Co-développement

Mozambique : les Réunionnais ont le droit de parler en leur nom

La France s’affirme comme l’interlocuteur des institutions du Mozambique au nom de La Réunion

Manuel Marchal / 10 novembre 2015

En octobre 2003, Paul Vergès avait renforcé les bases du co-développement entre le Mozambique et La Réunion, en faisant fructifier une solidarité de lutte du FRELIMO et du PCR. Il avait rencontré le président de la République et signé un accord-cadre avec le Cabo Delgado. 12 ans plus tard, une délégation de préfet de la France rencontre trois ministres pour « faire connaître la France de l’océan Indien ». Le rôle des Réunionnais est passé sous silence, et les relations entre le Mozambique et La Réunion sont reprises en main par la France. La cause de cette incroyable régression est la politique de Didier Robert, symbole de la démission d’une certaine classe politique réunionnaise qui a abdiqué ses responsabilités en refusant d’informer la population sur les grands enjeux. Bello-Annette ne promettent pas mieux. Seule la liste d’union de Pour une Réunion nouvelle remet en cause cette faillite.

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Le 9 octobre 2003, Paul Vergès, président de la Région Réunion, signait au nom de la République française un accord de coopération avec José Pacheco, gouverneur de la Province du Cabo Delgado, agissant au nom du gouvernement du Mozambique.
Cet accord était un temps fort d’une visite d’une délégation réunionnaise conduite par Paul Vergès dans un pays d’où viennent de nombreux ancêtres des Réunionnais.
Au cours de ce séjour, Paul Vergès avait été officiellement reçu par Joachim Chissano, président de la République du Mozambique.

Cette rencontre se situait dans le prolongement de la fraternité de lutte entre le PCR et le FRELIMO. Quand les Mozambicains luttaient pour se libérer de la colonisation portugaise, ils avaient eu le soutien des communistes réunionnais. Paul Vergès avait notamment rencontré Eduardo Mondlane, secrétaire du FRELIMO. Cette solidarité a continué ensuite quand le Mozambique indépendant devait faire face à l’armée du régime d’apartheid soutenue par les États-Unis et les autres pays de l’OTAN dont la France.

Élu au Parlement européen, Paul Vergès avait utilisé ce mandat pour faire avancer les causes fondamentales des communistes réunionnais, en particulier la lutte contre l’apartheid. Le député réunionnais avait alors eu l’initiative d’organiser la visite d’une délégation de membres du Parlement européen dans ce qui s’appelait alors les pays de la Ligne de Front, dont faisait partie le Mozambique.

Héritage gaspillé

C’est donc fort logiquement que sous la direction de Paul Vergès, la Région Réunion a prolongé cette politique. C’est ce qui explique pourquoi un président de la Région avait alors été accueilli à bras ouvert dans un pays qui commençait alors à peine son décollage économique.

12 ans plus tard, le Mozambique aspire à devenir un pays émergent. L’attractivité de son économie est si grande qu’aujourd’hui, des Portugais viennent y travailler. Ils préfèrent partir dans notre région plutôt que de rester dans leur pays lourdement touché par la crise économique.

Malheureusement, la Région Réunion n’est plus ce qu’elle était. Les projets démolis, ce n’est pas seulement le tram-train. C’est aussi la casse du co-développement.

La France s’engouffre dans la brèche

Au cours des 5 dernières années, les relations avec Madagascar et le Mozambique ont été à l’abandon. Didier Robert n’a même pas daigné se déplacer au Sommet de la Commission de l’océan Indien. Comme la nature a horreur du vide, la France s’est aussitôt engouffrée dans la brèche. Ainsi, c’est une délégation de préfets qui est allée sur le terrain défriché par Paul Vergès.

Le communiqué diffusé hier pourrait même faire croire à une visite fondatrice :

« Les préfets de La Réunion et de Mayotte et la préfète administratrice supérieure des TAAF se sont rendus en visite de prospection au Mozambique du 25 au 29 octobre (Maputo – Pemba), accompagnés par le commandant supérieur des FAZSOI, l’ambassadeur délégué à la coopération dans la zone et avec le soutien de l’ambassadeur de France à Maputo. Cette visite d’une délégation unie de la France de l’océan Indien est la première de ce genre.
Les préfets ont été reçus par trois ministres : le ministre de la Mer, des Eaux intérieures et des Pêches ; le ministre de la Science et de la Technologie, de l’Enseignement supérieur et technique professionnel ; le ministre de la Culture et du Tourisme. Ils se sont également entretenus à Pemba avec la gouverneure de la province de Cabo Delgado.
L’objectif affiché de faire connaître la France de l’océan Indien, la France et l’Europe de proximité, aux autorités mozambicaines, a été pleinement atteint. Ce déplacement a permis de dessiner des projets communs dans différents domaines. »

Des politiciens réunionnais ont abdiqué

Force est de constater que tout le travail mené par la Région Réunion sous Paul Vergès est passé sous silence. C’est comme si les Mozambicains ne connaissaient pas La Réunion. D’ailleurs, La Réunion est ramenée au rang de « France de l’océan Indien ». Cette incroyable régression est le résultat de la politique de Didier Robert à la Région Réunion. Et Bello-Annette ne promettent pas mieux.

Cette reprise en main par la France est le symbole de la démission d’une certaine classe politique réunionnaise qui a abdiqué ses responsabilités en refusant d’informer la population sur les grands enjeux.

Cette régression arrive au moment où le Mozambique est en plein décollage économique. Ce potentiel économique peut être un atout pour La Réunion, à condition que des Réunionnais puissent discuter de cette question avec les Mozambicains. À la différence de la France, La Réunion peut s’appuyer sur une solidarité forgée dans la lutte contre la colonisation.

Pour que les Réunionnais retrouvent leur fierté de peuple capable de parler avec ses voisins, il faut la rupture. Cet espoir est incarné par une seule liste, Pour une Réunion nouvelle conduite par Patrick Lebreton qui rassemble PCR, Progrès, PS, MRC, PRG et société civile. Car qui de mieux que les initiateurs des relations avec le Mozambique pour défendre les intérêts des Réunionnais dans les discussions ?


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