Co-développement

L’avenir de La Réunion se joue sans les Réunionnais

Après le 31e Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien

Manuel Marchal / 29 février 2016

Le 31e Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien s’est fixé plusieurs priorités dans le domaine de la sécurité maritime, de la lutte contre le changement climatique et du développement des échanges entre les îles. Il marque également l’entrée dans l’organisation de la Chine, avec un statut d’observateur.

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À la tribune : Jean-Claude de l’Estrac, secrétaire général de la COI, les ministres des Affaires étrangères des pays de notre région : Mohamed Abdoulkarim (Union des Comores), Joël Morgan (Seychelles), Etienne Sinatambou (Maurice), Béatrice Attalah (Madagascar), présidente sortante du Conseil des ministres de la COI ainsi qu’Alain Vallini, secrétaire d’État représentant le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault.

Le dernier Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien a pris des décisions qui concernent La Réunion. Cela vise particulièrement la lutte contre le changement climatique, le renforcement des échanges entre les îles et la mise en œuvre d’une stratégie de sécurité alimentaire régionale. L’objectif est de refaire de Madagascar le grenier de l’océan Indien. L’entrée de la Chine dans la COI avec le statut d’observateur illustre les bouleversements qui s’opèrent dans notre région, et qui auront des effets sur La Réunion, mais auxquels notre île n’est pas associée.

Ces derniers mois, les États-Unis ont multiplié les initiatives à Madagascar. Trois hauts responsables des USA ont en effet rendu visite aux autorités malgaches en six mois. La dernière en date était celle de la responsable de la politique africaine des États-Unis au secrétariat d’État, l’équivalent du ministère des Affaires étrangères.

L’an dernier, Maurice a accueilli les présidents de la Chine et de l’Inde. Ce dernier a annoncé que l’île sœur allait être la plate-forme du rayonnement de l’Inde dans la région. Narendra Modi a également rendu une visite aux Seychelles.

Le monde est en train de changer, avec l’émergence à quelques milliers de kilomètres de l’Inde, appelée à devenir la superpuissance de l’océan Indien.

Demande de suppression de l’octroi de mer

La Commission de l’océan Indien cherche également à renforcer ses liens économiques. C’est l’idée d’une compagnie maritime de cabotage pour accélérer les échanges de marchandises. Rappelons que les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles ont signé en 2009 un accord de partenariat économique intérimaire avec l’Union européenne. Ce document est la base des discussions de l’accord de partenariat économique définitif qui fixera les relations commerciales entre les pays de notre région, y compris La Réunion.

Nos partenaires ne font pas mystère de leur volonté de voir l’octroi de mer prendre fin. C’est notamment l’opinion de Maurice. Ils considèrent que cette taxe constitue un obstacle aux échanges. Rappelons que malgré l’octroi de mer, des produits venant de Maurice ou de Madagascar sont déjà meilleurs marchés que ceux de La Réunion. L’octroi de mer est en sursis jusqu’en 2020. S’il disparaît, alors la concurrence subie par les produits et les services fabriqués à La Réunion sera encore plus forte.

Mayotte et Îles Éparses pas au programme

Alors que se construit le socle des relations entre les pays de la région, La Réunion est exclue des débats. La délégation France/Réunion a disparu et c’est un secrétaire d’État du gouvernement qui annonce une feuille de route qui n’a jamais été débattue à La Réunion.

Pourtant, les sujets à au programme de la Commission de l’océan Indien ne mettent pas en cause les intérêts vitaux de la France et encore moins sa souveraineté. Interrogée sur la question du différend qui oppose la France et Madagascar au sujet des Îles Éparses, Béatrice Attalah, ministre malgache des Affaires étrangères, a expliqué que cela se règle dans les discussions bilatérales avec la France, et que c’est pas à l’ordre du jour de la Commission de l’océan Indien. Ce qui est vrai pour les Îles Éparses l’est également pour Mayotte. Depuis 1975, Mayotte fait l’objet d’un contentieux entre la France qui a refusé de reconnaître le résultat du référendum d’autodétermination qu’elle a organisée, et l’Union des Comores qui plaide pour l’application du droit international. C’est dans un autre cadre que la COI qu’a lieu la négociation.

Puisque ces questions qui touchent à l’intégrité du territoire de la République ne sont pas à l’ordre du jour de la COI, pourquoi refuser à La Réunion le droit de conduire la délégation et de parler en son nom ? Paris doit apprendre à vivre avec son époque. Car les décisions qui se prennent actuellement pourront avoir des conséquences très négatives pour La Réunion si ses intérêts ne sont pas défendus. L’abattement des frontières entre les économies de l’océan Indien et de l’Afrique australe n’aura en effet aucune conséquence sur l’économie de la France, pays situé à 10.000 kilomètres. Mais ce n’est pas le cas pour La Réunion.

M.M.


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