Canne à sucre

Paul Vergès : sauvons les 18.000 familles victimes de la crise de la canne à sucre

La conspiration du silence autour de la crise de la filière canne-sucre doit cesser, les candidats aux régionales doivent parler

Manuel Marchal / 22 août 2015

Paul Vergès prend le pari que la crise de la canne à sucre à La Réunion sera dans la lignée de celles des épices, de la vanille, du vétiver et du géranium. Tous les candidats aux régionales sont interpellés : que proposent-ils à 18.000 familles menacées par la ruine ? « Que faire ? Que proposent les autres ? Le gouvernement français a imposé la monoculture, qu’il fasse face aux conséquences de sa politique », conclut Paul Vergès, « nous devons avoir des propositions de substitution qui ne sacrifient pas les planteurs ».

JPEG - 55.1 ko
Paul Vergès demande aux candidats aux régionales de dire ce qu’ils proposent aux 18.000 familles concernées par la crise de la canne à sucre.

Pour Paul Vergès, la crise de la canne à sucre à La Réunion n’est plus une menace mais une certitude. Elle a donc fait l’objet d’une conférence de presse hier pour casser la conspiration du silence : tous les candidats déclarés aux régionales évitent d’en parler.
Or, les dynamiques françaises, européennes et mondiales vont amener le sucre de La Réunion à la même conclusion que les épices, la vanille, le vétiver comme le géranium. « On organise la conspiration du silence, on avance des affirmations gratuites et la catastrophe arrive ».
« Cela fait bientôt 10 ans que l’OMC a obtenu la remise en cause de l’intégration du sucre dans le marché européen. Nous avons été les seuls à dénoncer le danger », rappelle le sénateur. 2017 verra fin du quota qui entraînera la fin du prix garanti.

Concurrence mortelle

Dans deux ans, le sucre réunionnais devra faire face à la concurrence mondiale. Il devra tout d’abord se mesurer au sucre de betterave.
Les betteraviers ont restructuré de fond en comble leur filière. Ils ont augmenté leur productivité et aussi le rendement en sucre de la betterave. « Ils pensent soutenir la concurrence avec le sucre de canne », précise le sénateur.
L’autre concurrence sera celle du sucre roux de canne produit en dehors de l’Europe. Ce mois-ci, la Commission européenne a signé un accord commercial avec le Vietnam. 20.000 tonnes de sucre seront sur le même marché que le sucre réunionnais. Un marché européen qui n’est pas extensible sur ce créneau bien spécifique.
La crise qui s’annonce sera donc considérable, elle ne touchera pas seulement les 3.000 planteurs, mais aussi les ouvriers d’usine, les transporteurs, les dockers et toutes les professions qui gravitent autour, soit 18.000 personnes. Cela fait 18.000 familles, donc environ 100.000 personnes concernées, souligne Paul Vergès.

Conspiration du silence

Face à cette crise, chacun doit assumer ses responsabilités.
Compte tenu que l’échéance 2017 aura lieu en plein dans le mandat des prochains conseillers régionaux, Paul Vergès interpelle donc les candidats déjà déclarés. Que proposent-ils à ces 18.000 travailleurs et à ces 100.000 personnes ? Force est de constater qu’eu égard à l’importance de la crise à venir, elle devrait figurer au cœur de la campagne. Mais elle est soigneusement évitée par cette classe politique. Paul Vergès appelle donc à rompre la conspiration du silence, et à trouver des solutions pour préserver les intérêts de toutes les personnes concernées.
« À quoi servent les politiques à La Réunion ? », déplore Paul Vergès, « toutes les communes concernées. Pourquoi les maires ne disent-ils pas aux planteurs : voici le sort qui vous attend ».
« La droite s’organise, fait de la com sur port de Bois-Rouge, la nouvelle route du littoral mais pas un mot de tous les élus de droite sur la crise de dans deux ans ».
Paul Vergès compte donc sur une campagne d’explication pour que les planteurs sachent ce qui se trame dans leur dos : « nous allons dire à tous les planteurs : qu’est-ce que les élus de La Réunion demandent au gouvernement comme solution à la crise de la canne à sucre ? »

