Co-développement

Réponse solidaire à la mondialisation ultra-libérale

Les parlementaires européens et des pays du groupe Afrique-Caraïbe-Pacifique se rencontrent aux Seychelles

Témoignages.re / 29 juillet 2010

La 5ème réunion de l’Assemblée paritaire parlementaire (APP) des pays de l’ACP et de l’UE a réuni, les 14 et 15 juillet à Mahé, aux Seychelles, les membres de l’APP d’Afrique, de Caraïbes et du Pacifique de la région Afrique de l’Est du groupe ACP, ainsi que les parlementaires de l’Union européenne.

Co-présidée par le député européen, Élie Hoarau, et Odirile Motlhale, représentant les parlementaires des pays ACP, cette réunion a été organisée en vertu de l’Accord de Cotonou signé entre les États africains et l’Union européenne en 2000. Les participants ont échangé autour de l’intégration et la coopération régionales en Afrique de l’Est.

L’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE est une institution unique au monde, parce qu’elle réunit des représentants de différents pays siègant ensemble pour la promotion de l’interdépendance Nord-Sud. Le rôle de l’Assemblée parlementaire paritaire, en tant qu’organe consultatif, est de promouvoir les processus démocratiques par le dialogue et la concertation, permettre une plus grande compréhension entre les peuples de l’Union européenne et des États ACP, et sensibiliser les opinions publiques aux questions de développement, d’examiner les questions relatives au développement et au partenariat ACP-UE, et d’adopter des résolutions et adresser des recommandations au Conseil des ministres en vue de la réalisation des objectifs du présent accord.

Stratégie régionale : les APE

Les responsables politiques ont échangé autour de la question des aspects commerciaux et institutionnels des Accords de partenariat économique (APE) de la région. Ces APE sont des accords commerciaux destinés à développer le libre échange entre l’Union européenne et les pays dits ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Ils doivent répondre aux critères de l’Organisation mondiale du commerce, et devraient, selon le communiqué final du 15 juillet, intégrer les pays d’Afrique australe et orientale.
Dans son allocution, le co-président Élie Hoarau a indiqué que : « Les APE sont censés venir appuyer le processus d’intégration régionale et non l’inverse. On ne peut imposer de l’extérieur la voie par laquelle se réalisent ces processus d’intégration, et l’UE devrait s’efforcer de soutenir le ou les processus dans les termes choisis par les ACP ». C’est pour cette raison que dans le communiqué final, approuvé par tous les membres de l’APP ACP-UE, les parlementaires ont appelé l’UE à faire en sorte que les APE contribuent à renforcer les processus d’intégration régionale, et qu’ils soient plus flexibles du fait de l’impact économique de la crise.
Dans la suite des accords de Cotonou, les APE, encore en cours de négociation, visent à ouvrir les marchés, et prévoient l’interdiction de l’augmentation ou de la création de droits de douanes à l’importation ; l’interdiction de quotas d’importation ou d’exportation ; la suppression progressive des subventions à l’exportation des produits agricoles issus de l’UE ; l’interdiction des pratiques commerciales déloyales, et la mise en place de mesures de sauvegarde multilatérales temporaires.

Le processus d’intégration régionale en Afrique de l’Est

Les processus d’intégration régionale des pays d’Afrique de l’Est, leurs permettraient de développer leur marché national, en permettant aux producteurs « de réaliser des économies d’échelle et de bénéficier plus substantiellement de la création d’infrastructures régionales ».
De plus, les parlementaires de l’APP ACP-UE, réunis aux Seychelles, ont indiqué que le manque d’information sur la mise en œuvre du Fonds européen de développement, notamment des fonds alloués aux niveaux national et régional dans les pays ACP, était un frein au développement des pays d’Afrique de l’Est. Ils ont appelé les parlementaires à « superviser les processus d’intégration, les investissements dans les énergies renouvelables et la sécurité alimentaire ».
Les objectifs à venir pour l’Union européenne sont la rationalisation des initiatives d’intégration régionale en Afrique de l’Est afin de prévenir le cumul des institutions, la redondance des efforts, la dispersion des ressources risquant de limiter l’efficacité des institutions d’intégration régionale, et une coordination entre les politiques nationales et les agendas régionaux.

