Canne à sucre

Les planteurs obtiennent 6 millions d’euros par an de Tereos

Signature de l’avenant à la Convention canne pour 2017-2021 : la lutte a payé

Témoignages.re / 12 juillet 2017

La mobilisation des planteurs leur a permis de garantir leur survie jusqu’en 2021 en obligeant Tereos à céder 6 millions d’euros. Ils ont obtenu une hausse du prix de la canne à sucre de 3 euros par tonne pour les 700 premières tonnes livrées, puis dégressive ensuite. C’est le résultat de 3 mois de luttes, marqués par l’occupation pendant 13 jours du parking devant la préfecture.

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Isidore Laravine, co-président planteur, et Florent Thibault, co-président industriel, ont signé hier un accord qui permet la survie des planteurs jusqu’en 2021.

Au lendemain d’une nouvelle journée de mobilisation, les syndicats de planteurs tenaient deux assemblées générales pour discuter de la proposition d’accord négociée lundi soir.

Après que ces réunions aient abouti sur un accord avec les propositions, les représentants des syndicats et de Tereos ont tenu hier soir à la préfecture une assemblée plénière du Comité paritaire de la canne et du sucre en présence du préfet de La Réunion, Amaury de Saint-Quentin. Autour de la table, la CGPER, la FDSEA, les Jeunes Agriculteurs, le Syndicat du Sucre et le préfet de La Réunion ont signé le document.

Le texte paraphé hier fait bouger deux valeurs depuis longtemps immuables : l’écart technique et le prix de base au profit des planteurs. Au total, Tereos cèdera 6 millions d’euros par an aux planteurs. C’est une avancée car au début des négociations, l’industriel ne voulait pas lâcher un centime. Rappelons que grâce à la mobilisation de toute la filière, l’État versera tous les ans jusqu’en 2020 une aide supplémentaire de 28 millions d’euros. Mais cette subvention du gouvernement est versée en totalité à Tereos qui voulait en garder tout le bénéfice. Trois mois d’actions des planteurs dans l’unité ont permis de faire plier un des plus grands groupes sucriers du monde.

L’accord permettra à des planteurs d’obtenir une hausse de leurs revenus sur la base de d’une hausse du prix de la canne cette année de 3,88 euros par tonne.

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La FDSEA et Jeunes Agriculteurs ont signé l’accord tout comme la CGPER.

3 euros de plus pour les 700 premières tonnes

L’augmentation se décompose comme suit. Le prix de référence pour une richesse en sucre de 13,8 passe de 39,09 euros la tonne à 40,07 euros, soit une augmentation de 0,98 euro. 1,62 euros concernent des mesures telles que le prix de la mélasse, celui de la bagasse production notamment. Un bonus de 0,44 euro par tonne est également attribué pour les 700 premières tonnes livrées. Cette question a été l’occasion de débats animés lors des assemblées générales des syndicats hier, car les livreurs de plus de 700 tonnes estimaient le gain insuffisant. D’autres planteurs estimaient que les trois mois de mobilisation marqués par 15 derniers jours d’action intensives méritaient mieux qu’une hausse de 3 euros alors que la base des revendications était l’augmentation du prix de la canne à sucre de 6 euros par tonne.

Les planteurs qui mécanisent avec la coupeuse de cannes longues disposeront d’une enveloppe de 500.000 euros pour compenser la perte de richesse en sucre provoquée par l’utilisation de ce matériel. Ceux dont les cannes ont une richesse comprise entre 9,8 et 11,8 seront payés sur la base de 11,8, tandis que les planteurs qui n’arrivent pas à atteindre 9,8 ne pourront être rattrapés que 2 fois par campagne. La sollicitation d’une aide du Conseil départemental pour la cinquantaine de planteurs concernée est à l’étude.

Enfin, les planteurs de canne à sucre pourront diversifier jusqu’à 20 % de leur activité, contre 10 % dans le texte initial.

Intéressement en bonus

La nouveauté réside dans le versement d’un intéressement lié à l’évolution du cours du sucre blanc en Europe calculée sur l’année précédente. Pour cette année, cette somme s’élevera à 0,88 euro. L’intéressement sera versé une fois par an, au mois d’octobre.

Au début des discussions, Tereos ne voulait pas lâcher un centime, puis avait fini par proposer 0,49 euro par tonne. Au final, il doit céder 6 millions d’euros par an.

Du côté des responsables syndicaux, l’heure est à la satisfaction. Les planteurs revendiquaient 6 euros par tonne de hausse, ils en obtiennent la moitié. Mais, comme l’indique Isidore Laravine, si la revendication avait été plus faible, les planteurs n’auraient jamais obtenu 3 euros d’augmentation par tonne pour les 700 premières tonnes livrées.

Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d’Agriculture, estime qu’ « on va survivre jusqu’en 2021, on espère qu’il n’y aura pas de catastrophe pour le prix du sucre. Nous suivrons l’évolution des prix avec attention ».

2021 se prépare maintenant

Les planteurs ne comptent pas en rester là. Ils veulent dès à présent préparer l’après-2021. Cela passe notamment par la valorisation de nouveaux produits, comme l’acide aconitique, indique Isidore Laravine, co-président de la Commission paritaire de la canne et du sucre.

Pour sa part, Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d’Agriculture, souligne qu’un combat reste la transparence. Tereos refuse en effet de dire combien rapportent toutes les richesses tirées de la canne, se retranchant derrière le secret des affaires au sujet des ventes de sucres spéciaux qui représentent en volume près de la moitié de la production sucrière, et bien sûr beaucoup plus en valeur.

Le président de la Chambre d’Agriculture plaide pour la création d’une marque de sucre réunionnaise vendue en France et identifiée comme telle, car le sucre roux de canne produit dans notre île est garanti sans OGM.

Explorer de nouvelles pistes

C’est un point de vue partagé par Frédéric Vienne de la FDSEA. En effet, si Tereos a des difficultés à placer 100.000 tonnes de sucre blanc sur le marché européen, pourquoi ne pas travailler encore plus la valorisation des sucres spéciaux, et utiliser l’autre partie de la production cannière à d’autres valorisations plus sûres que le sucre blanc ?

Une autre piste à explorer est la modernisation du CTICS (Centre technique interprofessionnel de la canne et du sucre). De nouvelles techniques d’analyse des cannes pourraient révéler une richesse en sucre plus juste et augmenter les revenus des planteurs.

Les trois années qui séparent les planteurs de la négociation de la prochaine Convention canne pourraient donc être mises à profit dans la recherche de nouvelles valorisation, de nouveaux procédés pour que la canne à sucre puisse réussir à survivre à La Réunion malgré la mondialisation des échanges.

M.M.

Isidore Laravine, représentant des planteurs, Amaury de Saint-Quentin, préfet de La Réunion, et Florent Thibault, représentant de Tereos, signent l’avenant à la Convention canne.


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