La France devra aussi assumer

Car la France devra aussi assumer ses responsabilités. Le sénateur rappelle que si La Réunion est un pays de monoculture de la canne à sucre, c’est la conséquence d’une décision de la France. Le rétablissement de l’esclavage par Bonaparte avait entraîné la perte pour la France de Saint-Domingue, alors premier producteur mondial de sucre.
Pour compenser, les autorités françaises ont alors imposé la monoculture de la canne à sucre en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion.
Ce choix est la base de tout l’aménagement du pays, et de l’arrivée massive d’immigrants venus d’Inde. La canne à sucre est en effet une plante tropicale qui a besoin d’être transformée sur place. Il a fallu une main d’œuvre importante, des usines, puis un chemin de fer et un port. Cela a fait basculer en quelques décennies La Réunion de l’esclavage à une société capitaliste avancée, dotée d’une très importante classe ouvrière. C’est un phénomène historique original, ajoute Paul Vergès. Ce sont ces ouvriers des champs, des usines, les cheminots et les dockers qui sont à l’origine de la revendication de l’égalité, consacrée par la loi du 19 mars 1946.

Quel prix payé au planteur ?

Pour le sénateur, cette histoire prend fin aujourd’hui. Tout se faisait dans le cadre de l’intégration à la France. Le système s’est ensuite étendu à l’Europe, c’est la PAC. Aujourd’hui, il s’écroule par la puissance de l’OMC, qui obtient la fin du système d’intégration en 2017.
Quel sera alors le prix du sucre en 2017 ? Les gains de productivité obtenus pour le sucre de betterave sont impossibles pour le sucre de canne. C’est un premier handicap. Quant à la concurrence avec le prix mondial, le pari est encore plus mal engagé.
Responsable de la généralisation de la monoculture de la canne à La Réunion, le gouvernement français devra donc faire face aux conséquences de sa politique.

Quelles propositions pour sauver 18.000 emplois ?

Que faire, que proposent les autres ? Paul Vergès plaide pour « des propositions de substitution qui ne sacrifient pas les planteurs ». Le contexte est en effet explosif, avec plus de 40 % de la population en dessous du seuil de pauvreté, un taux de chômage très important, plus de 110.000 illettrés.
Dans les propositions possibles, le sénateur voit dans le co-développement un moyen de placer La Réunion sur la voie du progrès. Notre île possède encore un atout sur le plan de la recherche et de la formation par rapport à nos voisins. Avec Madagascar qui va aller vers 100 millions d’habitants, « il faudra des cadres dans tous les domaines ».
Où est le programme des candidats face aux 18.000 emplois menacés », conclut Paul Vergès avant de donner rendez-vous pour les deux prochaines conférence de presse : le scandale financier de la NRL, et l’engloutissement inéluctable de tous les projets de la droite par la hausse du niveau de la mer.



Un message, un commentaire ?



Messages






  • Il faut sauver bien sûr les 18000 familles qui vivent encore de la canne à sucre à la Réunion. Mais faut - il pour cela continuer de porter à bout de bras à l’aide de prix garantis , de subventions, de taux préférentiels pour les financements bancaires etect... une filière agricole qui n’arrive plus à faire face à la concurrence tant à l’intérieur des frontières de l’Europe que dans le monde entier .
    La construction européenne et la mondialisation obligent les agriculteurs à devenir de plus en plus plus compétitifs pour survivre. Elles les obligent à améliorer leurs rendements et la qualité de leur produits . Certaines régions sont affectées à l’élevage parce qu’elle conviennent mieux à tel ou tel animal , d’autres sont affectées aux céréales ou à la vigne parce que la qualité de la terre ou du climat permettent de meilleures récoltes . Les agriculteurs sont obligés partout dans le monde à augmenter la taille de leurs exploitations pour rester dans la compétitions . En Europe , il est courant de voir des élevages comptant plusieurs milliers de tête de bétail , des propriétés agricoles affectées à la vigne ou au blé disposant d’une surface de plusieurs milliers d’hectares, pour pouvoir faire des économies d’échelles . C’est la raison pour laquelle il existe maintenant des usines sucrières capables de produire plus de 200000 tonnes de sucre par an . C’est la même raison qui motive la création d’usines agroalimentaires gigantesques .