Une clôture pleine d’espoir

La 5ème réunion de l’Assemblée paritaire parlementaire (APP) des pays de l’ACP et de l’UE a mis en évidence des objectifs clairs et précis visant à développer équitablement l’économie de l’Afrique, des Caraïbes, du Pacifique et de l’océan Indien. « L’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE est chargée, depuis la signature récente des Accords de Cotonou révisés à Ouagadougou, du suivi des négociations des APE », a expliqué Younouss Omarjee, co-listier d’Élie Hoarau. De fait, La Réunion attend l’autorisation du gouvernement pour participer aux négociations à venir sur les APE, et qui concernent la partie Services.
La bataille risque d’être difficile, comme l’explique Younous Omarjee dans "Témoignages" d’hier, car « nous proposons la création, dans les APE, d’un marché intrarégional spécifique et exclusif entre RUP et ACP ». Pour cela, les parlementaires des Régions ultrapériphériques se sont réunis en Conférence des députés des RUP. Les APE sont des enjeux majeurs pour La Réunion, notamment dans les domaines de l’emploi, et les productions locales.


Le changement climatique et son impact

Les changements climatiques dans la région ont eu des effets dévastateurs comme la sécheresse, les inondations, l’érosion côtière et le réchauffement terrestre. Les parlementaires se sont dit inquiets par ces phénomènes climatiques extrêmes, qui pourraient ébranler le développement, mettre en péril la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, et « provoquer des difficultés économiques du fait de leurs effets sur la disponibilité de l’eau, sur la production agricole, sur la pêche, sur les sources d’énergie, sur la biodiversité, sur le tourisme et, enfin, sur leurs moyens de subsistance ».
Pour faire face à ces difficultés, les participants ont demandé à la Commission européenne de chercher des moyens permettant d’utiliser l’énergie solaire, le vent et les autres énergies renouvelables en Afrique de l’Est, et dans la région avoisinante.
Ils ont relevé que la vulnérabilité particulière des petites îles devrait être prise en compte. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place une stratégie d’adaptation et d’atténuation spécifique, comme cela a été élaboré à Cancun lors de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique.
Le communiqué final de cette 5ème réunion indique que : « Les parlementaires ont demandé des ressources supplémentaires, comme décidé à Copenhague, et des mécanismes de financement novateurs afin d’aider les pays en développement, notamment les plus pauvres et les plus exposés, à s’adapter aux et à mitiger les effets du changement climatique ».


Paix, stabilité et bonne gouvernance

Parmi les sujets évoqués lors de cette réunion, ces thèmes majeurs ont été soulevés : paix, stabilité et bonne gouvernance. Ceux-ci inquiètent les parlementaires, qui ont rappelé que certains pays d’Afrique de l’Est et l’océan Indien sont touchés par des conflits armés internes et externes, des conflits frontaliers, ainsi que par l’instabilité politique.
Pour résoudre cette instabilité, l’APP ACP-UE a décidé d’instaurer des cadres politiques, sociaux, économiques, juridiques et institutionnels pour renforcer la paix, la démocratie, ainsi que le respect des droits de l’Homme et de l’état de droit en Afrique de l’Est.

Les membres de l’ACP et l’UE ont appelé l’Union africaine à renforcer la capacité de ses membres à mettre en œuvre des stratégies nationales et régionales coordonnées de lutte contre toutes les formes de terrorisme.


Lutter contre la piraterie

Les affaires de pirateries s’intensifient dans la région, les pays de l’ACP et UE ont pointé du doigt les pirates venant de Somalie continentale. Ces actes ont entraîné une baisse d’activités dans le pays, dans les domaines du commerce maritime, du tourisme, de la pêche, de l’acheminement de l’aide humanitaire, en Somalie, et dans tout l’Afrique de l’Est.
Pour lutter contre ces actes, les parlementaires ont appelé la communauté internationale à multiplier les efforts de lutte contre la piraterie, à l’aide de mesures plus fermes et plus complètes. En plus de la piraterie, l’objectif est de lutter contre le réseau international de fournisseurs d’armes et de blanchiment d’argent.
La mise en place de la mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) en 2007 a été lancée par le Conseil de Paix et Sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) avec l’accord des Nations Unies. Les membres de l’APP ACP-UE ont salué cette mission et demandé à l’Union européenne et aux Nations Unies de lui procurer, ainsi qu’au gouvernement fédéral transitoire, le soutien financier et logistique nécessaire.


La pêche, nouvelle source de développement

Les pays de la région océan Indien et Afrique de l’Est peuvent développer leurs activités dans le domaine de la pêche, et les produits issus de celles-ci. En effet, ce sont les denrées alimentaires les plus commercialisées à l’échelle internationale. Le développement de la pêche pourrait créer des emplois et engendrer des recettes d’exportation, ainsi qu’une sécurité alimentaire. Ce mode d’autonomie alimentaire permettrait aux États de l’ACP de nourrir les communautés urbaines, rurales et côtières.

Ce développement durable de la pêche passe par une exploitation prudente des ressources maritimes, mais également le respect des mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS), dans le cadre des interdictions temporaires de l’UE, cela pourrait mettre à mal le potentiel du secteur de la pêche pour le développement des économies d’Afrique de l’Est.


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