Co-développement

L’Union européenne renoue avec Madagascar

La nécessité de nouvelles responsabilités pour La Réunion

Manuel Marchal / 12 juin 2014

Le déplacement d’Andris Piebalgs, commissaire européen au Développement, concrétise la décision de l’Union européenne de relancer sa coopération avec Madagascar. Les Réunionnais seront-ils tenus à l’écart de ces discussions ?

En 2009, à la suite de l’installation d’une Haute autorité de Transition pour succéder au président Ravalomanana, l’Union européenne comme la plupart des autres pays occidentaux avait décidé de ne plus travailler avec le gouvernement de Madagascar.

Pendant 4 ans, les partenaires économiques de Madagascar étaient donc principalement la Chine, qui n’a jamais abandonné les Malgaches, ainsi que des Canadiens notamment.

La réussite des dernières élections a fait bouger les lignes. Désormais, Madagascar est pleinement réintégrée dans la communauté internationale. La Chine continue d’être un fidèle partenaire. Les Etats-Unis se sont positionnés, ainsi que le Japon en particulier. Une mission du FMI s’est conclue par le retour aux possibilités de financement de l’institution internationale. L’Union européenne prend le train en marche, mais elle a décidé de pleinement saisir l’opportunité du développement d’un pays émergent dans le Sud de l’océan Indien. Depuis ce mardi, le Commissaire Piebalgs, chargé du Développement, est en visite officielle chez nos voisins.

En préalable de son séjour, le Commissaire a tenu des propos élogieux vis à vis du gouvernement malgache. Il annonce également la mise à disposition de près de 100 millions d’euros uniquement pour aider l’administration de Madagascar à se moderniser.

Il est évident que la question de Madagascar ne manquera pas d’être à l’ordre du jour du prochain sommet de la COI aux Comores le mois prochain. Dans l’état actuel, c’est l’ancienne maire d’une commune des Ardennes, une zone du Nord de la France, qui représentera théoriquement les intérêts de La Réunion en sa aualité d’ambassadrice à la coopération.

Cette situation ne manque pas d’interpeller au moment où se déroulent de profonds changements aux portes de La Réunion. Faute d’avoir droit à la parole, les Réunionnais seront-ils une nouvelle fois exclus des discussions en cours entre Madagascar et La Réunion ? C’est là que l’on peut mesurer combien de nouvelles compétences sont nécessaires pour les Réunionnais, afin qu’ils puissent défendre leurs intérêts. L’annonce d’une réforme territoriale est l’occasion à saisir, elle peut ouvrir la voie à de nouvelles responsabilités.

M.M.

Communiqué de l’Union européenne


M. Andris Piebalgs, commissaire européen chargé du développement, sera à Madagascar du 11 au 13 juin prochains pour confirmer la reprise de la coopération au développement avec le pays et lancer les discussions concernant la programmation des fonds de l’UE pour la période 2014-2020. Cette visite contribuera à marquer le retour à la normale des relations entre l’UE et Madagascar, qui fait suite à la fin de la crise politique ayant secoué le pays.

M. Piebalgs a fait la déclaration suivante : « L’Union européenne se tient aux côtés de Madagascar sur la nouvelle voie qu’elle a choisi d’emprunter vers la stabilité, la bonne gouvernance et les réformes. Il importe maintenant de donner le coup d’envoi de la programmation de la coopération de l’UE pour les années à venir et de nous assurer que nous ciblons les domaines susceptibles d’être les plus bénéfiques pour le développement du pays. »

M. Piebalgs et le président de Madagascar, M. Hery Rajaonarimampianina, inaugureront à Morondava les travaux de réparation d’une route nationale (la RN8) endommagée par des tempêtes et des cyclones. Dans la même région, le commissaire européen visitera aussi un centre de santé, une direction régionale du système national d’éducation et un petit barrage construit pour favoriser le développement de l’agriculture, projets qui ont tous bénéficié de fonds européens.

Le commissaire visitera un autre projet financé par l’Union européenne, visant à fournir des compléments alimentaires à des enfants âgés de 6 mois à 2 ans souffrant de malnutrition. Ce projet, mené par l’intermédiaire de 36 centres de nutrition, a bénéficié à 36 000 enfants.

Au cours de sa visite, le commissaire rencontrera également le premier ministre, M. Roger Kolo, les principaux ministres du gouvernement et d’autres parties prenantes.

Contexte

Durant la période de crise, pratiquement tous les bailleurs de fonds, y compris l’UE, avaient suspendu leur aide publique au développement, mais un soutien était apporté à la population vulnérable par l’intermédiaire d’ONG locales et internationales et d’organisations internationales.

L’UE finançait des services de santé de base couvrant une population de plus de 9,3 millions de personnes. Au cours de la période de transition, elle a aussi financé des kits scolaires distribués à 3,8 millions d’enfants fréquentant l’enseignement primaire, ainsi que des repas scolaires pour presque 220 000 enfants dans plus de 1 200 écoles primaires.

Afin de soutenir la transition démocratique à court terme, l’UE prépare actuellement un train de mesures post-électorales de 97 millions d’euros pour appuyer la reconstruction des institutions de l’État et renforcer les capacités de l’administration. Il s’agira, entre autres, d’aider à combler le déficit budgétaire, de renforcer la fourniture de services sociaux publics élémentaires (tels que la santé) et de relancer le dialogue politique en vue de grandes réformes. Les crédits nécessaires seront prélevés sur le montant global d’aide bilatérale actuellement prévu pour le pays au titre du 11e Fonds européen de développement (FED) pour la période 2014-2020 (455 millions d’euros).


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