    Les planteurs de cannes réunionnais sont soumis aux mêmes problèmes . Pour que la canne à sucre puisse rester compétitives par rapport au sucre de betterave ou aux gigantesques exploitations de cannes sucrières du Brésil , de Cuba et d’autres pays qui cultivent de la cannes depuis plusieurs siècles , ils doivent suivre la même évolution : affecter à la production de cannes les meilleures terres , celles qui sont suffisamment riches mais aussi suffisamment mécanisables, augmenter la surface des exploitations , augmenter la capacité de production des usines . Si on continue sur la même voie ,un jour viendra peut être où les cannes de la Réunion seront transportées par bateau à Maurice ou à Madagascar pour être usinées , à moins que certains trouvent plus rentables de les transporter directement en France. On trouve tout à fait raisonnable de transporter des pierres de France ou d’Europe vers la réunion vers la Réunion pour construire une route sur la mer , pourquoi serait -il complètement fou de transporter des cannes vers des usines situées en Europe ? Tout ça pour dire que pour survivre la filière canne réunionnaise devra s’adapter à l’évolution imposée par la compétition européenne et mondiale .
    Mais faut-il absolument sauver la filière cannes à la réunion, en sachant que ce sauvetage va réduire considérablement le nombre de familles qui vivent de la canne et envoyer beaucoup de monde au chômage ? Ne vaudrait-il pas mieux sauver les agriculteurs et leur proposer autre chose que la monoculture de la canne à sucre . On peut produire pratiquement tout ce que l’on veut à la Réunion dans des conditions de rentabilité excellentes par rapport à celles dont disposent d’autres pays . La terre est riche, le climat est idéal , et l’eau est déjà abondante et pourrait l’être encore plus si on fait comme les mauriciens ou les Sri Lanquais et que l’on crée partout où cela est possible de grandes retenues qui vont se remplir avec l’eau des crues pendant la saison des pluies.(J’ai déjà cité cette possibilité sur le site du Grand étang à Saint Benoit, mais il y a d’autres possibilités ). Et comme on peut acheminer rapidement ,par bateaux , par avions ou encore par ballons dirigeable (si on veut lutter efficacement contre le réchauffement climatique ) sur tous les marchés du monde ,la plupart des produits agricoles sans qu’ils perdent leur fraicheur , pourquoi ne pas reconvertir les planteurs de cannes de la réunion sur d’autres filières qui exigent de la main d’oeuvre , mais qui en définitive pourraient être beaucoup plus rentables si on considère que le climat réunionnais permet de produire plusieurs récoltes par an. on peut penser au riz, mais il y a aussi , le cacao, la banane , les fruits tropicaux ou européens à contre saison , les fleurs , de plantes ornementales , la production de poisson ou de crustacés en élevage , etcet...

    Cette reconversion aura besoin du soutien de l’Etat et des collectivités locales , mais elle est réalisable très rapidement . Il suffit de le vouloir .

    Article
    Un message, un commentaire ?






  • Il est certain que la canne à sucre ne peux permettre aux agriculteurs de vivre décemment qu’en étant subventionnée. Mais faut il tout abandonner pour autant ?
    Ne plus encourager de nouvelles plantations de cannes et favoriser la diversification, oui d’accord, mais i faut continuer à aider ceux qui sont déjà en place, ne serais que pour des raisons sociales. De plus, il est cent fois préférable d’aider des gens qui bossent, que de payer des chômeurs.

    A ce sujet je pense que la lettre envoyée par Mme Dindar et M.Didier Robert,à monsieur Hollande est une bonne chose. ( au delà de toutes idéologie politique partisane). Cette politique politicienne qui fait tant de mal.
    Cependant il aurait été aussi judicieux de s’adresser directement aux instances Européennes concernés par les quotas sucrier. Je ne pense pas que M.Hollande ait beaucoup d’influence, à ce niveau là. Est- il vraiment capable de taper du poing sur la table faxe au commissaire Européen concerné et face au députés Européens concernés par l’agriculture ?

    Article
    Un message, un commentaire ?


Kanalreunion.com