Canne à sucre

Pour un comité de sauvegarde de la filière canne-sucre

Les conseillers départementaux du Groupe de concertation pour le développement de La Réunion interpellent les ministres de l’Agriculture et de l’Outre-mer

Manuel Marchal / 23 avril 2016

Les conseillers départementaux du Groupe de concertation pour le développement de La Réunion tenaient hier matin une conférence de presse à Sainte-Suzanne. Les élus ont annoncé qu’ils vont écrire au gouvernement pour demander la création d’un Comité de sauvegarde de la canne à sucre, comme il en existe déjà un pour la betterave sucrière. À deux mois du début de la dernière coupe sous le régime du quota et du prix garanti du sucre produit à La Réunion, c’est l’incertitude la plus totale pour l’année prochaine.

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René Sotaca, Michèle Caniguy, Maurice Gironcel, Ginette Sinapin et Liliane Soune-Seyne.

Les conseillers départementaux du Groupe de concertation pour le développement de La Réunion ont une nouvelle fois alerté hier l’opinion sur la menace mortelle qui pèse l’année prochaine sur la filière canne-sucre et ses 18.000 emplois l’année prochaine. Les conseillers Maurice Gironcel et Michèle Caniguy, et leurs remplaçants René Sotaca et Liliane Soune-Seyne ont également annoncé les actions qu’ils vont entreprendre pour tenter de sauver la filière.

Également présente hier, Ginette Sinapin, secrétaire du Parti communiste réunionnais, a présidé la conférence de presse. Le PCR est en effet le seul parti qui tire la sonnette d’alarme depuis de très nombreuses années. Mercredi ont eu lieu les élections aux Commissions mixtes d’usine, instance paritaire chargée de gérer les relations entre les planteurs et les usiniers. Ces nouveaux élus auront pour responsabilité de mettre en œuvre la Convention canne, car le prix de la canne à sucre n’est pas fixé pour l’année prochaine. À deux mois de la coupe, c’est le silence. Or, la fin des quotas et des prix garantis aura des conséquences pour la canne à sucre à La Réunion.

Face à la concurrence mondiale

Maurice Gironcel a souligné que l’année 2016 est la dernière campagne sucrière à se dérouler selon le régime du quota et du prix garanti. En effet, les quotas seront supprimés en octobre 2017. C’est la fin d’une période historique. En effet, le quota fixé pour La Réunion n’a jamais été atteint. « Le prix garanti permettait aux planteurs d’avoir une rémunération pour leurs cannes. La production de sucre sera livrée au marché mondial, en concurrence avec tous les autres pays producteurs de sucre de canne ou de betteraves ». Le conseiller départemental a précisé que « les conditions vont totalement changer ». Dans ce contexte de concurrence exacerbée, il est difficile de croire que La Réunion pourra résister.

Supprimer l’écart technique

C’est dans ce cadre doit être discutée la deuxième étape de la convention canne, pour les campagnes allant de 2017 à 2021. « Les débats vont bientôt s’ouvrir. Il est du devoir des autorités d’apporter leur contribution pour résoudre ce problème majeur, cela devient très urgent ».

Les élus du Groupe de concertation pour le développement de La Réunion demandent tout d’abord la suppression de l’écart technique qui est destiné à compenser la perte de la richesse en sucre entre sa mesure à la livraison et le produit fini à la sortie de l’usine. Maurice Gironcel a noté que les industriels ont des outils qui limitent considérablement cet écart qui pénalise les planteurs à hauteur de 12 euros par tonne.

Ils revendiquent également une meilleure répartition de la recette bagasse en faveur des planteurs.

