Co-développement

L’urgence d’une autre politique : le co-développement régional

Ouverture aujourd’hui de la conférence de coopération régionale, le PCR propose une autre voie

Manuel Marchal / 21 avril 2016

À la veille de la conférence sur la coopération régionale organisée à Saint-Denis et présidée par la France, le Parti communiste réunionnais a tenu hier une conférence de presse. Représenté par les secrétaires généraux Yvan Dejean et Ary Yée Chong Tchi Kan, le PCR a présenté sa vision des relations entre les peuples de la région, le co-développement régional. Ce n’est pas celle qui est présentée dans le programme de la conférence qui oublie de traiter des accords de partenariat économique décisifs pour la production réunionnaise. Le PCR propose d’aller vers le co-développement qui a pour préalable la définition d’une stratégie globale commune aux peuples de notre région. Ce co-développement est dans la droite ligne de la conférence de Mahé en 1978. Elle avait jeté les bases de la COI sur la base de propositions visant à sortir du sous-développement colonial et de la division imposée par le colonisateur, afin de créer un espace d’échange et de développement.

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Ary Yée Chong Tchi Kan et Yvan Dejean.

Yvan Dejean rappelle en préambule que le PCR a, de longue date, une vision pour les rapports entre les peuples de la région. Il souligne que dans les années 70, quand nos dirigeants parlaient de coopération, ils étaient taxés de séparatisme. La tenue d’une réunion telle que celle d’aujourd’hui montre le chemin parcouru.

Ary Yée Chong Tchi Kan revient sur un thème très fort du PCR : comment garder les acquis de la France et de l’Europe, tout en permettant l’intégration de La Réunion dans sa région.

« Il faut des conditions pour cette intégration. Les conditions s’éloignent », déplore-t-il, « Nous sommes en train de gâcher la chance de La Réunion, dans un ensemble qui comportera 60 millions d’habitants dans 20 ans ».

Conférence fondatrice aux Seychelles

Pour étayer son argumentation, il fait un retour sur la rencontre du 27 au 29 avril 1978 à Mahé aux Seychelles. Elle a réuni les organisations politiques et partis progressistes des îles de l’océan Indien. Ceux qui étaient présents avaient jeté les bases d’une réflexion : comment allons-nous sortir du sous-développement colonial, de la division imposée par le colonisateur et créer un espace d’échange et de développement.

La Réunion était représentée par le PCR, Témoignage Chrétien de La Réunion et le Mouvement des radicaux.

À l’issue de ces 2 journées, Madagascar, Maurice et les Seychelles ont pris la décision de créer la Commission de l’océan Indien, organisation d’États. Ce fut fait en 1984. En 1986, c’est l’adhésion à la COI des Comores et de La Réunion, sous le patronage de la France, car La Réunion n’était pas un état.

Entre 1978 et 1986, les anciens colonisés se sont regroupés, organisés et ont jeté les bases d’une communauté d’avenir. Le programme reprenait la réflexion de 1978 avec deux objectifs : développement durable et la paix.

30 ans plus tard, « la France nomme un fonctionnaire, ambassadeur, pour nous représenter auprès de nos voisins. Mme Ledoux qui avait inauguré la COI, elle est remplacée. C’est lui qui va présider la séance consacrée demain à la coopération ».

« Développement d’un néo-colonialisme »

Ces faits font dire au PCR « que le gouvernement a instrumentalisé La Réunion. Pour nous c’est une régression historique, une erreur stratégique et une faute politique ». En effet, ajoute Ary Yée Chong Tchi Kan, « l’idée de créer un espace commun d’avenir était un projet d’intégration régionale pour corriger les effets de plusieurs siècles de colonisation. La France n’était pas une colonie mais un pays colonisateur, La Réunion était le pays colonisé ».

Au lieu d’être en capacité de célébrer dans quelques jours l’anniversaire de la conférence fondatrice de Mahé, « nous assistons au développement d’un néo-colonialisme ».

Avant, Paul Vergès était dans toutes les réunions et représentait la France. Aujourd’hui, « on a une crise de confiance, car on ne fait pas confiance à des Réunionnais pour représenter les Réunionnais ».

