Co-développement

L’Inde rappelle que le monde a changé aussi pour La Réunion

Première visite d’un ministre indien

Manuel Marchal / 7 octobre 2015

Malesh Sharma, ministre de la Culture, de l’Aviation civile et du Tourisme de l’Inde, a inauguré hier à Saint-Denis le Centre culturel indien et la stèle rendant hommage aux ancêtres venus de l’Inde. En faisant le lien entre passé et futur, le ministre a donné comme perspective le renforcement des liens entre l’Inde et les Réunionnais d’origine indienne, ambassadeurs culturels et économiques d’une superpuissance en train d’émerger.

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Le Dr. Malesh Sharma, ministre de la Culture, de l’Aviation civile et du Tourisme, salue Paul Vergès peu avant l’inauguration du mémorial.

Pour la première fois, La Réunion accueillait hier un ministre du gouvernement indien. Le Dr. Malesh Sharma, ministre de la Culture, de l’Aviation civile et du Tourisme était hier en visite dans notre île. Il a inauguré le Centre culturel indien et la stèle rendant hommage aux ancêtres venus de l’Inde. En une journée, il a donc fait le lien entre le passé et l’avenir.
Le passé, c’est l’inscription sur une des places les plus fréquentées de La Réunion de l’importance d’un autre peuplement que celui venu de la France. Pendant des décennies, les apports autres qu’européens ont fait l’objet d’une conspiration du silence par les autorités officielles à La Réunion. C’est ainsi que les Lazarets sont tombés en ruines et dans l’oubli, à une époque où le maloya était interdit.

Passé et avenir

Il a fallu l’engagement des militants culturels avec les communistes pour que cet héritage puisse être reconnu. L’ancienne majorité régionale avait même un projet qui allait plus loin : la reconnaissance de l’égalité des cultures d’origine des ancêtres des Réunionnais dans la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.
L’inauguration du Mémorial dédié aux ancêtres indiens permet au gouvernement de l’Inde de renouer symboliquement avec des descendants d’émigrés coupés de leurs racines pendant plus d’un siècle. Celle du Centre culturel indien ouvre la perspective.
Il sera en effet un outil du rayonnement de l’Inde, future superpuissance mondiale.
Lors de ses discours prononcés tous les deux en anglais, Malesh Sharma a souligné le poids démographique de l’Inde, 1,3 milliard d’habitants. Il a mis en évidence son dynamisme économique en citant les 7 % de croissance. Il a évoqué aussi le rôle que peut jouer la diaspora dans ce développement.

Rupture avec 350 ans d’histoire

Cette perspective est une rupture avec plus de 300 ans d’histoire à La Réunion. Depuis le peuplement de notre île, l’objectif était de renforcer l’intégration à la France, puis à l’Europe. Cela se ressent notamment dans les échanges, avec les trois quarts des importations qui viennent d’Europe, à 10.000 kilomètres de La Réunion, alors que d’autres acteurs économiques importants existent dans notre région, en particulier l’Afrique du Sud et l’Inde. Avec l’arrivée de l’Inde parmi les leaders du monde, la donne change totalement. De par sa proximité géographique et culturelle, ce pays de plus de 1 milliard d’habitants possède un pouvoir d’attraction très important.
Pour Paul Vergès, cela souligne de nouveau le problème de la double intégration de La Réunion d’une part dans son environnement géographique et d’autre part en tant que région de l’Union européenne. Se pose alors la question de la place de La Réunion au moment où l’Inde s’apprête à devenir la superpuissance de l’océan Indien et peut s’appuyer sur une diaspora présente partout, de l’Ouganda à l’Afrique du Sud en passant par les Seychelles, Maurice et La Réunion.


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