Canne à sucre

Pour les planteurs, « la bagasse, c’est une bouffée d’oxygène »

Manifestation de la CGPER

Témoignages.re / 7 avril 2010

Il y a urgence pour les planteurs. Ils ont besoin au plus vite de la prime bagasse pour, disent-ils, faire face aux difficultés de trésorerie. La CGPER a déposé une motion à la Préfecture hier matin pour demander le paiement rapide de la prime bagasse.

Les planteurs ont manifesté hier à l’appel de la CGPER pour réclamer le paiement de la prime bagasse. Ils étaient près de 400 planteurs à défiler au départ de l’ancienne gare routière de Saint-Denis pour rejoindre la Préfecture afin d’y déposer une motion. « La bagasse, c’est une bouffée d’oxygène », « la bagasse, c’est notre dû », pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants.
Patrice Pounoussamy, Vice-président de la CGPER, explique : « Les planteurs sont dans une situation de détresse en matière de trésorerie. Les difficultés se font sentir de jour en jour, et dans les semaines à venir, beaucoup seront confrontés à une limite de trésorerie. Nous voulons adresser un message fort à la Préfecture en y déposant une motion pour alerter le Premier ministre, le Gouvernement et le Ministère de l’Agriculture. Nous voulons qu’ils pèsent de tout leur poids afin que la Commission de Régulation de l’Energie valide au plus vite notre contrat ».

Encore deux mois à attendre ?

Le 10 juillet 2009, le Premier ministre François Fillon, en visite à Bras-Panon, avait annoncé la revalorisation du prix d’achat de l’énergie issue de la bagasse à 13 euros par tonne de cannes, dont 10 euros au minimum pour les planteurs. Finalement, l’accord interprofessionnel du 21 décembre 2009 a fixé la prime bagasse à 11,05 euros pour les planteurs. L’aboutissement d’un long combat pour la CGPER. Mais voilà, à ce jour, les planteurs n’ont toujours pas perçu la prime bagasse, pour des raisons de lenteur administrative.
Pourtant, la prime bagasse dépend aujourd’hui d’une ultime étape administrative. Le contrat entre EDF et les thermiciens (Séchilienne-Sidec) doit être examiné par la CRE (Commission de Régulation de l’Energie), qui dispose de deux mois pour rendre son avis. Un délai fixé par le décret du 29 octobre 2009. Mais c’est précisément ce délai de deux mois que les planteurs souhaitent raccourcir, le paiement rapide de la prime bagasse en dépend.
Ce que confirme la motion déposée à la Préfecture : « Face aux attentes de la profession et aux engagements du gouvernement et des acteurs de la filière canne à La Réunion pour rendre opérationnelle cette revalorisation, la CGPER demande à l’Etat : d’exiger de la CRE d’émettre sans délai son avis sur l’avenant des clauses d’achat entre EDF et les thermiciens à La Réunion ; d’obtenir d’EDF l’engagement de procéder rapidement au versement de la prime bagasse énergie dès la parution de l’avis de la CRE ».

EP


Simon Carpaye, planteur à Saint-Pierre

« La prime va conforter les exploitations »

Parmi les 4.500 planteurs en attente du paiement de la prime bagasse, Simon Carpaye, agriculteur à Saint-Pierre depuis 20 ans. L’exploitant agricole dispose de 20 hectares de cannes et d’un élevage de poulets. « La prime bagasse nous permettra d’éponger les charges supplémentaires », indique-t-il. Le planteur est confronté à un manque de trésorerie, qu’il explique par l’augmentation des prix des intrants, par l’irrigation, l’engrais... « les prix des produits phytosanitaires ont triplé en 4 à 5 ans », affirme-t-il, l’engrais se vend à plus de 600 euros la tonne.
Près de 80% des planteurs exploitent en moyenne 5 hectares de cannes, selon Simon Carpaye. Pour une production de 500 tonnes de cannes par an, l’exploitant obtient environ 25.000 euros. Là-dessus, il faut retirer les charges. « Le planteur se retrouve toujours en situation d’emprunt, d’autorisation de découvert, affirme Simon Carpaye. La prime bagasse va conforter les exploitations ».
Du moins, pour un temps, ajoute le planteur. A la tête de l’Association des fermiers du Sud, Simon Carpaye est persuadé que les planteurs de cannes doivent s’orienter vers d’autres formes d’agriculture. De son côté, il a choisi l’élevage de poulets et travaille sur un projet de méthanisation, pour produire de l’engrais organique. « C’est la seule façon de développer les petites entreprises et peut-être de sauver la filière canne, de casser le monopole », lance-t-il, gardant en tête l’échéance de la Convention canne en 2014. « La canne est la première barrière érosive de l’île. Il nous faudra conserver cette plante pour préserver le foncier ».

EP


Question écrite d’Huguette Bello à Jean-Louis Borloo

Hier, la Députée de La Réunion Huguette Bello a adressé une question écrite au ministre de l’Ecologie pour lui demander si les planteurs pourront compter sur le versement rapide de la prime.
La parlementaire précise que cette revalorisation de la prime est la conséquence d’une loi votée en mai 2009. Après l’annonce par François Fillon d’un total de 13 euros par tonne de cannes dont 10 euros pour les planteurs, sa mise en œuvre « a continué avec la publication des dispositions réglementaires en octobre et novembre derniers.
Des négociations (…) ont abouti à la signature, en présence du Préfet, d’un accord sur la répartition de ce qu’on appelle désormais la prime bagasse.
Enfin, les centrales thermiques de La Réunion ont adressé à EDF, bien avant l’expiration du délai de trois mois prévu par le décret, une demande de révision de leur contrat.
Tout est donc prêt pour l’entrée en vigueur de cette disposition et nous souhaitons que la dernière étape, c’est-à-dire la signature d’un avenant entre EDF et les thermiciens, intervienne aussi rapidement que possible. Cela suppose que la Commission de Régulation de l’Énergie, à laquelle EDF doit adresser les dossiers, donne son avis dans les meilleurs délais.
Les planteurs sont en train de préparer la prochaine campagne sucrière. Peuvent-ils compter sur le versement rapide de cette prime ? ».


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