Et l’accord de partenariat économique ?

Le programme de la conférence porte sur la sécurité maritime, le climat et le développement économique. « Pas un mot sur les accords de partenariat économique qui alimentent les inquiétudes des producteurs réunionnais », précise le secrétaire général du PCR, « des inquiétudes qui augmentent depuis le sommet de la COI à Moroni le 23 août 2014 ».

Dans la déclaration finale du sommet, le nom de La Réunion n’est même pas mentionné. « On n’avait jamais vu cela ». Les chefs d’État demandent à la COI d’agir pour accélérer la signature définitive de l’APE définitif avec l’Union européenne. L’APE est un accord commercial qui permet le libre-échange entre l’Union européenne et les pays voisins. En tant que région de l’Union européenne, La Réunion est concernée, et elle est le marché européen le plus proche de ces pays.

« Pourquoi le PCR est-il le seul à en parler ? » Or, une feuille de route a été définie et inscrite dans le temps. Sur chaque produit, les états voisins et l’Europe vont négocier pied à pied en fonction de leurs intérêts stratégiques et de leurs peuples. « Nous en subirons les conséquences et la France qui a pris notre place n’a même pas droit au chapitre. Elle n’a qu’un statut d’observateur ».

Le PCR demande de publier le bilan des discussions sur les APE engagées au nom des Réunionnais, et dont les Réunionnais paieront les conséquences. « Que ceux qui ont pris la place des Réunionnais exposent publiquement le contenu des listes de produits, et les conditions de la négociation. Car tout ce qui est produit à La Réunion peut l’être dans les pays voisins », demande Ary Yée Chong Tchi Kan, « pourquoi une chose aussi simple est-elle si difficile ? La mentalité néo-coloniale a pris le dessus ».

Co-développement pour éviter l’affrontement

Pour sa part, le PCR pose le problème des relations en termes de co-développement pour éviter l’affrontement. C’est la discussion des conditions de la coopération, pour éviter la concurrence exacerbée. C’est un appel à sortir à la mentalité de division issue de la colonisation. « Entre voisins, allons traiter nos problèmes de voisinage entre nous ».

Mais ce co-développement n’est pas la priorité de la réunion d’aujourd’hui.

On parlera de la sécurité maritime, cela relève des accords bilatéraux entre la France et ces pays. La France a des ambassadeurs dans chacun de ces pays pour régler ces problèmes.

Concernant le climat, le PCR rappelle la richesse d’expériences à La Réunion. La rencontre de l’UICN organisée par la Région en 2008, le sommet du co-développement durable dans l’océan Indien à La Réunion la même année. Juste avant le dernier sommet de la COI, Paul Vergès avait déposé un projet d’initiative parlementaire concernant l’océan Indien. Le secrétaire général de la COI s’était félicité de cette proposition. Au sommet de la COI, François Hollande ne l’a pas utilisée. Paul Vergès préside l’ONERC depuis 14 ans, avec un rapport tous les ans, déposé auprès du gouvernement.

Changer de voie

Le potentiel du co-développement nécessite une réflexion globale, avec la perspective d’une région de 60 millions d’habitants dans 30 ans. Cette dynamique démographique replace La Réunion dans une dynamique historique, elle la fait participer à un grand projet d’avenir.

C’est pourquoi Paul Vergès insiste sur la nécessité de la francophonie, et sur l’université de l’océan Indien pour former les cadres pour 60 millions d’habitants. C’est une dynamique pour tout le siècle. Ce potentiel, ce sont les organisations et partis progressistes de l’océan Indien ont eu cette vision.

Le PCR appelle donc à changer de voie. Car le chemin de cette coopération régionale n’aide pas à la responsabilisation des Réunionnais. Le PCR réclame d’urgence la réflexion et la discussion sur le co-développement régional, développement partagé et solidaire qui n’a rien à voir avec la coopération décentralisée d’une collectivité. « Sortons de cette dérive qui relève du retour de la mentalité coloniale. Au cours de ces 30 dernières années, jamais un président de la République n’a agi de la sorte en imposant un fonctionnaire pour parler à la place des Réunionnais », conclut le PCR.


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