Canne à sucre

Les planteurs de canne à sucre vont-ils subir une nouvelle trahison ?

Un an après le discours de François Hollande à Bois-Rouge, à trois semaines d’un conseil des ministres européens de l’agriculture

Manuel Marchal / 13 août 2015

La semaine dernière, la Commission européenne a décidé de signer un accord commercial permettant au Vietnam d’importer du sucre roux de canne en Europe. Il viendra concurrencer directement la moitié de la production réunionnaise, vendue sous cette forme en Europe. Cet accord va à l’encontre de la demande de la filière canne, soutenue en principe par le gouvernement français, d’exclure le sucre roux de canne des négociations commerciales de la Commission européenne. Cette décision arrive un an après les promesses de François Hollande dans son discours de Bois-Rouge. Et un après, toujours aucune nouvelle de l’autre engagement : où est la demande de la France pour porter à 128 millions d’euros par an la subvention qu’elle devra verser aux filières canne de La Réunion et des Antilles. Ces faits soulignent l’importance de la démarche du PCR : demander que les revendications de la filière canne-sucre soient défendues avec celles des éleveurs lors du Conseil des ministres européens du 7 septembre.

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Un an après le discours de François Hollande à Bois-Rouge, rien n’est réglé.

L’an dernier, un rapport parlementaire avait relayé les revendications du Syndicat du sucre de La Réunion. Lors de son audition à l’Assemblée nationale, le président de ce syndicat avait clairement mis en garde contre la principale conséquence de la fin du quota sucrier en 2017 : la difficulté de trouver des acheteurs pour le sucre de canne de La Réunion. Ce dernier ne sera plus protégé dans deux ans. Il sera d’un part concurrencé par le sucre de betterave produit en Europe, et d’autre part par le sucre roux importé d’Amérique latine et d’autre région du monde.

Les deux engagements de la France

C’est pourquoi le rapport avait avancé deux propositions. La première était l’augmentation de la subvention annuelle de l’État de 38 millions d’euros. Cette somme vise à compenser le déficit de compétitivité du sucre de canne de l’outre-mer par rapport au sucre de betterave. Cela signifie une aide annuelle de l’État de 128 millions d’euros tous les ans à partir de 2017. Cela suppose un accord préalable de la Commission européenne.

La seconde proposition était de demander à la Commission européenne de ne plus ouvrir davantage l’Europe aux importations de sucre roux de canne. En 2014, la Commission avait ainsi accordé un quota d’importation aux pays du Pacte andin et s’apprêtait à faire de même avec l’Afrique du Sud. Étant donné que ce marché du sucre roux n’est pas extensible, et que la moitié de la production réunionnaise y est écoulée, toute nouvelle importation est un danger, car ailleurs dans le monde, les coûts de production du sucre roux sont bien plus faibles qu’à La Réunion.

Le gouvernement s’était engagé sur ses deux propositions. Dans son discours prononcé le 21 août dernier à Bois-Rouge, François Hollande avait déclaré qu’il soutenait la demande des 38 millions d’euros supplémentaires et que la France allait faire le nécessaire pour obtenir l’accord de la Commission européenne. Sur le second point, la France avait promis de s’engager pour que la Commission européenne exclue le sucre roux de canne des futures négociations commerciales.
Un an après, le constat est clair. Toujours aucune nouvelle de la demande de hausse de la subvention que Paris devait demander à Bruxelles.

La Commission s’assoit sur une promesse de Hollande

Quant à l’exclusion du sucre roux de canne, le moratoire obtenu avec l’Afrique du Sud aurait pu laisser croire que l’appel de la filière réunionnaise avait été entendu. Mais la semaine dernière, l’Union européenne a conclu un accord de libre échange avec le Vietnam. Younous Omarjee révèle que la Commission européenne a décidé d’inclure le sucre roux dans cet accord. C’est donc une concurrence supplémentaire pour le sucre de La Réunion. Le député de l’Union des Outre-mer rappelle les efforts menés pour défendre l’exclusion. Cette position devait, en principe, être défendue par le gouvernement français suite aux engagements du président de la République.
Force est de constater le résultat : le sucre de La Réunion devra faire face à une concurrence plus importante en 2017.

Le dernier espoir se situe désormais au niveau des gouvernements car cet accord doit être validé par le Conseil européen. La France arrivera-t-elle à faire entendre la voix de la filière canne de La Réunion face à 27 autres pays ?

En tout état de cause selon Younous Omarjee, la décision de Bruxelles est une bien mauvaise nouvelle pour notre filière canne sucre, attaquée de tous les côtés et victime de l’aveuglement d’une commission européenne qui au lieu de défendre les productions communautaires et les emplois qui en dépendent préfère se soumettre aux dogmes du libre échange en des termes parfaitement excessifs.


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