions d’euros aux planteurs.
Ce retard pris dans le versement d’une partie du fruit de la revalorisation du prix de l’électricité produite à partir de la canne illustre à nouveau les conséquences d’une décision prise voici plus de 40 ans. Une décision qui a fait passer le nombre de planteurs de 25.000 à moins de 4.000, provoqué la mise au chômage de milliers de travailleurs d’usine, transformé des terres agricoles en objet de spéculation, et qui débouche aujourd’hui sur la vente de l’industrie sucrière réunionnaise et de ces deux siècles d’avancées technologiques à des planteurs de betteraves.

Manuel Marchal


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