Célébration du 19 mars 1946

L’Appel du 19 mars pour un nouveau rassemblement à La Réunion

Succès de la conférence du PCR célébrant le 70e anniversaire de la loi du 19 mars

Manuel Marchal / 20 mars 2016

Le PCR a célébré hier 19 mars 2016 à Sainte-Suzanne le 70e anniversaire de l’abolition du statut colonial et de la promulgation de la loi d’égalité. Au cours de cette conférence, le PCR a présenté son analyse : le contexte de la loi du 19 mars 1946, son application dévoyée qui a construit un système néocolonial à La Réunion. Le PCR appelle à un nouveau rassemblement pour mettre fin à cette situation. Les messages de plusieurs personnalités ont fait part de leur convergence sur ce point essentiel. Un nouvel outil de communication du PCR permet d’avoir accès à l’intégralité de l’enregistrement de cette conférence : www.kanalreunion.com

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Le Parti communiste réunionnais est la seule organisation politique de La Réunion à célébrer le 70e anniversaire de la loi du 19 mars 1946 marquant l’abolition du statut colonial et l’égalité avec la France. Les communistes organisaient hier une conférence à Sainte-Suzanne, à la salle Rwa Kaf pour exposer son analyse des 70 dernières années et les perspectives d’une nouvelle bataille : un nouveau rassemblement pour mettre fin au néocolonialisme à La Réunion.

Des centaines de militants venus de toute l’île étaient présents, notamment des délégations de Saint-Louis et de La Possession. Plusieurs personnalités avaient également répondu à l’appel. On a notamment reconnu Guy Ethève, militant de l’École réunionnaise, ancien maire de Saint-Louis, Michèle Caniguy, conseillère départementale, André Oraison, professeur d’Université spécialiste des questions institutionnelles, Rajah Veloupoulé, ancien élu responsable de la Culture à la Région Réunion. Paul Vergès et Élie Hoarau, les deux anciens députés de La Réunion dont la démission a permis aux Réunionnais d’obtenir l’égalité sociale étaient également présents au premier rang.

Evocation historique

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Ary Yée Chong Tchi Kan et Simon Lagarrigue

La matinée a commencé par un maloya de la Troupe Résistance venue de Saint-Pierre, emmenée par Simon Lagarrigue. Ce groupe avait participé à la réalisation du premier disque de maloya jamais édité, a rappelé Ary Yée Chong Tchi Kan, secrétaire général du PCR. C’était lors du 4e congrès du Parti communiste réunionnais en 1976. Simon Lagarrigue a fait partie du premier Comité de solidarité avec les Réunionnais emprisonnés à cause de leurs opinions communistes. C’était à la fin des années 1960. Plusieurs actions avaient permis d’aboutir à la libération de leurs camarades.

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Maurice Gironcel

Maurice Gironcel, secrétaire général du PCR et maire de Sainte-Suzanne, a ensuite souhaité la bienvenue. Il a salué l’initiative du sénateur Paul Vergès, auteur d’une proposition de loi visant à faire du 19 mars un jour férié et chômé à La Réunion. Cette date a marqué en effet le début d’une ère nouvelle à La Réunion : la fin du statut colonial et l’égalité. « Nous célébrons l’abolition du régime colonial mais pas la politique menée depuis », a-t-il dit.

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Risham Badroudine

Risham Badroudine est ensuite intervenu pour rappeler la situation de La Réunion et du monde en 1945. Notre île était alors un des pays les plus pauvres du monde. Le paludisme et la malnutrition faisaient des ravages.

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Julie Pontalba

Pour sortir de cette situation, les Réunionnais se sont rassemblés. Julie Pontalba a rappelé la genèse de ce rassemblement et également la raison du choix original de décolonisation pour lequel les Réunionnais se sont battus : celui de l’égalité avec le colonisateur. C’est alors que les Réunionnais de toutes opinions politiques se sont rassemblés autour du CRADS fondé par Raymond Vergès, et ont choisi d’élire en 1945 deux députés, Raymond Vergès, et Léon Lépervanche, qui avait pour mission d’obtenir l’abolition du statut colonial et l’égalité.

