Canne à sucre

Vers la fin du quota sucrier : pas d’état de grâce pour la majorité de droite du Conseil départemental

En France, fin des quotas laitiers sur fond de manifestations : les Conseils départementaux bientôt au coeur de la tourmente

Manuel Marchal / 1er avril 2015

À peine élus en France, les Conseils départementaux devront faire face aux effets de la fin des quotas laitiers aujourd’hui, 1er avril. À La Réunion, c’est le quota sucrier qui va être supprimé en 2017. La nouvelle majorité du Conseil départemental devra en gérer les conséquences économiques et sociales. La crise a déjà commencé : le prix de la canne n’est pas encore connu à trois mois de la coupe.

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À trois mois de la coupe, le prix de la canne n’est toujours pas fixé. (Photo Toniox)

Hier en France, des agriculteurs ont manifesté. Ils demandent d’être protégés des conséquences de la fin des quotas laitiers. Mis en place par l’Europe, ces quotas permettent aux producteurs d’avoir des revenus garantis. Si un agriculteur n’arrivait pas à vendre toute sa production, alors l’Europe intervenait pour acheter l’invendu jusqu’à une certaine limite, le quota.

À partir d’aujourd’hui, les quotas laitiers sont abolis. Les agriculteurs pourront donc produire sans limite, mais ils devront se débrouiller pour trouver des débouchés. Ce qu’ils ne vendent pas, l’Europe ne sera plus là pour le racheter.

Cette nouvelle satisfait des producteurs qui pensent tirer parti de la fin de la limite des quotas. Ils souhaitent conquérir de nouveaux marchés, en particulier la Chine. France Bleu annonce un investissement chinois dans le Finistère. L’objectif est de transformer 300 millions de litres par an pour exportation en Chine. Un millier d’exploitations alimenteront cette usine.

Qui résistera aux « fermes de 1000 vaches » ?

La France a vu aussi l’ouverture récente d’une ferme géante, surnommée « ferme des 1000 vaches ». C’est une agriculture encore plus intensive, pour faire baisser au maximum le prix de revient.

En Europe, d’autres pays accueillent favorablement la fin des quotas laitiers. C’est notamment le cas de l’Allemagne qui dépasse très souvent son quota et qui a dû payer un total de 2 milliards d’euros de pénalité pour cette raison.

Tout cela fait craindre à des éleveurs français une crise de surproduction, avec un effondrement du prix du lait. Depuis aujourd’hui l’Europe n’intervient plus, le prix du marché va donc s’appliquer.

Devant cette crise prévisible, les Conseils départementaux seront en première ligne. Ils héritent toujours des compétences « agriculture » et « action sociale » du Conseil général. Ils devront donc gérer l’impact de la fin des quotas sur les exploitations agricoles, et seront sollicitées pour apporter un soutien social à des agriculteurs en difficulté.

Autant dire qu’à peine élus, les conseillers départementaux seront tout de suite dans le dur.

À La Réunion, la fin des quotas laitiers n’a pas la même signification. Les producteurs réunionnais sont en effet loin de couvrir tous les besoins. L’industrie agro-alimentaire a donc recours à des importations.

Agriculture et aide sociale

Mais cette décision préfigure ce qui attend La Réunion avec la fin des quotas sucriers. Il signifie la fin de la garantie apportée par l’Europe à la totalité de la production sucrière de La Réunion, à compter de 2017. Les conséquences seront décisives, car la canne à sucre est le pilier de la dernière grande industrie de notre île.

Depuis que la fin des quotas est une perspective crédible, les concurrents européens des Réunionnais ont réformé radicalement leur système de production. En France, une usine peut produire 200.000 tonnes de sucre par an. L’État a décidé de s’investir pour y maintenir une forte production de sucre de betteraves. De plus, le sucre produit en Europe est directement disponible sur ce marché sans avoir besoin d’être transporté plusieurs milliers de kilomètres.

Pour que le sucre réunionnais puisse pouvoir faire face à la concurrence, la filière demande une aide supplémentaire de 38 millions d’euros, soit un total de 128 millions d’euros d’aide directe de l’État à compter de 2017. Ce versement est conditionné à l’accord de l’Union européenne et il n’y a toujours aucune nouvelle de la demande auprès des autorités européennes.

Comme en France, le Conseil départemental gère toujours l’agriculture et l’aide sociale. Il sera donc en première ligne face à la crise.
La fin des quotas laitiers confirme bien le changement profond en train de s’opérer. La nouvelle majorité devra y faire face, l’état de grâce ne durera donc pas longtemps.


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