Canne à sucre

Prix de la canne : tous concernés

Témoignages.re / 26 mai 2017

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(photo Toniox)

Génératrice de 18 500 emplois directs, indirects et induits, et de 29 % des exportations de l’île, la structure actuelle de la filière canne-sucre-rhum-bagasse réunionnaise est suicidaire sur le plan économique et criminelle sur le plan humain.

Ni nos sucres, à l’exception des sucres spéciaux, ni nos rhums, à l’exception de quelques grands crus, ne sont compétitifs sur les marchés nationaux, européens et internationaux.

Contrairement à la Martinique où 76 % des récoltes servent à la fabrication de rhum agricole, dont la valeur ajoutée est 50 à 80 fois supérieure à celle du sucre – et qui exporte vers plus de 80 destinations – nos cannes sont exclusivement dévolues à l’industrie moribonde du sucre dont nos rhums – industriels – ne sont que le résidu.

Tereos ne s’est pas offert le monopole de la production sucrière réunionnaise dans le but de valoriser notre filière canne : 47 % de son chiffre d’affaires provient de la transformation de la betterave française mais aussi tchèque, roumaine et espagnole. La filiale Océan-Indien ne s’est pas implantée dans notre île pour nos 210 000 tonnes de sucre annuels alors qu’au Brésil le groupe en produit 1,6 million et qu’il détient également des sucreries au Mozambique, Kenya, Tanzanie et à Madagascar.

Tereos n’a pas acheté les usines du Gol et de Bois-Rouge pour nos quelque 70 millions d’euros de sucre à l’export – 23 % des exportations de notre île dans un contexte déficitaire à hauteur de 4 397,1 millions d’euros. La société Tereos Océan-Indien, membre du groupe Tereos au chiffre d’affaires de 4,2 milliard d’euros, 3e groupe sucrier mondial, 1er groupe sucrier français et 2e groupe sucrier brésilien négocie annuellement, en notre nom, 50 millions d’aides européennes et 10 millions d’aides nationales.

C’est sur l’échec économique de notre île qu’elle a investi, dans la perspective de la fin des quotas sucrier et de la nouvelle manne, de 28 millions d’euros, qui vient de lui être accordée. A ce titre, Tereos entend bien être le bénéficiaire exclusif de cet assistanat qu’il a lui-même contribuer à créer.

Au même titre, la filiale ne cèdera pas un hectare à la production de rhum agricole, quand bien même notre rhum industriel est 3 à 4 fois plus cher que ses équivalents produits par des pays aux normes qualité, écologiques et sociales inférieures, quand bien même notre rhum est condamné à une revente locale.

Quand bien même, encouragée par une taxation quasi-inexistante (1,09 euro par litre à 49 degrés contre 9,18 euros sur les spiritueux à 40 degrés et 11,24 euros sur les spiritueux à 49°) les spiritueux représentent 49 % de la consommation réunionnaise d’alcool pur – dont 35 % de boissons locales – alors qu’ils comptent pour 22 % de la consommation globale métropolitaine.

Et quand bien même une réorganisation de la filière vers la production de rhum agricole et son exportation – conditionnée par les bonnes pratiques en matière de prévention et de prise en charge des addictions des pays clients – permettrait à la fois une amélioration de la santé publique, une chute de l’accidentologie, une très forte baisse de la criminalité et l’envol économique de la filière, des revenus des planteurs et du nombre de ses emplois.

Je ne sais pas exactement quels serait le coût d’une réorientation des récoltes vers une production majoritaire de rhums agricoles – exportables et à très forte valeur ajoutée – et de sucres spéciaux, en position très favorable sur le marché national et international. Je sais en revanche qu’elle rapporterait immédiatement 93 millions d’euros par an à l’Etat français et 50 millions à l’Europe. Suffisamment, me semble-t-il, pour aligner dans l’urgence notre fiscalité sur le rhum avec celle des autres alcools et permettre la restructuration en douceur de la filière canne-sucre-rhum-bagasse.

Il ne s’agit là que des économies réalisées sur l’aide aux sucreries et l’aide indirecte aux producteurs et distributeurs de rhum, pas de la plus-value économique qui découlera de cette nouvelle orientation de la filière canne, ni des économies en minimas sociaux et des bénéfices générés par la création de nouveaux emplois, ni de celles réalisées en soins hospitaliers, heures supplémentaires des pompiers, policiers, urgentistes, en interventions de la DDE, etc.

Seules les pompes funèbres souffriront d’une réduction temporaire de leur activité.

Mais ce n’est que partie remise. Partie remise pour vivre, mieux, ensemble, en famille, en paix, plus longtemps, en meilleure santé, en meilleure sécurité. Et puis peut-être – sans doute – l’alignement des taxes sur l’alcool aura pour conséquence la drastique diminution des naissances d’enfants porteurs de TCAF, actuellement estimées à 1 sur 100.

Stephanie Marqui

Sources : les douanes locales et nationales (bureau F3 des contributions indirectes), le Ministère des Outre-Mer, l’ancienne ministre des Outre-mer et son cabinet, le groupe Tereos, la filiale Tereos Océan-Indien, l’IEDOM, la DAAF, l’ORS, l’ODEADOM, le Centre de ressources ETCAF, le Syndicat du Sucre, le Syndicat des producteurs de rhum de l’île de La Réunion, etc.


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