Canne à sucre

Un régime protecteur face à la mondialisation ultralibérale

Tous concernés : sauvons les planteurs —1—

Manuel Marchal / 26 octobre 2011

La filière canne a droit depuis des décennies à un écoulement garanti de sa production à un prix garanti sans être en concurrence avec les producteurs extérieurs à l’Europe. C’est ce régime protecteur qui est remis en cause par l’idéologie qui domine actuellement à l’Organisation mondiale du commerce, celle de la mondialisation ultralibérale.

Lors de la conférence de presse de lundi, Paul Vergès a rappelé le contexte historique dans lequel se situe la proposition de la Commission européenne.
Au début du 19e siècle, la colonie française de Saint-Domingue se libère de l’esclavage et devient Haïti. C’était sans doute à l’époque le plus important producteur de sucre du monde. Face à cette perte considérable pour les intérêts français, une alternative est trouvée : développer la culture de cannes à sucre dans les îles tropicales qui n’en avaient pas fait leur occupation principale : Martinique, Guadeloupe et La Réunion.
C’est donc une nouvelle époque qui commence, après celle du café et des épices. Notre île se couvre de plantations, et la monoculture de cannes à sucre s’installe. Pour valoriser leur récolte, les planteurs deviennent des usiniers. Ils investissent dans une nouvelle industrie pour produire du sucre.
Cette monoculture a lieu dans un cadre, celui d’un marché protégé avec le droit à des contingentements, les ancêtres des quotas.

L’application de l’ultra-libéralisme

Les contingentements étaient attribués aux usiniers, qui étaient aussi de gros propriétaires fonciers. C’était cette aristocratie sucrière qui dominait La Réunion à l’époque. En 1932, c’est la crise. Les gros planteurs décident de s’affronter pour régler la question de la répartition des contingentements dans un bain de sang. Les affrontements des élections de 1936 font 165 morts.
En 1946, avec la fin du statut colonial, le même système continue. En tant que département, La Réunion est intégrée au Marché commun. Le contingentement cède la place au quota avec prix garanti : 300.000 tonnes de sucre aujourd’hui pour La Réunion. Ce quota est écoulé sur un marché protégé, où les producteurs extérieurs à l’Union européenne sont taxés. Quota, prix garanti et taxes pour les concurrents, c’est l’Organisation communautaire de marché du sucre (OCM sucre).
C’est ce régime qui est remis en cause par la mondialisation. Les pays producteurs de sucre, Brésil, Thaïlande et groupe de Cairns ont saisi OMC pour démanteler l’OCM Sucre. L’Organisation mondiale du commerce a donné raison aux plaignants, l’Union européenne a donc adapté son organisation. C’est le règlement sucrier de 2006 qui doit se terminer en 2013. Il a débouché sur une baisse de 36% du prix du sucre. Pour le moment, cette baisse a été compensée par des subventions, qui ont permis de maintenir le prix de la canne. Mais pour l’après 2014, la Commission européenne propose de se conformer totalement aux directives de l’OMC : la fin du régime protecteur.

La fin d’une période transitoire ?

Depuis 2006, les producteurs européens ont commencé à s’adapter.
Pour défendre leurs intérêts, les producteurs de betteraves ont acquis d’immenses plantations de cannes avec des usines. C’est notamment le cas de Tereos qui a acheté des usines au Brésil.
À La Réunion, la situation n’a pas bougé depuis 2006. Or, si la proposition de la Commission européenne était suivie, ce serait la fin d’une période transitoire. Mais il apparaît clairement que malgré tous leurs efforts, les producteurs réunionnais ne peuvent pas concurrencer des pays comme le Brésil. Quel avenir pour les planteurs ?
Dans cette période décisive, les planteurs ont un interlocuteur dont le centre d’intérêt ne se situe plus à La Réunion. Les usines sont en effet la propriété de la filiale brésilienne de la coopérative de planteur de betteraves Tereos.
Là aussi, c’est l’aboutissement d’un processus de quelques décennies

M.M.

(à suivre)


Des enjeux énormes

N’oublions pas que le gouvernement brésilien attend toujours de se décider pour renouveler une partie de son aviation militaire. La France est sur les rangs, Nicolas Sarkozy veut vendre les "Rafale" qu’il n’a pas réussi à fourguer à Kadhafi malgré tous ses efforts.
Des médias avaient laissé entendre que l’affaire était conclue avec le Brésil, mais le gouvernement de ce pays a douché les espoirs : rien n’est décidé.
Des milliards d’euros et des milliers d’emplois sont en jeu en Europe.
Ce type de transaction entre en ligne de compte dans les négociations qui ont lieu entre l’Europe et les autres pays du monde dans le domaine commercial, d’où toute la difficulté de défendre les intérêts de la filière canne réunionnaise.
La seule possibilité, c’est de se rassembler pour que la voix de notre pays soit entendue afin de démontrer que le sucre à La Réunion, c’est bien plus qu’une marchandise.


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