Co-développement

Madagascar pays le plus touché par la peste dans le monde

Maladie de la pauvreté

Témoignages.re / 16 avril 2015

Apparue dans l’île à la fin du 19e siècle, la peste continue de faire des ravages à Madagascar. Elle apparaît tous les ans à la saison des pluies et fait à chaque fois des victimes. Cette maladie est liée à la pauvreté. L’OMS estime que Madagascar est le pays au monde le plus touché par la peste. Moramanga fait partie des régions les plus vulnérables selon « Le Monde ».

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Même Antananarivo a été touché par l’épidémie. La peste est une maladie qui existe parce qu’il y a la pauvreté.

Tout près de notre île, un grand pays, Madagascar. Il est peuplé de plus de 22 millions de personnes, et il en comptera plus de 50 millions dans une trentaine d’années. L’objectif de son gouvernement est de le faire progresser vers le statut de pays émergent. Mais pour l’heure, les défis restent considérables. Madagascar fait notamment face à celui de la grande pauvreté. Elle a des conséquences sanitaires. Ce n’est pas seulement la malnutrition, ce sont aussi des maladies qui ne sont pas encore vaincues. La peste fait partie de celles-là.
Tous les ans à la saison des pluies, l’épidémie réapparaît.

71 morts depuis septembre

Le 11 février dernier, l’OMS a fait un point de la situation.
« La flambée, qui a éclaté en septembre 2014 et a atteint son pic en novembre jusqu’à fin décembre, a ralenti pour le moment. Cependant, la saison de la peste sur l’île dure jusqu’en avril. (…)
Le potentiel épidémique élevé de la peste, surtout dans sa forme pneumonique, qui peut se propager directement d’une personne à l’autre par la toux, a été bien étudié. Les éléments attestant que la maladie a gagné les bidonvilles de Tananarive, la capitale, renforcent la nécessité d’une vigilance accrue. En novembre 2014, 2 cas (1 probable, 1 confirmé) y ont été détectés. Depuis aucun cas n’a été rapporté dans la capitale.

Au total, depuis septembre 2014, 263 cas, dont 71 décès, ont été notifiés à ce jour, ce qui représente un taux de létalité de 27%. Le district d’Amparafavarola, dans les hautes terres du centre du pays, a été la région la plus touchée, des cas de peste pneumonique ayant continué d’être signalés pendant la première semaine de janvier.
La peste sévit à l’état endémique sur l’île, où des flambées éclatent pratiquement tous les ans depuis 1980. Depuis trois ans, le nombre annuel de cas de peste augmente régulièrement, faisant de Madagascar le pays le plus touché dans le monde.

Le 4 février 2015, la Banque africaine de développement a annoncé une subvention de 1 million de dollars (US $) pour soutenir les mesures d’endiguement de la peste et d’autres maladies épidémiques à Madagascar. Cette subvention, qui sera administrée par l’OMS en collaboration avec le ministère de la santé, servira à améliorer les moyens de laboratoire et installations d’isolement et à acheter des antibiotiques, des insecticides, des kits de diagnostic et du matériel, y compris des équipements de protection individuelle pour les agents de première ligne.

Au niveau mondial, la peste est localisée géographiquement dans des régions où les conditions climatiques et la topographie favorisent une forte concentration de rongeurs et de puces. L’OMS a recensé des foyers naturels de peste dans une vingtaine de pays d’Afrique, d’Amérique et d’Asie. La faiblesse des systèmes de santé et des niveaux bas d’hygiène de l’environnement sont des facteurs de risque de flambée de peste humaine ».

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Un cabinet médical et une mairie d’arrondissement d’Antananarivo. Le manque d’équipements pour la santé n’aide pas à éradiquer les épidémies.

« Un problème de pauvreté »

« Le Monde » s’est intéressé à ce sujet. Le journal parisien a dépêché un envoyé spécial dans l’île sœur. Il a publié samedi 11 avril dernier un article dont voici un extrait :

« Madagascar (...) a lancé un projet de recherche sur les risques d’infections zoonotiques dans la région de Moramanga, dans le centre de l’île, l’un des endroits les plus touchés. L’objectif est d’améliorer la connaissance de cette maladie, apparue sur l’île à la fin du XIXe siècle, et de mieux informer les populations souvent abandonnées à elles-mêmes.

« Le problème de la peste à Madagascar est d’abord un problème de pauvreté. Les populations manquent de tout et vivent dans des conditions d’hygiène et de salubrité déplorables, estime le Pr Christophe Rogier, directeur de l’Institut Pasteur de Madagascar. Les habitations manquent d’aération et d’étanchéité, la gestion des déchets est absente et l’offre de santé ne correspond pas aux besoins quand elle n’est pas simplement inexistante. »

Les autorités malgaches entendent faire de la lutte contre « cette maladie du Moyen Age » une de leurs priorités »

.

L’île sœur affronte donc depuis des années un problème majeur. Madagascar est devenu le pays au monde le plus touché par la peste. Cela se passe à quelques centaines de kilomètres de La Réunion, dans un pays qui a fortement contribué au peuplement de La Réunion. Cette question deviendra-t-elle une priorité du co-développement ?


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