Canne à sucre

Tereos pousse La Réunion dans la crise

Toujours aucun accord sur le prix de la canne à sucre

Manuel Marchal / 10 juillet 2017

Malgré le fait que l’industrie sucrière de La Réunion touche 110 millions d’euros d’aides publiques, Tereos ne veut toujours pas céder et reste sur sa position de limiter la hausse du prix de référence de la tonne de canne à sucre à 2,50 euros, bien loin des 6 euros revendiqués par les planteurs. En conséquence, l’industriel porte une lourde responsabilité dans l’extension probable du conflit à La Réunion toute entière, car la CGTR, l’UR974 et les syndicats des transporteurs ont affirmé qu’ils se joindront au mouvement dès ce matin.

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Les responsables syndicaux rendent compte de leur rencontre avec le préfet hier.

L’arrivée hier du nouveau préfet n’a pas permis de dénouer la crise. À sa descente hier matin, Amaury de Saint-Quentin avait précisé le rôle de l’État dans le conflit provoqué par le refus de Tereos d’accéder aux demandes des planteurs. Il se pose en facilitateur dans une négociation d’ordre privé.

Dans cette affaire, la responsabilité de l’État reste malgré tout engagée. En effet, toute la filière s’était battue pour disposer d’une aide publique supplémentaire afin de faire face aux effets de la fin des quotas sucriers et donc de la garantie d’écoulement sur le marché européen du sucre à un prix au-dessus du cours mondial. Cette mobilisation a porté ses fruits. La Commission européenne a autorisé l’État à verser une aide annuelle de 36 millions d’euros pour tout l’outre-mer, dont 28 millions pour La Réunion, pour les campagnes sucrières 2017, 2018, 2019 et 2020.

Mais les pouvoirs publics ont décidé d’attribuer l’intégralité des 28 millions d’euros de la subvention à l’industrie sucrière, autrement dit à Tereos. L’industriel refuse de partager cette aide avec les planteurs. Il aurait simplement suffi que dès le départ l’État impose un partage pour que le conflit soit évité. En effet, les planteurs demandent une hausse de 6 euros par tonne du prix de référence de la canne qui n’a pas bougé depuis plus de 20 ans. Rapportée à la production de canne à sucre, cela représente 12 millions d’euros. Si cette somme avait été affectée aux planteurs, Tereos aurait pu alors garder 16 millions. Difficile de croire qu’avec un tel bonus, l’industriel se serait retrouvé sur la paille. Son dernier rapport annuel fait en effet état d’un chiffres d’affaires supérieur à 4 milliards d’euros, pour un résultat net de 106 millions d’euros.

Déception

Tereos a également maille à partir avec la justice en ce moment au sujet d’un soupçon de fraude sur la qualité des produits vendus en Europe. Cette information renforce une autre revendication des planteurs : faire la transparence sur les revenus tirés de la canne. Avec la nouvelle subvention, Tereos reçoit 110 millions d’aides publiques rien que pour La Réunion. C’est donc fort logiquement que les planteurs demandent à l’État d’amener Tereos à la table des négociations d’une part, et d’autre part que l’exigence de transparence soit respectée.

La semaine dernière, les parlementaires ont demandé à l’État d’agir pour trouver rapidement une issue à la crise. Ils ont été rejoints par les collectivités sur cette ligne. C’est pourquoi la venue d’un préfet était très attendue. En effet, du côté du gouvernement, la ministre des Outre-mer avait indiqué à Gélita Hoarau qu’une cellule de crise était activée, pour dénouer le conflit le plus rapidement possible.

Hier après-midi, Amaury de Saint-Quentin avait trois rencontres à son agenda. Tout d’abord, il a eu un échange avec une délégation de la CGPER, puis avec celle de FDSEA-JA et enfin avec Tereos. À la sortie, les planteurs ont souligné que le préfet n’était porteur d’aucune avancée. Ils refusent de signer un accord qui signifie « la mort de la filière canne », car la hausse de 2,50 euros par tonne du prix de référence de la tonne de canne est très insuffisante. Autrement dit, la déception prédominait.

Tereos doit céder

La pression monte donc considérablement autour de Tereos, car d’autres organisations sont prêtes à élargir le mouvement à d’autres secteurs pour arriver à débloquer la crise. La FNTR estime en effet que ses adhérents sont lésés par les embouteillages conséquence des barrages dressés par les planteurs pour se faire entendre. Perdants pour perdants, ils promettent donc des actions. La CGTR affiche également sa solidarité. Les dirigeants des syndicats des dockers et du BTP sont venus rencontrer les planteurs rassemblés à la préfecture pour leur signifier leur soutien. L’UR974 a également dit sa volonté de soutenir le mouvement.

Cela fait maintenant bien plus que 10 jours que des planteurs occupent avec leurs tracteurs le parking devant la préfecture. Dans le Sud, d’autres agriculteurs sont positionnés devant l’usine du Gol et sa centrale thermique. L’intransigeance de Tereos entraîne une exaspération qui risque d’avoir des conséquences pour toute l’économie réunionnaise. Elle risque de conduire La Réunion à la paralysie. En conséquence, il est urgent que l’industriel cède en faisant des propositions qui peuvent satisfaire les planteurs.

Pour une industrie de la canne

Quand voici plusieurs années, Paul Vergès avait alerté sur la fin des quotas sucriers et leurs conséquences, il avait souligné que cela annonçait la plus grave crise sociale, économique et politique que La Réunion aurait à traverser. Cette crise est bien là, et elle n’en est qu’au début si des solutions durables ne sont pas trouvées pour d’une part signer un accord satisfaisant pour démarrer la campagne sucrière cette année et jusqu’en 2020, et pour d’autre part assurer la viabilité de la filière après cette échéance, quand il s’agira de négocier une nouvelle Politique agricole commune et toutes les subventions qui vont avec. Pour passer ce cap, le PCR propose la transformation de la filière en industrie de la canne capable de valoriser une partie des 500 produits que l’on peut tirer de cette plante. Pour cela, il souhaite la création d’un Comité de survie composé des planteurs, de l’industriel, de la Chambre d’Agriculture, du Département et de la Région afin de piloter les études préalables à cette transformation. Il reste moins de 3 ans pour agir dans ce domaine.

M.M.



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  • MC974 peut partager l’analyse de cet article mais à ne pas oublier que le PCR avait bien vu sur cette ancienne analyse ci-après :

    Le journal du PCR qui officiellement soutient les planteurs, a publié le 23 janvier 2016 un article révélant que "c’est la dernière campagne sucrière à Hawaii, un État des États-Unis. La dernière plantation fermera ses portes cette année. Ce sera la fin d’une industrie qui a permis le décollage économique de Hawaii, et qui a également fait venir dans l’archipel des dizaines de milliers d’immigrants pour travailler dans les champs de canne. (…) Mais cette année, c’est fini. Alexander & Baldwin a décidé de fermer la dernière plantation cette année. L’an prochain, les cannes ne seront plus livrées. (…) Une fois la coupe terminée, les 16.000 hectares seront divisés en petites exploitations pour produire des agrocarburants et des cultures vivrières. (…) D’autres productions comme la biomasse, les papayes, les avocats et le taro sont en cours d’expérimentation, et le maire est "très confiant que malgré la mort du sucre de canne, l’agriculture sera encore très vivante ici". Quant à la direction d’Alexander & Baldwin, elle a expérimenté des plantations de sorgho et d’autres graminées. Si le succès est au rendez-vous, alors ces nouvelles cultures soutiendront la volonté de Hawaii d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et énergétique".

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  • Lachez pas les gars, je ne suis pas agriculteurs mais je suis avec vous

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