Co-développement

Réconciliation de La Réunion avec l’Union africaine (ex-OUA)

Visite d’un haut représentant du NEPAD au Département

Témoignages.re / 12 février 2013

La visite fin janvier dans notre île d’un haut représentant du NEPAD (Agence de Développement de l’Union Africaine), M. Ibrahim Gourouza Magagi, reçu au Conseil général par les Vice-présidents du Département en charge de la Coopération régionale et de l’Agriculture, MM. Roland Robert et Pierre Vergès, marque définitivement, du côté réunionnais et français, la fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère dans les relations de l’île avec son environnement et son appartenance à l’espace africain.

Les temps ont bien changé. Elle est loin l’époque où toute évocation dans notre pays de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) provoquait fantasme, effroi et mépris de la part de certains décideurs réunionnais qui considéraient cette organisation comme « un club de chefs d’État en culotte courte » (nous tairons le nom de celui qui l’a déclaré par charité chrétienne).

Il est loin le temps où le Quai d’Orsay et les services de renseignements espionnaient les liens et participations « subversifs » entre les organisations politiques progressistes de La Réunion et l’organisation panafricaine.

Il est loin également le temps de la crise diplomatique survenue entre la France et l’OUA au sujet de La Réunion dans les années 70, alimentée par les déclarations ex-abrupto de feu Mouammar Kadhafi au sujet de la nécessaire décolonisation de l’île et de son appartenance à la famille africaine. La page est tournée. L’Afrique du 21ème siècle est courtisée par le monde entier et est devenue un pôle de croissance mondiale. Les Réunionnais le comprennent enfin petit à petit.

L’heure est à la réconciliation

L’heure est maintenant à la compréhension et à la réconciliation. Et l’on ne peut que féliciter l’initiative prise par les élus communistes réunionnais du Département, Roland Robert et Pierre Vergès, d’avoir amorcé ces discussions entre le Représentant spécial du N°1 de l’organe de développement de l’Union africaine et le Département de La Réunion. Suite à ces échanges, il a été convenu, selon le communiqué, « de définir dans les semaines qui viennent des contours d’une coopération officielle et d’envisager la visite prochaine dans notre île du Secrétaire éxécutif, M. Ibrahim Hissane Mayaki ».

Du côté de l’État français (Préfecture), ces discussions ont été qualifiées de « rencontres de haut niveau ».
Selon le communiqué du Conseil général, le haut représentant du NEPAD, premier conseiller du Secrétaire exécutif, a déclaré qu’un « partenariat privilégié » avec La Réunion pourrait être envisagé après avoir eu une présentation au Département des potentialités notamment en matière de coopération agricole.

Pour la première fois dans l’histoire des relations entre La Réunion et l’organisation continentale, une « offre de coopération » s’ébauche. Même si elle émane à un niveau technique, elle relève d’un organe fonctionnel de la Commission de l’Union africaine.

Des perspectives ouvertes pour amorcer des programmes d’échanges

Alors que systématiquement, les problèmes économiques de notre île révèlent le caractère de comptoir néocolonial et l’absence de diversité des échanges avec notre voisinage, on peut dire qu’avec cette initiative, des perspectives sont ouvertes pour l’amorce de programmes d’échanges, notamment en matière d’expertise agricole où nous avons des atouts reconnus et une expertise que l’on peut transformer en courant d’exportation, de création d’activités et d’emplois pour nos jeunes.

Cependant, notre statut politique est incompris et ne nous permet pas d’obtenir la légitimité nécessaire auprès des partenaires étatiques et multiétatiques souverains. Attendre que Paris le fasse, seul, à notre place peut être une solution. Mais nous serons toujours considérés par nos voisins comme des « assistés ».

Une Réunion européenne, française et aussi africaine

Ne soyons pas dupes. La France est toujours considérée dans les grandes capitales africaines, notamment dans notre région avec le dossier mahorais, comme une ex-puissance coloniale et La Réunion comme sa « possession » africaine comme Mayotte. La difficulté est et sera de faire admettre, mais aussi de faire reconnaitre et encore d’expliquer l’identité hybride réunionnaise, la faisant à la fois européenne/française et faisant partie de l’Afrique/océan Indien.

On le voit lorsqu’il s’agit de “vendre” nos capacités et nos atouts, rien ne vaut le contact direct entre Réunionnais et Africains, partageant les mêmes préoccupations liées à nos territoires, les mêmes influences et identités socioculturelles. Lorsque ce sont des Réunionnais qui sont acteurs de cette coopération, cette identité politique hybride est comprise et la qualité du dialogue renforcée. Beaucoup mieux qu’un originaire de l’Hémisphère Nord avec tout le poids de l’héritage moral lié à la colonisation…

Les promesses du Président Hollande de donner plus de responsabilités aux Réunionnais en matière internationale semblent aller dans ce sens. Il faut maintenant les mettre en œuvre.

Christophe Rocheland


Kanalreunion.com