Canne à sucre

Les planteurs de cannes à sucre vont enrichir les planteurs de betteraves de France

40 ans après la signature des accords de 1969 par Jean-Paul Virapoullé

Manuel Marchal / 11 janvier 2010

L’annonce de la prise de contrôle de l’industrie sucrière réunionnaise par une coopérative de planteurs de France est le résultat logique d’une crise provoquée par les accords de 1969. Outre la perte de tous les produits de la canne sauf le sucre et la bagasse, les accords de 1969 ont fait que le planteur est exclu de tous les choix stratégiques de la filière.

La cession de 65% du groupe Quartier français signifie la prise de contrôle de l’industrie sucrière réunionnaise par une société qui n’est autre qu’une coopérative de planteurs de France, pas de La Réunion.

Cette opération est le nouveau révélateur d’une crise due à un changement structurel provoqué par les accords de 1969.

Avant la signature de ces accords, le planteur était le propriétaire de la canne à sucre de la plantation de la bouture à la commercialisation des produits. Pour sa part, l’usinier était un transformateur qui pour rémunérer l’utilisation de ces machines était rémunéré à hauteur d’un tiers des revenus tirés de la canne. Autrement dit, si ce changement structurel n’avait pas eu lieu, le planteur serait le propriétaire de deux tiers des revenus tirés des sucres, des alcools, de la bagasse… en résumé, des deux tiers de tous les produits de la canne qu’il a pris le risque de planter.

Mais les accords de 1969 ont introduit une autre réalité. Le planteur est devenu un fournisseur de matière première qui vend sa production à un usinier. Lequel usinier devient le propriétaire de tous les produits qui sont issus de la canne à sucre : sucre, alcools et produits financiers résultats des bénéfices tirés.

À Maurice, les planteurs européens sont des clients

Cet accord a permis également d’ouvrir la voie à la séparation du capital foncier du capital industriel. Les accords de 1969 permettent aux usiniers de se concentrer sur l’industrie, ils vendent leurs terres à cannes et commencent la diversification.

Ces accords donnent à l’usinier le monopole de la commercialisation des produits de la canne. Ils renforcent la position de l’industriel à la tête de la filière. C’est lui qui fixe les choix stratégiques de la filière, sans que le planteur n’ait son mot à dire.

La cession de 65% du groupe industriel à un acteur dont le centre d’intérêt n’est pas La Réunion en est l’illustration. La structure de la filière a permis à un de ses acteurs de transférer la propriété de l’outil industriel sans que les planteurs soient associés à cette décision. C’est le résultat de l’accord de 1969, nous enseigne l’expérience d’un pays voisin où les planteurs n’ont pas été spoliés de leurs revenus et de leur pouvoir de décision.

À 200 kilomètres de La Réunion, c’est d’une toute autre manière que se déroulent les choses. Lorsqu’à la suite des injonctions de l’Organisation mondiale du commerce, les Européens décidèrent de réformer leur marché intérieur sucrier, les Mauriciens ont décidé d’anticiper l’échéance de la fin du quota et du prix garanti. C’est alors mise en place une réflexion ouverte à tous les acteurs de filière. Il s’agissait de préparer la réforme de l’industrie sucrière avec l’évolution du Protocole sucre en ligne de mire, en partenariat avec l’Europe.

Et à la différence de La Réunion où des planteurs de betteraves européens deviennent les propriétaires de l’industrie sucrière, les planteurs européens sont des clients de l’industrie sucrière mauricienne.

Cette réforme s’est organisée en changeant le produit de base exporté par la filière canne mauricienne. Le choix a été fait de miser sur le sucre blanc, tout en développant d’autres produits tels que l’éthanol et l’électricité.
Cette stratégie s’est concrétisée par la signature d’un contrat avec Südzucker, le numéro européen du sucre. Ce ne sont pas seulement les industriels, mais toute la filière qui s’engage à livrer 400.000 tonnes de sucre blanc par an à cette coopérative de planteurs européens.

En effet, pour produire ce volume, les acteurs de la filière canne à Maurice ont décidé de construire deux raffineries. Les planteurs sont propriétaires de 35% de ces raffineries, tout comme les planteurs de Maurice ont la garantie d’être propriétaire de 35% de tout nouvel outil industriel lié à la canne.

Et au moment où l’Europe a décidé de dénoncer le Protocole Sucre, les Mauriciens étaient prêts à affronter le prix du marché mondial grâce à un produit à plus haute valeur ajoutée.

40 ans après les accords de 1969, et à moins de cinq ans de l’échéance 2014 du nouveau règlement sucrier, c’est donc un changement fondamental qu’est en train de connaître la filière canne.

Désormais, la direction politique de la filière est transférée vers un groupe dont le centre d’intérêt n’est pas La Réunion. Téréos est en effet un acteur essentiel de la filière canne du Brésil, le premier producteur mondial de cannes à sucre.

 Manuel Marchal 


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