Bilan des 70 ans

Yvan Dejean, secrétaire général du PCR, a présenté l’analyse du PCR sur les 70 ans qui se sont écoulés depuis le vote de la loi du 19 mars. Au lieu d’appliquer l’égalité, les gouvernements successifs ont transformé l’ancienne colonie en un système néocolonial au bénéfice des entreprises françaises. L’extension du supplément colonial à tous les fonctionnaires a permis d’amorcer le système, en créant une classe ayant suffisamment de revenus pour consommer des produits importés de France. La décision de supprimer le chemin de fer a encore renforcé l’emprise de ce système, avec l’obligation pour les Réunionnais d’importer des automobiles et des carburants au bénéfice des sociétés de l’ancienne métropole.

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Yvan Dejean.

Pendant ce temps, l’égalité inscrite dans la loi était refusée. Les militants qui luttaient pour l’application de la loi du 19 mars étaient la cible de la répression. Cette situation a amené la création du Parti communiste réunionnais avec le mot d’ordre de l’autonomie de La Réunion.

Il a fallu 50 ans de luttes et la démission en 1987 des deux députés communistes Paul Vergès et Élie Hoarau pour qu’enfin le gouvernement français se résigne à appliquer la loi.

Mais le système néocolonial a eu le temps de prospérer, plongeant La Réunion dans la crise actuelle. Aujourd’hui, les défis sont beaucoup plus complexes qu’en 1945. La Réunion doit notamment se préparer à son intégration dans sa région, avec des pays qui ont des normes sociales bien différentes. C’est pourquoi le PCR plaide pour un co-développement gagnant-gagnant avec Madagascar, futur pays émergent qui comptera plus de 50 millions d’habitants en 2050.

Un nouveau rassemblement

Pour sortir de la crise et faire face aux nouveaux défis, le PCR appelle à un nouveau rassemblement. Il fait part de ses propositions : un fonds réunionnais de développement, une assemblée unique élue à la proportionnelle intégrale dotée de compétences pour discuter avec les pays voisins.

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Guy Ethève

La conférence s’est conclue par des messages de personnalités et d’organisation. Celui de Jean Piot a été lu par Guy Éthève, ancien maire de Saint-Louis et compagnon de route d’Hyppolite Piot. Jean Piot remercie les organisateurs du rassemblement de ce samedi. Il rappelle que le problème des droits fondamentaux est loin d’être réglé.

Maurice Gironcel a lu le message de Catherine Gaud. L’ancienne élue de l’Alliance salue l’exemple donné par nos aînés. 70 ans après le vote de la loi, la précarité, l’injustice sociale et le chômage impactent sur la société, a-t-elle écrit, soulignant qu’il n’y a pas d’autre solution qu’une réforme en profondeur, décidée par les Réunionnais. Elle appelle toutes les forces vives de La Réunion à s’unir sur l’essentiel.

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L’appel de la jeunesse

Les jeunes dans la bataille

La jeunesse de Sainte-Suzanne a ensuite adressé son message aux participants à la conférence. Les jeunes rendent hommage aux luttes des camarades qui ont permis d’obtenir de précieuses victoires au cours des 70 dernières années. Ils affirment que le système devra compter avec une jeunesse rebelle, prête à reprendre le flambeau et le combat de nos aînés.

Les jeunes demandent un moratoire dans les recrutements dans la fonction publique pour en favoriser l’accès aux Réunionnais. Ils souhaitent s’investir dans le co-développement et rappellent, reprenant les mots de Lucet Langenier : « le combat continue pour la liberté et l’avenir de notre jeunesse ».

Maurice Gironcel a conclu la conférence en rappelant que le contenu des interventions peut être approfondi à la lecture du document réalisé par le PCR : « 70 ans après la loi du 19 mars, un nouveau rassemblement pour une nouvelle politique ». Il a présenté également le nouveau média du PCR : www.kanalreunion.com. Sur ce site Internet, il est déjà possible d’écouter l’enregistrement de toute la conférence.

C’est la troupe Résistance qui a clôturé la conférence au son du maloya.

M.M.

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Elie Hoarau, Paul Vergès, Julien Ramin et Maurice Gironcel avec la Troupe Résistance.
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