Co-développement

Le développement des relations Réunion-Maurice se fera-t-il par-dessus la tête des Réunionnais ?

Sur le blog de Pierre Vergès

Témoignages.re / 17 septembre 2010

À lire, via Internet, la presse mauricienne, on est frappé par deux réalités nous concernant : les fortes perspectives d’un développement des relations entre La Réunion et Maurice, et l’intérêt que lui accordent nos voisins. Mais, du fait du gouvernement français, ce rebond dans nos relations se fera-t-il par-dessus la tête des Réunionnais ?

La visite impromptue du ministre du Tourisme mauricien, venu présenter son projet de combiné à destination de Chine, et son invitation à une rencontre à Port-Louis pour le 16 septembre ont été les premiers signes visibles du réchauffement des relations entre les deux îles.
Quelques jours plus tard, le Premier ministre mauricien rencontrait à Paris Nicolas Sarkozy et François Fillon. Était évoquée la perspective d’une consolidation de nos échanges et sa visite en tant que président de la COI était annoncée. Au cours d’une conférence de presse donnée la semaine dernière il faisait savoir que ses services avaient engagé les préparatifs de ce voyage.

Vers un marché commun Réunion-Maurice ?

Il est fortement question d’un « marché commun Maurice-Réunion », selon une expression de “L’Express” de Maurice. Cette configuration devrait favoriser une meilleure intégration régionale. L’idée aurait été soumise par François Fillon à son homologue mauricien.
L’ambassadeur de France à Maurice, Jacques Maillard, le confirme lors d’un discours prononcé pour l’installation de la Chambre de commerce et d’industrie France Maurice : « Il a rappelé que la question a été discutée par les Premiers ministres français et mauricien, lors de la récente visite de Navin Ramgoolam en France », écrit “L’Express” qui le cite : « le Premier ministre, François Fillon a parlé d’une sorte de marché commun entre les deux îles. Bien sûr pas le même modèle européen. Mais ce sera un puissant facteur de développement et de croissance ».
Entre les deux premiers ministres, « il avait été, entre autres, question de la consolidation des relations commerciales et économiques entre Maurice et la Réunion », précise le journal.

La démarche de Anne-Marie Idrac

En réalité, la première démarche de ce type a été initiée par Mme Idrac à Port-Louis, en mars dernier.
La secrétaire française du Commerce estimait que les projets de Maurice en matière de développement, le projet Maurice île durable, la modernisation des infrastructures étaient de nouveaux champs de coopération à ouvrir entre les deux États, mais plus particulièrement, à travers les relations avec La Réunion. « L’établissement d’un axe fort Réunion-Maurice est enclenché », écrivait “L’Express”.
Personne ne peut contester la nécessité de développer les relations avec l’île sœur. Autant nous pouvons être satisfaits des intéressantes perspectives qui s’ouvrent, autant nous avons aussi la désagréable impression que le gouvernement français a décidé de tout entreprendre… par-dessus la tête des Réunionnais !
Le principe même d’une consolidation des échanges a été acté, les domaines dans lesquels celle-ci pourrait s’opérer ont été délimités. Sans notre accord.
Il y a un moment où, dans l’intérêt bien compris de tous, il faudra que Paris écoute le monde réunionnais : les collectivités territoriales, les chambres consulaires, les socioprofessionnels de La Réunion. Il ne faudrait qu’ils découvrent un matin, ce qui a été décidé sans eux.
C’est la première condition à la réussite de l’opération.

Pas une variable d’ajustement !

La seconde consisterait à ne pas se servir de notre île comme une sorte de variable d’ajustement pour des sociétés…métropolitaines !
Pour être clair : le marché commun envisagé entre les deux îles ne doit pas servir d’ouverture uniquement sinon essentiellement à des entreprises hexagonales.
C’est le sentiment que nous avons lorsque nous voyons ressurgir l’expression où La Réunion est qualifiée de « vitrine du savoir-faire français ».
L’ancien président de la Cour des comptes, M. Philippe Seguin, avait été pressenti pour être la tête d’une liste d’union RPR-UDF-Démocratie libérale aux Européennes de 1989.
En campagne dans notre île, il avait été interrogé par “Le Journal de l’île”, notamment sur la notion de « Réunion zvitrine de la France ». Il en dénonçait le côté suranné et le rôle passif qu’elle attribuait à notre île.
Alors que nous avons l’ambition de jouer le rôle d’une « frontière active » de l’Europe dans notre zone, on est en train de renouer avec les vieux démons.

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