Canne à sucre

Planteurs de canne à sucre à nouveau spoliés de millions d’euros ?

La vinasse valorisée en électricité

Manuel Marchal / 2 juillet 2010

Entre 500.000 et 600.000 euros, c’est le gain escompté chaque année par une distillerie grâce à l’utilisation d’un sous-produit de la canne pour remplacer le fuel. De cette somme, les planteurs n’ont rien. C’est le résultat des Accords de 1969 qui les ont dépouillés de tous les produits, sauf le sucre.

Cette année, les planteurs ont pu avoir droit à une répartition plus juste des revenus de la canne. En effet, depuis les Accords de 1969, ils n’étaient payés qu’en fonction du sucre. Ce n’est que dans les années 1990 qu’ils ont pu commencer à ouvrir une légère brèche avec le versement de 5 francs par tonne de cannes au titre de la prime bagasse.
Mais la revalorisation du prix payé par EDF aux centrales du Gol et de Bois-Rouge pour acheter l’électricité produite à partir de la bagasse a permis aux planteurs une augmentation de leurs revenus. La prime bagasse s’est élevée cette année à 11,05 euros par tonne de cannes livrée. C’est une brèche dans les Accords de 1969.
Dimanche dernier, l’Assemblée générale de la CGPER a été marquée par la précision d’une nouvelle revendication : 60% des revenus tirés de la mélasse transformée en alcool. Les 109.000 hectolitres d’alcool purs produits valent 22 millions d’euros. Cela représente 7,30 euros par tonne de cannes.
Trois jours après cette Assemblée générale, le "JIR" du mercredi 30 juin annonce que la distillerie compte valoriser les 400.000 à 500.000 tonnes de vinasse, un déchet de la transformation de la mélasse.

La consommation en électricité de Saint-Benoît

Au lieu de rejeter en mer cette vinasse, cette dernière est stockée pour être transformée en gaz, ce qui remplacera le fuel utilisé par cette distillerie pour faire tourner ses machines.
Ce procédé démontre tout d’abord que l’autonomie énergétique n’est pas une utopie. Une usine utilise ses déchets organiques et produit de l’énergie grâce à leur fermentation. Donc, à terme, la distillerie n’aura plus besoin d’acheter des produits pétroliers. Diminution de la pollution et diminution également de la facture énergétique car avec la vinasse, ce sont entre 500.000 et 600.000 euros que l’usine compte économiser chaque année, et cela rien qu’avec la moitié de la vinasse. L’autre moitié pourra produire de l’électricité vendue à EDF et utilisée sur le réseau. Cela pourrait alimenter en électricité la ville de Saint-Benoît.
Or, cette économie est réalisée grâce à un produit issu du travail du planteur, et pour lequel ce dernier ne reçoit pas un centime.
Depuis les Accords de 1969, le planteur n’est plus propriétaire des deux-tiers de la canne à sucre, et donc ayant droit aux deux-tiers des recettes de la vente des produits de la canne à sucre. Depuis ces Accords, le planteur vend sa canne à un prix défini à l’avance, et l’usinier garde pour lui toutes les recettes tirées de cette canne car il en devient le propriétaire au moment où elle lui est livrée.

Zéro euro pour les planteurs

Ce qui fait qu’au lieu d’avoir droit aux deux-tiers des revenus tirés de cette nouvelle valorisation, soit jusqu’à 400.000 euros pour cette seule usine et les deux-tiers de la vente de l’électricité à EDF pour alimenter une ville comme Saint-Benoît, les planteurs n’ont droit à rien. C’est donc un immense manque à gagner, tout comme dans la valorisation des alcools, où les planteurs n’ont également droit à rien.
41 ans après leur signature, les Accords de 1969 continuent de produire leurs effets négatifs. À chaque nouvelle valorisation de la canne, un combat est nécessaire pour qu’une partie de ces nouveaux revenus puisse être obtenue par les planteurs, alors que dans le cadre précédant ces Accords, ce revenu supplémentaire était un droit.

Manuel Marchal 


Le scandale d’une pollution en mer

400.000 à 500.000 mètres cubes de vinasse sont déversées chaque année au large de Saint-Benoît par un tube situé à 80 mètres de profondeur. C’est la deuxième nouvelle annoncée par l’article sur la distillerie.
C’est un scandale écologique qui pose des questions, car il n’est pas possible de construire un pipe-line débouchant à 80 mètres de profondeur sans que les autorités ne puissent s’en apercevoir.
Qui a donc bien pu prendre cette décision ? Quelle est la position de la DIREN sur cette question ?


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