Canne à sucre

Pour un meilleur partage des richesses de la canne

Manifestation d’agriculteurs à Saint-Denis

Manuel Marchal / 7 juin 2011

Plus de 200 agriculteurs membres de la CGPER ont manifesté hier matin, de l’ancienne gare routière à la Préfecture. Ces derniers réclament « le partage de la prime mélasse versée par l’État et l’Europe aux usiniers », d’un montant annuel de 37 millions d’euros, « la réévaluation du prix plancher de rachat par les usines de la canne » (12,50% de taux de richesse contre 11,50% actuellement), le versement des indemnités sécheresse annoncées en mars dernier, ainsi qu’une « meilleure représentativité des syndicats d’agriculteurs dans les instances » comme la CAF, la CGSS ou encore la SAFER.

Une délégation de la CGPER a déposé une motion en Préfecture où elle a rencontré le directeur régional de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt.
C’est au son de « la CGPER est en colère » et « donnez-nous une partie des 37 millions d’euros » que les agriculteurs ont défilé sur le front de mer dionysien.
En effet, depuis 3 ans, les industriels bénéficient d’une prime mélasse s’élevant à 37 millions d’euros chaque année. « Nous voulons aussi notre part du gâteau. C’est nous qui fournissons la matière première pour produire la mélasse », lance Krishna Atanary, représentant de la CGPER Est. Le syndicat demande que la distribution de cette prime soit divisée entre les industriels, les distilleries et les agriculteurs.
Les agriculteurs souhaitent également la réévaluation du prix plancher de rachat par les usines de la canne. A l’heure actuelle, son prix d’achat avoisine les 35 euros par tonne de cannes, à 11,5 de taux de richesse. Les agriculteurs demandent une hausse de ce taux plancher, soit environ 5 euros par tonne de cannes. « Les planteurs ont souffert de la sécheresse cette année. A un mois du début de la campagne, il est certain que la richesse de la canne sera inférieure à la moyenne décennale », justifie Jean-Yves Minatchy.

Autre revendication des manifestants, le versement des indemnités sécheresse, aide annoncée par la ministre de l’Outre-mer Marie-Luce Penchard lors de sa visite en mars dernier. « Cette somme est bloquée à la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt alors que des maraîchers et des éleveurs en ont besoin », explique Jean-Yves Minatchy, président de la Chambre d’agriculture.
La CGPER réclame enfin une meilleure représentativité des syndicats agricoles dans les différents organismes, « conformément aux promesses du chef de l’État en 2009 lors du Conseil interministériel pour l’Outre-mer ». Cela concerne la CAF, la CGSS et à la SAFER.
Toutes ces revendications ont été déposées en Préfecture par une délégation.


Où est parti l’argent du pôle spiritueux ?

Une nouvelle fois, les planteurs ont manifesté pour une meilleure répartition des richesses de la canne à sucre. Cela fait en effet au moins 20 ans que le prix payé par l’usinier pour acquérir la canne n’a pas bougé. C’est toujours 39,09 euros par tonne de cannes de richesse 13,8. Alors, quand les conditions climatiques défavorables font diminuer la richesse et le tonnage, le planteur est pris à la gorge.
En effet, tout augmente sauf le prix de la canne. Les charges payées par le planteur croissent, tout comme les bénéfices des usiniers. Ce dernier vient de vendre son pôle spiritueux. Toute la richesse accumulée par ce secteur a été cédée à une société familiale de France en échange d’un chèque de plus de 100 millions d’euros. Cette richesse vient du travail du planteur qui a fourni la matière première nécessaire au développement de ce secteur de la filière, mais du produit de cette vente, pas un centime ne revient au planteur.
Cette injustice montre bien toute l’intransigeance qu’ont les dirigeants de la coopérative de betterave qui a racheté les deux dernières usines sucrières de La Réunion.

M.M.


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