Canne à sucre

Tereos compromet la campagne sucrière à La Réunion

L’industriel refuse toujours de discuter de la principale demande des planteurs de canne à sucre

Manuel Marchal / 16 juin 2017

Une semaine après une première série de rencontres à la préfecture, l’État a de nouveau joué les intermédiaires hier entre les planteurs et Tereos. Les délégations ont en effet été reçues successivement par le représentant de l’État. Aucune avancée notable, la CGPER annonce que la coupe ne se fera pas tant qu’aucun accord ne sera signé.

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La coupe doit commencer dans deux semaines, les usines de Tereos resteront-elles à l’arrêt ?

L’État a de nouveau joué les intermédiaires hier à la préfecture en recevant successivment la délégation des syndicats planteurs CGPER, FDSEA, JA, puis celle de l’industriel Tereos. Aucune nouvelle avancée n’a été actée. Tereos refuse toujours de donner suite à la demande d’augmenter de 6 euros le prix de référence de la tonne de canne à sucre qu’il paie au planteur. Le prix actuel est de 39,09 euros par tonne, il est le même depuis plus de 20 ans. Tereos reste sur sa position d’une augmentation de 0,45 euros par tonne prise sur l’écart technique. Il a également indiqué vouloir proposer un bonus lié à l’évolution du prix du sucre blanc. De plus, Tereos veut toujours remettre en cause l’obligation qui lui est faite de payer au minimum 31 euros la tonne un chargement récolté avec une coupeuse de cannes longues.

Demande d’égalité

Ces propositions sont loin de satisfaire les planteurs. En effet, l’État a été autorisé par l’Union européenne à verser à la filière 28 millions d’euros de subventions supplémentaires par an jusqu’en 2020. Le but est d’atténuer les conséquences de la fin des quotas sucriers, dans un contexte où le coût de production est plus élevé à La Réunion qu’en Europe, le principal marché d’exportation. Le décret décide de donner cette somme aux entreprises propriétaires d’usine sucrière. Cela signifie que l’intégralité de ces 28 millions supplémentaires tombe dans les caisses de Tereos.

Sur la base des subventions reçues par Tereos, les planteurs ont calculé que sa part dans le prix de base est de 18 euros par tonne. Or en France, le prix de la tonne de betterave sucrière est de 24 euros la tonne. Ils demandent donc que le prix réellement payé par Tereos pour acheter sa matière première soit le même à La Réunion qu’en France. D’où la revendication de l’augmentation de 6 euros par tonne.

Faire la transparence

C’est pourquoi l’idée d’un bonus versé en fonction de l’évolution du cours du sucre ne satisfait par les producteurs de canne à sucre. De plus, ce bonus est lié au sucre blanc. Or, la production réunionnaise destinée à être raffinée en sucre blanc, dont le prix d’intervention jusqu’au mois d’octobre est fixé à 404 euros la tonne sur le marché européen. L’autre moitié du sucre réunionnais, ce sont les sucres spéciaux qui se vendent beaucoup plus cher. À La Réunion, le prix du sucre payé par les consommateurs est supérieur à un euro le kilo, ce qui fait 1.000 euros la tonne. Le sucre roux de canne réunionnais se vend 5 euros le kilo en France, soit 5.000 euros la tonne. C’est bien au-dessus du prix d’intervention.

C’est pourquoi l’autre revendication des planteurs est que Tereos fasse la transparence sur les richesses qu’il tire de la canne à sucre qu’il achète aux planteurs. Les agriculteurs veulent notamment savoir combien rapportent les sucres spéciaux.

Pas d’accord, pas de coupe

Au-delà de ce point actuellement discuté, le PCR demande que la transparence soit faite dans tous les domaines pour que l’on puisse connaître réellement la répartition des richesses de la canne entre les planteurs et Tereos. L’industriel bénéficie notamment d’avantages en nature non négligeable. Sur la base d’un accord qui avait été signé avant que la coopérative de planteurs de betterave devienne propriétaire des deux usines sucrière, les centrales thermiques fournissent gratuitement la vapeur nécessaire aux sucreries et paient leurs factures d’électricité en échange de la fourniture gratuite de la bagasse pour alimenter leurs chaudières. L’industriel ne paie donc pas son énergie.

Ce n’est pas le cas des planteurs qui doivent payer le carburant nécessaire à leurs tracteurs et camions de livraison, ainsi que l’électricité qu’ils consomment.

La coupe doit commencer dans deux semaines, elle ne se fera pas tant que les revendications des planteurs n’aboutiront pas, affirme la CGPER.

M.M.



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  • Je lis ces infos et me pose des questions : pourquoi n’informe-t-on jamais la population du revenu d’un planteur ? Personne ne peut-il dire :
    - combien il produit de canne.
    - combien de sucre cela équivaut.
    - ce que lui rapporte de faire bruler la bagasse.
    - la part qui est exportée, l’autre qui est consommée ici, ou tranformée en Rhum.
    - la quantité de produits chimiques qui sont déversés pour la production, dont les résidus sont ensuite naturellement envoyés à la mer par les pluies, cyclones. Car le sucre d’ici n’est pas vraiment bio, malgré les progrès de l’agronomie qui propose de plus en plus des nouvelles variétés de plants de canne plus rentables, résistantes aux parasites mais hélas, nécesitant ces fameux "intrants" qui ne font du bien à notre santé. Ils flinguent l’île à petit feu ! Sans oublier que le sucre, c’est le diabète, une sale maladie sournoise et que les sodas d’ici, comme dans les autres DOM-TOM en contiennent davantage "parce que les gens sont habitués" ou bien, "ils aiment" ça, c’est fou je toruve ça non, pas vous ?
    Il faudrait se diversifier, replanter du café, des cacaoiers, du riz ici, pourquoi pas ? Aller voir l’histoire de l’île à Stella M. Arthur ira voter.

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