Co-développement

Jeux des Iles de l’Océan indien : au-delà des médailles, la vraie fraternité !

Sur le blog de Paul Vergès

Témoignages.re / 22 août 2011

Les Jeux des Iles de l’Océan Indien ont fait l’objet de nombreux comptes-rendus essentiellement sur les résultats sportifs. On a insisté – beaucoup trop – sur l’ordre des gagnants et sur le nombre de médailles décrochées par chaque île.

Mais au-delà de ces données immédiates, il y a à réfléchir, – à un autre niveau - sur la signification réelle de ces jeux. L’édition 2011 – qui s’est déroulée aux Seychelles – a ainsi apporté des résultats d’un tout autre niveau et c’est suffisamment éloquent pour que l’on en parle.
Pourquoi un tel succès ? Et pourquoi de tels résultats ? Tout d’abord, ce qui a été souligné par tous les observateurs, ce n’est pas simplement le succès de ces jeux, lié à la qualité de l’organisation, mais c’est surtout l’atmosphère de fraternité qui a existé entre les participants et entre toute la population seychelloise et ses hôtes.

Des peuples cousins

La première raison, c’est que l’on a vu être réunis des représentants de Madagascar, de Maurice, des Comores, des Maldives, de Mayotte, des Seychelles et de La Réunion ; et ils ont pris en considération ce que l’on pourrait appeler leur « cousinage » entre ces peuples.
Il n’y avait pas de différences visibles, comme a dit la presse européenne, mais au contraire le constat que tous ces participants étaient issus du même peuplement, avaient les mêmes origines : l’Afrique, l’Europe, l’Inde, la Chine, etc. Et c’est cet élément d’appartenir à une communauté évidente d’origine qui a été le plus fort, et non pas la base de différences fondamentales.
Le deuxième élément qui a fait que ces Jeux ont été un succès est qu’ils ont réuni en premier lieu les jeunesses des différentes îles. Ces îles qui sont l’objet, depuis un demi siècle, de progression démographique et que, ainsi, la part de la jeunesse y est plus conséquente dans la population entière et qu’elle y sera encore majoritaire pendant des années.

Les médailles et la population

Un autre enseignement est que la politique sportive (donc ses résultats) est inséparable de la situation économique de chacune de ces îles. Les conditions historiques ont fait que La Réunion bénéficie d’un niveau d’équipement, d’encadrement particulier, entrainant ainsi le succès de ses sportifs et leurs bons résultats.
Tôt ou tard, le facteur démographique jouera et cela se traduira, alors, sur les résultats : ceux-ci seront plus conformes au taux de population. Ainsi, lorsque les media locaux soulignent que La Réunion est première quant au nombre des médailles, c’est un « cocorico » qui mérite réflexion. Car, si la bataille pour la « première place » en termes de médailles d’or s’est jouée entre les Seychelles et La Réunion, il convient de rappeler que la population de la première est de 85.000 personnes et que celle de notre île est dix fois supérieure : 850.000 personnes ! Ce qui relativise tout de suite les annonces dans l’ordre des différents résultats obtenus.

En trois langues

La cérémonie de clôture a montré l’enthousiasme de tous les participants, et la solidarité existant entre sportifs, mais aussi entre le peuple seychellois et ses invités. Cela a aussi été souligné par les discours intervenus.
Si le Président de la République des Seychelles, James Michel, par sa présence et sa discrétion, a montré qu’il était aux côtés de son peuple, il a également laissé la parole à son Ministre. Celui-ci s’est exprimé devant tous les participants et face à toute l’opinion publique, dans les trois langues officielles des Seychelles : le français, l’anglais et le créole.

Un défi à relever pour La Réunion

Le Président du Conseil régional de La Réunion était présent à cette cérémonie, représentant le pays organisateur des prochains Jeux, dans 4 ans : La Réunion. On ne peut que souhaiter qu’il ait pu réfléchir à ce que représente le respect, par les dirigeants seychellois, des langues pratiquées dans leur pays, du fait de leur histoire, de leur peuplement. Ces langues, le créole, l’anglais, le français, sont le signe éclatant de la richesse culturelle du pays, et leur emploi simultané montre le respect de ces dirigeants pour la langue maternelle de la population.
Mais il faut aussi souligner l’extrême discrétion du Président du Conseil régional qui recevait le drapeau des Jeux des Iles, en en tenant un petit bout, alors que dans le même temps, s’exprimait, au nom de La Réunion… l’ambassadeur de France aux Seychelles ! Cet aspect a certainement été remarqué par les participants.
Mais nous devons remercier les responsables et le peuple seychellois qui, malgré la modestie de leurs moyens, ont réalisé l’un des plus grands succès de ces Jeux des Iles. Et nous souhaitons que La Réunion, dans 4 ans, soit digne d’un tel exploit et méritera la reconnaissance de tous les participants, comme cela fut le cas pour cette édition 2011. Ces huit jours furent un grand moment de fraternité de la part de nos îles, et cela est aussi dû à l’organisation seychelloise.

Dans le Pacifique mais pas dans l’océan Indien !

Par ailleurs, nous devons souligner que cette atmosphère générale a fait que, si les autorités comoriennes ont fait savoir leur désaccord avec la présence d’une île à ces jeux, elles n’ont pas fait d’objection plus poussée et ne se sont pas opposées à la participation de Mayotte à cette édition. Cela devait être rappelé.
Enfin, nous prenons acte que le Président de la République française a tenu à marquer, par sa présence l’ouverture des Jeux des Iles du Pacifique, prochainement en Calédonie, la valeur qu’il attachait à cet événement. Un geste qui est un contraste avec son absence aux Jeux des Iles de l’Océan Indien, non seulement absence physique mais également absence de tout message envers les sportifs réunionnais et leurs collègues.


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