Canne à sucre

Une des plus grandes raffineries de sucre du monde à Maurice ?

Le monde change et La Réunion est bien en retard

Manuel Marchal / 22 juin 2016

À Maurice, le Board of Investment soutient le développement d’une activité de l’industrie de la canne : le raffinage du sucre. En important du sucre brut et en le raffinant sur place, ce produit devient d’origine mauricienne ce qui lui ouvre les portes des pays de notre région. D’où l’idée de faire de Maurice un acteur mondial dans ce domaine, avec une grande usine dans le port-franc. « Pourquoi ne pas voir Maurice comme une plaque tournante, l’une des plus grandes raffineries de sucre au monde ? Nous avons le savoir-faire et l’expérience après tout », indique Ken Poonoosamy, directeur du Board of Investment. Et de rappeler que Singapour a fait de même pour le raffinage du pétrole. Un tel projet n’a pas besoin de cannes produites à Maurice pour fonctionner, car il est entièrement tourné vers l’export. Cette annonce arrive un an avant la fin du quota sucrier qui menace la production sucrière de La Réunion, et au moment où les négociations d’un accord ouvrant les frontières de l’Union européenne aux produits de nos voisins sont dans leur dernière ligne droite.

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Il est déjà possible de trouver du sucre de Maurice à La Réunion, mais dans les conditions actuelles il est plus cher que celui produit dans notre île. Mais dans quelques années, avec l’évolution des règles commerciales, le sucre mauricien ne remplacera-t-il pas le sucre réunionnais dans les rayons de la grande distribution ?

Hier, l’usine de Bois-Rouge testait ses moulins dans la perspective de la prochaine campagne sucrière qui commencera le mois prochain. Cette coupe est la dernière à se dérouler selon le système des quotas et des prix garantis pour le sucre. À partir de l’année prochaine, l’Union européenne abolira ce règlement qui permet au sucre réunionnais d’avoir un débouché assuré en Europe. Il sera donc concurrencé par le sucre produit en Europe, et également par celui en provenance de pays qui ont signé des accords commerciaux avec l’Union européenne.

C’est donc l’inquiétude au sujet de l’avenir de la filière canne-sucre à La Réunion. Car compte-tenu d’un coût de production plus élevé que ses concurrents, le sucre réunionnais aura des difficultés à trouver des acheteurs s’il ne bénéficie pas d’aides importantes de l’État, avec l’accord de l’Union européenne.

Tout près de chez nous, Maurice a dû faire face à la fin de son quota sucrier garanti par l’Union européenne depuis 2009. En prévision de cette échéance, nos voisins ont restructuré leur secteur, transformant l’industrie sucrière en industrie de la canne. Ils ont construit également des raffineries, pour vendre directement du sucre blanc à des clients européens. Dans un premier temps, Südzucker achetait cette production. À la fin du contrat, Maurice a trouvé de nouveaux acheteurs en Europe. Le français Cristal Union, concurrent de Tereos, et le britannique British Sugar ont signé des contrats d’approvisionnement.

À la recherche de nouveaux débouchés pour l’industrie de la canne, Maurice est prêt à se lancer dans une nouvelle activité : importer du sucre pour le raffiner sur place dans le port-franc, puis l’écouler dans le Marché commun de l’Afrique de l’Est et du Sud (COMESA), car ce passage par Maurice permet au sucre ainsi raffiné de devenir un produit d’origine Maurice.

Dans son édition du 7 juin dernier, le journal Défi explique cette démarche, voici des extraits de l’article de notre confrère :

42.000 tonnes de sucre pour commencer

« Le Board of Investment soutient la démarche d’Omnicane qui importe du sucre brut pour le raffiner. À travers le port franc, la compagnie peut réexporter le sucre comme un produit d’origine locale. Le raffinage pourrait devenir un créneau important à l’avenir, estime le BoI.

Les mesures d’Omnicane ne déplaisent pas à tout le monde. Dans les milieux de la culture de la canne, certains acteurs voient d’un mauvais œil l’initiative de la compagnie cannière d’importer 42 000 tonnes de sucre brut pour le raffiner et le réexporter à travers le port franc. Mais le Board of Investment (BoI) y voit plutôt une opportunité à encourager. D’ailleurs, certaines démarches administratives imposées par le ministère de l’Industrie et du Commerce sont jugées inutiles par le BoI, qui veut éliminer au maximum ces écueils.

« Pour nous, du moment que ce n’est pas destiné au marché local, c’est une activité économique qu’il faut encourager, ajoute le directeur du BoI. Il n’y a pas lieu d’ajouter des difficultés administratives là où ce n’est pas nécessaire. »

Il cite Singapour qui ne produit pas de pétrole, mais est pourtant la troisième plus grande raffinerie au monde. « Pourquoi ne pas voir Maurice comme une plaque tournante, l’une des plus grandes raffineries de sucre au monde ? Nous avons le savoir-faire et l’expérience après tout », suggère Ken Poonoosamy ».

Ce projet permet tout d’abord à l’industrie mauricienne d’anticiper l’évolution de l’après 2017. Avec la fin des quotas, la concurrence sera plus rude sur le marché européen. L’importation de sucre pour le raffiner et ensuite le revendre chez les pays voisins ouvre un nouveau débouché. Et pour cela, Maurice n’a même pas besoin de planter des cannes, car le sucre vient d’ailleurs.

Un marché de plusieurs centaines de millions de consommateurs

Ensuite, il faut noter que les promoteurs de ce projet souhaitent implanter à Maurice une des plus grandes raffineries du monde. Ils citent l’exemple de Singapour qui possède un équipement de ce type pour le pétrole. L’essence sortie de l’usine de Singapour est vendue dans de nombreux pays du monde dont La Réunion.

Si ce projet arrive à son terme, alors Maurice disposera d’un outil capable de rayonner sur un marché de plusieurs centaines de millions de consommateurs.

Ce développement est également à prendre en compte avec l’évolution des échanges entre La Réunion et les pays voisins. L’accord de partenariat économique discuté entre les pays d’Afrique orientale et australe d’une part, et l’Union européenne d’autre part, prévoit l’ouverture totale du marché européen aux marchandises venant de nos voisins. Sans mesure dérogatoire, le sucre produit par la raffinerie de Maurice pourrait très bien être vendu à La Réunion sans taxe. Avec un coût de production défiant toute concurrence, il serait alors une menace supplémentaire pour la filière canne, car il viendrait défier le sucre réunionnais sur son lieu de production.

Le projet de construire à Maurice une des plus grandes raffineries de sucre du monde rappelle une nouvelle fois que ce secteur est à la veille de grands bouleversements.

M.M.



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  • Votre affirmation selon laquelle : "L’accord de partenariat économique discuté entre les pays d’Afrique orientale et australe d’une part, et l’Union européenne d’autre part, prévoit l’ouverture totale du marché européen aux marchandises venant de nos voisins. Sans mesure dérogatoire, le sucre produit par la raffinerie de Maurice pourrait très bien être vendu à La Réunion sans taxe" est fausse. Pour bénéficier de l’ouverture du marché européen prévue par l’APE, il faut que le sucre soit originaire des pays concernés. Or le raffinage ne confère pas l’origine. Donc le sucre blanc raffiné à Maurice à partir de sucre brut d’une autre origine non ACP/PMA (ex. Brésil) ne pourra pas bénéficier d’un accès sans droit de douane.

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