Canne à sucre

Nassimah Dindar : « Pour la pérennisation de la filiere canne-sucre-énergie »

Lettre ouverte de la Présidente du Conseil Général à François Hollande

Témoignages.re / 23 juillet 2014

La présidente du Conseil général de La Réunion interpelle le chef de l’Etat. La fin de la filière canne rapportée à la population de la France, ce sont 2 millions de chômeurs, souligne-t-elle. François Hollande est prévenu, il devra s’exprimer sur ce sujet.

Monsieur le Président de la République,
Vous allez effectuer une visite de quelques heures dans la France de l’océan Indien, et notamment à La Réunion. Lors de cette visite, vous allez notamment vous arrêter à l’usine sucrière de Bois-Rouge. Vous le savez sans aucun doute, cette visite est attendue car les usiniers et planteurs de canne à sucre, et au-delà, toute une filière primordiale à La Réunion espèrent de vous des réponses concrètes et rassurantes à des inquiétudes légitimes.

En effet, l’Organisation Mondiale du Commerce a prévu la fin du régime préférentiel dont bénéficie la filière canne-sucre réunionnaise pour le 1er octobre 2017. Ce régime fixe un quota de production annuel dont l’Union européenne garantit le prix d’achat aux usiniers, tout en assurant, par un système de compensation via le POSEI abondé d’ailleurs par l’État, un revenu décent aux planteurs et un soutien notable aux industriels sucriers. Ce régime vivrait donc ses derniers mois, ce qui est impossible à accepter, car cet arrêt signifierait la fin de la filière réunionnaise canne-sucre-énergie, si aucune mesure compensatoire n’est envisagée.

Or cette filière est d’une importance vitale pour La Réunion. Ainsi, elle assure un emploi à plus de 18000 personnes. Si nous rapportions ce chiffre à la population active métropolitaine, cela constituerait une filière de plus de 2 millions d’actifs. La filière réunionnaise est de plus indispensable d’un point de vue social et sociétal, mais aussi nécessaire dans le cadre de la logique de développement durable qui nous tient tous à cœur, car elle protège les sols de l’érosion naturelle, permet l’absorption des résidus organiques et dessine les paysages réunionnais.

C’est pourquoi il est essentiel non seulement de la préserver, mais encore de la renforcer.
En effet des perspectives de développement existent, que ce soit au niveau de l’amélioration de la productivité, de la recherche génique, de la valorisation énergétique, de la chimie verte ou des exportations de savoir-faire. Le rapport parlementaire de mai 2014 met d’ailleurs en exergue de nombreuses pistes et sept propositions permettant la sauvegarde de la filière et son expansion.

Monsieur le Président, tous les acteurs de la filière, qui forment une véritable « Union Sacrée » dépassant les traditionnels clivages sociaux comme politiques, attendent de votre part un geste fort, marquant le soutien de l’État à ce secteur économique vital, au contraire de ce que certaines déclarations ont pu laisser craindre ces dernières semaines.

D’ores et déjà, je vous remercie de recevoir les Présidents des deux grandes collectivités de La Réunion, les parlementaires et les représentants de l’interprofession, au cours de votre prochain séjour dans notre département. Nous serions, pour notre part, favorables qu’au-delà de ce soutien nécessaire, vous demandiez à vos services déconcentrés la mise en place d’un groupe de travail comprenant Collectivités, Chambre d’Agriculture, syndicats agricoles, représentants des usiniers et des fabricants de sucre... afin de réfléchir ensemble aux modalités permettant à la filière canne-sucre-énergie de se projeter dans un avenir plus serein. Il y va de l’avenir de toute La Réunion !

Nassimah Dindar, Présidente du Conseil Général


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