Canne à sucre

Les planteurs de canne à sucre s’appauvrissent

L’État reconnaît une baisse du pouvoir d’achat des fournisseurs de Tereos

Manuel Marchal / 22 juin 2017

L’État a de nouveau été hier l’intermédiaire entre les planteurs et Tereos. Un de ses représentants a reçu successivement les syndicats et l’industriel. Cette rencontre a permis de démontrer que la stagnation du prix de la canne fait baisser régulièrement le pouvoir d’achat des planteurs.

JPEG - 88.7 ko
Tant qu’aucun accord ne sera trouvé, Tereos n’aura pas de cannes pour ses usines.

Le pouvoir d’achat des planteurs ne cesse de diminuer, c’est ce qui ressort de la réunion d’hier entre les planteurs et l’État. Cette démonstration ne fait que souligner la justesse des revendications des planteurs qui demandent une revalorisation du prix de la canne de 6 euros, ainsi que le bénéfice intégral de la recette bagasse payée par les abonnés d’EDF au titre de l’électricité produite par la bagasse.

Entre 2005 et 2015, les charges d’exploitation ont augmenté de 39 % alors que les revenus tirés de la canne stagnent. L’État a d’ailleurs reconnu que le coût de production a augmenté de 28 % en 10 ans, a indiqué hier Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d’agriculture.

Un bonus sur le sucre blanc

Pour sa part, l’industriel ne propose qu’une augmentation de 49 centimes par tonne prise sur l’écart technique, et un bonus versé aux planteurs si le prix du marché du sucre blanc dépasse 470 euros. Sa proposition ne prend comme seule référence que le sucre blanc. 110.000 tonnes de la production réunionnaise sont destinées à être raffinée en sucre blanc vendu sur le marché européen. Elles entrent en concurrence avec le sucre de betterave qui sort des usines européennes avec un coût de production nettement inférieur à celui de La Réunion. C’est pour compenser cette différence que l’État a été autorisé à verser chaque année 28 millions d’euros jusqu’en 2020 au producteur de sucre de La Réunion.

Mais Tereos ne dit rien sur l’autre moitié de la production sucrière, qui concerne les sucres spéciaux. Ce sont les sucres qui sont vendus les plus chers, et qui ne sont pas concurrencés par le sucre de betterave. Tereos exporte chaque année 85.000 tonnes de sucres roux de canne destiné à ce marché de 200.000 tonnes à l’échelle de l’Europe. Ce sucre se retrouve dans les réunions de la grande distribution à plusieurs euros le kilo, soit plusieurs milliers d’euros par tonne. Les planteurs demandent donc que la transparence soit faite sur les recettes des sucres spéciaux, et que les bénéfices tirés de cette activités soient mieux répartis entre Tereos et les livreurs de matière première.

Et les sucres spéciaux ?

Depuis plus de 20 ans, le prix de référence de la canne à sucre est resté le même. Les planteurs demandent une revalorisation de 6 euros pour que le prix payé par Tereos toutes subventions déduites soit de 24 euros, et donc aligné sur celui de la betterave sucrière en France.

Pendant cette période de stagnation du prix de référence de la canne à sucre, la production sucrière de La Réunion a évolué. La part des sucres spéciaux n’a cessé d’augmenter depuis 20 ans, ce qui signifie que la valeur ajoutée tirée de la transformation de la canne en sucre a suivi la même tendance à La Réunion. Cette augmentation ne s’est pas traduite dans le prix de la canne à sucre. Plus grave encore, les planteurs doivent faire face à la hausse des coûts de production. Conclusion : leur pouvoir d’achat diminue. C’est une situation paradoxale, car la richesse tirée de la canne qu’ils produisent n’a fait qu’augmenter.

Plus que jamais, la transparence sur toutes les richesses tirée de la canne à sucre est donc indispensable. Et dans l’urgence, l’augmentation de 6 euros du prix de référence de la canne à sucre nécessaire. Dans l’attente de la conclusion des discussions, les planteurs ont décidé de ne pas couper. L’intransigeance de Tereos risque donc de reporter le début de la campagne sucrière.

M.M.



Un message, un commentaire ?



Messages






  • Il est clair que l’entreprise Téréos est prête ruiner la plus part des petits planteurs de canne de la Réunion plutôt que d’accepter la revalorisation du prix de la canne qu’ils demandent pour pouvoir survivre. Le rôle de médiation de l’Etat entre les planteurs et l’entreprise internationale a permis jusqu’ici d’éviter que la situation ne dégénère et que les planteurs ne passent à des actions plus violentes . Mais il est urgent de trouver une solution satisfaisante pour ceux qui sont en train de se battre pour leur survie si on ne veut pas que le conflit prenne une tournure plus violente .

    L’exploitation de la canne à sucre pouvant être considérée comme une activité d’intérêt général pour l’ensemble des réunionnais , ne pourrions nous pas envisager de nationaliser ce secteur d’activité et de le gérer dans le cadre d’une entreprise publique régionale ou d’une société régionale d’économie mixte dans laquelle l’état et les collectivités territoriales concernées seraient majoritaires ou en tout cas auraient la possibilité de prendre les décisions qui s’imposent dans l’intérêt de
    tous .

    Ce ne serait pas la première fois que cette solution serait utilisée pour sauver une entreprise en difficulté . Actuellement on considère que les différents acteurs de la filière de la Réunion comme des entreprises distinctes qui travaillent individuellement comme bon leur semble avec ou sans l’aide de leur représentants syndicaux .Mais en réalité on pourrait considérer que l’exploitation de la canne à sucre à la Réunion fait intervenir plusieurs personnes dans une même entreprise
    et que ces personnes sont toutes interdépendantes les unes des autres . Cette entreprise serait une entreprise publique régionale ou une société d’économie mixte qui serait dirigée par un conseil d’administration unique et qui répartirait les bénéfices réalisés entre tous le membres de l’entreprises selon l’importance de leur part . Mais les planteurs et les usiniers seraient d’abord considéré comme des travailleurs d’une même entreprise et recevraient chaque mois un salaire correspondant au travail qu’ils auraient effectués selon le tonnage de canne traité chaque année . Le niveau de salaire serait
    déterminé selon une moyenne sur les 5 dernières années et selon les subventions qui auront été injectées dans l’entreprise pour lui permettre de rester rentable tout en attribuant une rémunération décente à tous ceux qui la font tourner .

    Une telle solution n’irait pas à l’encontre du libéralisme car chacun aurait la possibilité de l’accepter ou pas , mais même si elle
    ressemble un peu à une nationalisation qui n’est plus tout à fait au goût du jour actuellement , elle permettrait au moins d’éviter de plonger dans la misère noire des milliers de personnes qui pour survivre n’auront plus d’autre alternative que d’aller s’inscrire au chômage et mendier une aide à leur bureaux d’aide sociale . Il y a déjà trop de chômeur à la Réunion et notre devoir à tous est d’éviter que leur nombre n’augmente chaque année un peu plus .

    Article
    Un message, un commentaire ?


Kanalreunion.com