Pour la transparence

Ils s’interrogent également sur le traitement de la demande d’une subvention supplémentaire de 38 millions d’euros demandée par la filière, et sur laquelle François Hollande s’était engagé en août 2014, à condition que la Commission européenne soit d’accord. « Si cette aide est accordée, comment sera-t-elle répartie entre les industriels et les planteurs ? »

« Les agriculteurs réclament à juste titre une transparence dans l’attribution des aides à la filière canne-sucre », a poursuivi Maurice Gironcel, « combien les co-produits de la canne rapportent-ils à l’industriel ? Il est indispensable de faire une expertise sur l’ensemble des recettes pour rendre le partage équitable ». D’où cette autre revendication : la remise en cause des accords de 1969 qui ont enlevé la propriété de la canne au planteur et l’ont réduit au rôle de fournisseur de matière première.

Et le conseiller départemental de rappeler qu’« avant les accords de 69, les planteurs avaient une part sur tous les produits. Depuis, le planteur n’est payé que pour sa canne, l’industriel ne rend aucun compte à l’agriculteur sur ces produits. Il n’y a pas de transparence, c’est injuste ».

Quel sera le coût social ?

Concernant la prochaine Convention canne, le Groupe de concertation pour le développement de La Réunion se demande quel sera le coût social ? La modernisation des usines entraînera-t-elle des licenciements ? Le remembrement éventuel des exploitations agricoles entraînera-t-il la disparition des petits et moyens planteurs ? « 1.000 ont déjà disparu en 10 ans », a souligné Maurice Gironcel.

Or, la suppression des quotas concerne les producteurs de betterave. « Dès l’annonce de la suppression des quotas, le ministre de l’Agriculture a créé une commission pour la sauvegarde de la betterave en France, nous avons réclamé en vain la même chose pour la canne », a-t-il précisé, « suite à l’élection des Commissions mixtes d’usine, nous réclamons de nouveau la constitution d’un organisme permanent pour la sauvegarde de la filière canne-sucre composé de représentants de l’État, de la Région, du Département, de l’Association des maires, des planteurs, des industriels, des ouvriers d’usine et des transporteurs. Cet organisme doit se réunir dans les meilleurs délais avant les discussions sur la Convention canne ».

Risques pour l’unité du peuple réunionnais

Michèle Caniguy a indiqué que le Groupe de concertation pour le développement de La Réunion va adresser à Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et à George Pau-Langevin un courrier pour rappeler que l’avenir de la filière canne est en jeu. Ce sont « 18.000 emplois qui font vivre 100.000 personnes », a-t-elle poursuivi, « sur 25.000 hectares, la canne est essentielle pour l’aménagement et le captage de la pollution ». La conseillère a aussi évoqué d’autres atouts comme le centre de recherche Er-Canne, ainsi que le rôle culturel de la canne à sucre. « Sa disparition aura des conséquences graves sur l’unité du peuple réunionnais ». Elle a aussi rappelé que « Depuis des années, les élus ont investi dans l’équipement des exploitations, les chemins. Tous les élus de La Réunion devraient se sentir concernés ». D’ailleurs, des motions ont déjà été adoptées à l’unanimité.

Qui reprendra les exploitations ?

René Sotaca a donné un aperçu des effets de la crise à Sainte-Suzanne. La commune compte 150 producteurs pour 245 exploitations. Elle compte 1960 hectares de canne à sucre, et fournit 45 % de la production sucrière de la CINOR.

L’inquiétude porte sur la reprise des exploitations. Une centaine de livreurs de canne arrivent en effet à un âge proche de la retraite. « Sainte-Suzanne a le plus fort taux de croissance démographique de la CINOR mais a un des plus forts taux de chômage avec 37 % ». René Sotaca a ajouté que « Sainte-Suzanne investit beaucoup dans les chemins d’exploitation. La disparition de la canne à sucre aura des conséquences graves dans la lutte contre l’érosion ». Et de conclure : « en tant que militant du PCR, je mène et continuerai à mener le combat sur le terrain ».

Ginette Sinapin a rappelé que : « nous demandons de la clarté, c’est la dernière coupe qui commence, la fin des quotas est une menace urgente ». Et Maurice Gironcel de conclure : « les élections sont terminées, que tout le monde se retrouve pour défendre la filière canne-sucre ».

M.M.


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