Canne à sucre

Les Réunionnais doivent être responsables de leur avenir

La Réunion encore sacrifiée au profit des intérêts de l’industrie européenne

Manuel Marchal / 19 septembre 2015

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne d’une part et la Colombie et le Pérou d’autre part entre dans sa ligne droite finale. La France a lancé la procédure de ratification. Après avoir été adopté par l’Assemblée nationale, le texte arrive au Sénat. L’accord prévoit l’importation de 20.000 tonnes de sucre qui concurrencera directement la production réunionnaise en 2017. Les intérêts de La Réunion n’ont pas été pris en compte, car les Réunionnais n’ont pas pu négocier pour la partie qui les concerne. L’union des forces de progrès rassemblant notamment le PCR et le Progrès propose de remettre en cause ce schéma pour que les Réunionnais puissent être responsables de leur avenir.

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Jeudi 17 septembre, l’Assemblée nationale a adopté le Projet de loi autorisant la ratification de l’accord commercial entre l’Union européenne et ses États membres, d’une part, et la Colombie et le Pérou, d’autre part. Il va maintenant être débattu au Sénat. Ce texte découle d’un accord négocié par la Commission européenne au nom des États membres de l’UE, et signé en 2012. Tout cela s’est fait sans que les Réunionnais aient droit à la parole. Or cet accord prévoit d’ouvrir le marché européen à 22.000 tonnes de sucre fabriquées dans ces pays à un coût bien plus faible qu’à La Réunion.
Le 21 août 2014 lors de la venue de François Hollande à Bois-Rouge, cet accord avait été dénoncé par le représentant des industriels sucriers. À partir de 2017, ces 22.000 tonnes de sucre entreront directement en concurrence avec les sucres spéciaux produits à La Réunion. À cette date, le sucre réunionnais ne bénéficiera plus de la protection du quota.
Aux Antilles, cet accord aura de lourdes conséquences pour la banane. Les droits de douane pour les bananes importées de Colombie et du Pérou passeront de 145 euros la tonne aujourd’hui, à 75 euros la tonne en 2020. Un mécanisme transitoire de protection est prévu pour les 5 prochaines années, mais ensuite ce sera terminé. Compte tenu de la différence de coût de production, la production de bananes vivra une grande crise aux Antilles.

270 millions de bénéfices pour les Européens

Le projet de loi s’accompagne d’une étude d’impact. Ce document souligne les bénéfices pour l’industrie européenne d’un tel accord. « L’économie annuelle résultant de l’ouverture des marchés andins pour les exportateurs européens de produits industriels et produits de la pêche est estimée à un montant de 250 millions d’euros par an, au plus tard 10 ans après son entrée en vigueur, tandis qu’elle devrait avoisiner les 270 millions d’euros par an, à la fin de la période de transition (17 ans) pour les produits agricoles », indique l’étude.
Dans le détail, « les économies de droits de douane atteindront plus de 33 millions d’euros pour le secteur de l’automobile et des pièces détachées automobiles, environ 16 millions d’euros pour les produits chimiques et plus de 60 millions d’euros pour les textiles. Les produits pharmaceutiques et les produits des télécommunications bénéficieront, eux aussi, de réductions significatives de droits ».
Ceci montre bien que face aux bénéfices escomptés pour l’industrie européenne, les intérêts des planteurs des Antilles et de La Réunion n’ont pas pesé lourd.

La Réunion noyée dans le libre-échange

D’autres accords sont en préparation. D’autres pays producteurs de sucre de canne demandent le droit d’exporter une partie de leur production vers l’Europe en échange de l’ouverture de leur marché aux produits européens. Un accord de ce type vient d’être négocié par la Commission européenne avec le Vietnam. Un autre va concerner la Thaïlande, deuxième exportateur mondial de sucre de canne derrière le Brésil.
À l’échelle de ces négociations, les 3.000 livreurs de canne et les deux usines sucrières de La Réunion ont une importance toute relative face aux immenses bénéfices que l’industrie européenne cherche à obtenir.
C’est pourquoi dans le cadre actuel, les intérêts réunionnais seront toujours sacrifiés. C’est pourquoi il est essentiel que les Réunionnais puissent avoir le droit à la parole dans ces négociations. C’est en effet l’avenir de La Réunion qui s’y joue. Cela implique de nouvelles responsabilités pour les Réunionnais. Mais c’est le seul moyen pour tenter de préserver nos intérêts en discutant directement avec les pays avec qui l’Union européenne veut négocier des accords de libre-échange.

La Réunion doit se faire entendre

Si les Réunionnais pouvaient négocier directement avec les Vietnamiens pour la partie qui les concerne, ne serait-il pas possible d’arriver à un meilleur résultat que ce qui est aujourd’hui obtenu ? L’histoire de la relation entre La Réunion et le Vietnam n’est pas la même que celle entre le Vietnam et l’Europe, en particulier la France. Une solidarité de luttes s’est développée entre La Réunion et le Vietnam pendant la longue guerre de libération menée par le peuple vietnamien contre les armées françaises puis américaines.
Ne serait-elle pas prise en compte dans des discussions directes entre Réunionnais et Vietnamiens qui préserveraient les intérêts du peuple réunionnais ?


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