Co-développement

L’avenir de La Réunion passe après les intérêts d’une vieille métropole

Au sommet de la COI, le Président français livre un combat d’arrière garde

Manuel Marchal / 25 août 2014

Les luttes de libération ont permis aux peuples de notre région de se libérer de la domination des métropoles coloniales britanniques et françaises. Mais le gouvernement français s’accroche et refuse de laisser les Réunionnais parler dans la COI alors que Paris doit son siège dans cette institution aux luttes du peuple réunionnais. Plus grave, l’ancienne métropole utilise La Réunion pour servir uniquement ses intérêts, quitte à brader l’avenir de notre pays.

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Au Sommet de la COI, le président de la France n’a pas été efficace pour défendre les intérêts de La Réunion sur le point essentiel : l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et nos voisins.

Le 23 août à Moroni a eu lieu le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la Commission de l’océan Indien. C’est pour y assister que François Hollande est venu faire une tournée dans notre région, en passant par La Réunion et l’île de Mayotte avant de se rendre dans la capitale des Comores, Moroni. La présence d’un chef d’Etat français comme membre à part entière d’une rencontre d’Etats situés dans l’océan Indien peut étonner. Il faut savoir que la présence des autorités françaises dans la COI s’est faite par l’entremise de La Réunion. Mais La Réunion est utilisée pour défendre les intérêts de la France dans la région.
L’attitude du gouvernement français est donc non seulement une anomalie dans le processus de décolonisation, mais aussi à contre-courant de l’histoire.

Des partis progressistes à la COI

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, notre région est sous la domination de deux métropoles européennes : Londres et Paris. C’est au lendemain de la Seconde guerre mondiale que commence la décolonisation. Les Réunionnais obtiennent l’abolition du statut colonial en 1946 et l’alignement des mêmes loi qu’en France au 1er janvier 1947. Madagascar devient indépendante sous un quasi-protectorat de la France en 1960. C’est vers la fin des années 1960 et le milieu des années 1970 que prennent fin les colonies dans notre région. Le pouvoir pro-français de Madagascar est renversé en mai 1972. Cela aboutira à l’expulsion des militaires français en 1975. Maurice devient indépendante en 1968, les Comores en 1975 et les Seychelles en 1976.

C’est dans ce dernier pays, à Mahé, que se tient la première Conférence des partis progressistes de l’océan Indien. Le PCR en fait pleinement partie. Cette conférence rassemble tous les partis de notre région sous le mot d’ordre « Océan Indien zone de paix ». Tous affirment unanimement leur soutien à la lutte contre l’apartheid. L’anti-impérialisme est un point de convergence à partir duquel les partis frères de notre région réfléchissent à une organisation institutionnelle.

Combats d’arrière garde

Mais Paris n’avait pas dit son dernier mot et livrait des combats d’arrière garde. Aux Comores, le gouvernement français soutenait les manœuvres de déstabilisation, à commencer par la sécession de Mayotte et l’implication d’anciens membres de l’armée française dans les coups d’Etat à Moroni. A La Réunion, Paris refusait aux Réunionnais le respect du suffrage universel. Son but était d’empêcher le PCR d’arriver au pouvoir. La loi abolissant le statut colonial n’était pas appliquée, car les Réunionnais ne pouvaient pas s’exprimer librement.
Ces conditions n’ont pas permis à La Réunion et aux Comores de figurer parmi les fondateurs de l’organisation découlant des conférences des partis progressistes. C’est ainsi que seuls Madagascar, Maurice et les Seychelles ont lancé la Commission de l’océan Indien ; l’Accord de Victoria de 1982 vient de fêter ces 30 ans d’existence.
Puis La Réunion et les Comores furent admises, avec une réserve pour notre pays : la France a été acceptée, au nom de La Réunion, car notre île n’a pas le degré de souveraineté nécessaire.

La Réunion exclue de la déclaration finale

Dans ces conditions, il eut été logique que la représentation française s’efface, laissant les Réunionnais exercer la responsabilité au sein de la COI. La loi d’orientation pour l’Outre-mer votée en 2000 permet même aux élus de La Réunion de parler au nom de l’Etat membre dans les organisations régionales telles que la COI. D’ailleurs à plusieurs occasions, La Réunion a représenté la France. Tout semblait se passer entre responsables.

Or, force est de constater que l’actuel Président français n’est pas venu au Sommet de la COI dans cet état d’esprit. Cela ressemble même à de l’usurpation. Jeudi matin, François Hollande assurait qu’il interviendrait à Moroni samedi pour discuter des « délimitations des frontières ». C’est un sujet à mille lieues des préoccupations réunionnaises. En effet, au niveau des relations internationales, la question est de négocier au mieux l’intégration de La Réunion dans la construction d’un marché régional. La déclaration finale du Sommet de la COI montre que le chef de l’Etat de la France a été inefficace sur ce point. Elle stipule en effet que :
« Le Sommet salue le rôle joué par la COI dans la conclusion des négociations de l’Accord de Partenariat Economique (APE) intérimaire avec l’Union européenne. Il demande une mise en œuvre efficace de cet accord avec le soutien de la COI et de ses partenaires. Les chefs d’Etat et de gouvernement souhaitent une conclusion rapide d’un APE complet dans lequel le groupe Comores – Madagascar – Maurice – Seychelles (CMMS) pourrait jouer un rôle significatif. Ils souhaitent également que la COI participe activement à sa mise en œuvre. La France y participera en qualité d’observateur. »

L’intérêt français avant tout

Cet APE permettra aux produits venant de chez nos voisins d’entrer sans quota ni droit de douane à La Réunion, car dans ces négociations notre île est considérée comme n’importe quelle région de l’Union européenne. C’est la porte ouvert à la faillite de ce qui reste de l’industrie réunionnaise, et c’est un coup porté au secteur des services. Des entreprises réunionnaises ont déjà anticipé : elles délocalisent la production à moindre coût à Maurice pour vendre ensuite à prix élevé à La Réunion.
La Réunion n’est même pas citée dans le texte de la déclaration finale du sommet de la COI, alors qu’un fonctionnaire français « observera ».
Ce n’est pas étonnant, ce sujet ne concerne pas la population française selon ses dirigeants. La présence de Paris dans la COI est un moyen de négocier pour les intérêts français la meilleure place dans le partage des richesses de notre océan, et elles sont considérables.
Voilà qui montre bien les limites de la structure institutionnelle actuelle. Non seulement les Réunionnais ne peuvent pas défendre leur point de vue dans la COI, mais en plus leur pays est utilisé pour servir les besoins d’une ancienne métropole sur le déclin. C’est caractéristique de la persistance d’une relation héritée de la colonisation qui mène droit à l’impasse. C’est bien un véritable partenariat qu’il est nécessaire de mettre en œuvre, car sans La Réunion et les îles, la France n’a plus ce rôle politique artificiellement élevé par rapport à son véritable poids économique.

M.M.


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