Co-développement

Rien ne peut effacer la souffrance du peuple malgache à Moramanga

Une délégation réunionnaise rend hommage aux anciens combattants de la révolte de 1947

Manuel Marchal / 29 mars 2017

Dimanche et lundi, une délégation réunionnaise conduite par Simone Yée Chong Tchi Kan était à Moramanga dimanche et lundi pour participer aux commémorations du 70e anniversaire de la révolte de 1947. Cette séquence empreinte d’émotion fut marquée par la visite de lieux de mémoire et par un hommage aux vétérans de la révolte de 1947.

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Une partie de la délégation réunionnaise avec des représentants de Madagascar.

À Madagascar, le 29 mars est un jour férié. Cette date commémore le début de la révolte de 1947 dans la Grande Île. À cette date, Madagascar était une colonie française. Quelques années auparavant, de nombreux Malgaches avaient été engagés dans l’armée de la France libre. Ils faisaient partie des forces qui avaient combattu en Europe pour libérer la France de l’occupation des armées nazies. En 1945, lors des premières élections qui ont suivi la fin de la guerre, les Malgaches ont élu trois députés du Mouvement démocratique pour la rénovation de Madagascar (MDRM). Comme à La Réunion, les Malgaches voulaient en finir avec le régime colonial qui durait pour eux depuis 1896. Ils aspiraient à retrouver le droit de gérer eux-mêmes leurs affaires dans leur pays. Ils voulaient être respectés et avoir droit à la même liberté que celle que venait de retrouver la France, grâce notamment aux sacrifices de peuples issus des pays alors colonisés. Cette revendication était portée par le MDRM.

En 1947, la situation de Madagascar était la même qu’avant la guerre. L’écrasante majorité des 4 millions d’habitants de la Grande Île était sous le joug de l’exploitation coloniale. Cela ne pouvait plus durer. Les dirigeants français ont alors oeuvré pour provoquer une lutte armée afin de pouvoir écraser cette prise de conscience démocratique symbolisée par le MDRM.

Le premier acte de cette révolte fut la prise d’assaut de la gendarmerie de Moramanga le 29 mars 1947. La répression qui suivit fit officiellement 89.000 morts. Elle continue de marquer encore durablement les esprits à Madagascar.

À La Réunion, l’association Réagies a organisé le 4 décembre dernier à Saint-Leu une journée de sensibilisation sur cet événement historique. Près de 300 personnes avaient répondu à cette invitation.

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Raymond Rakoutoumala, président de l’Association des anciens combattants nationalistes de Moramanga.

Moramanga ville martyre

Depuis le 23 mars, une délégation réunionnaise conduite par Simone Yée Chong Tchi Kan est à Madagascar, invitée par l’AKFM à participer aux commémorations du 70e anniversaire de la révolte de 1947. Composée de membres de l’association ainsi que d’Ary Yée Chong Tchi Kan, secrétaire du PCR aux relations internationales, et de Manuel Marchal, rédacteur en chef de Témoignages, la délégation était à Moramanga dimanche et lundi. Dans cette ville située à une centaine de kilomètres d’Antananarivo la capitale, plusieurs monuments rappellent cet événement historique. Près de la gare de Moramanga, où furent des Malgaches furent fusillés dans des wagons, se dresse une obélisque. À l’entrée de la ville et près de la prison reposent un nombre inconnu de Malgaches enterrés dans des fosses communes. Ce sont pour les Malgaches des lieux symbolisant le sacrifice du Soldat inconnu.

Son séjour a débuté par la visite du cimetière situé près de la prison. Une fosse commune où reposent de nombreuses victimes de la répression est encadrée par la tombe d’un soldat sénégalais de l’armée française tué par les résistants, et par une autre d’un patriote malgache. Raymond Rakouta, président de l’Association des anciens combattants de Moramanga, explique l’histoire de ce lieu de mémoire. Quand ils n’étaient pas exécutés sommairement, des Malgaches étaient prisonniers dans la prison de Moramanga. À la place de la Maison d’arrêt actuelle, c’était à l’époque un enclos où des êtres humains étaient parqués dans l’attente d’une épreuve redoutable. Ils étaient ensuite traduits devant un tribunal installé dans la Maison de justice qui prononçait soit leur acquittement, soit le plus souvent la condamnation à mort. Ils étaient alors conduits par groupes à quelques centaines de mètres sur le chemin menant au camp de la gendarmerie. Là, ils devaient creuser une fosse, puis ils étaient fusillés. Ce n’est qu’après l’indépendance de Madagascar qu’un mausolée recouvrant la fosse a été dressé. Raymond Rakouta explique que chaque année, le président de la République vient ici pour saluer la mémoire de ces Malgaches victimes de la répression coloniale.

Moramanga a été particulièrement touchée par les exactions de l’armée française. « Tout a été brûlé, il n’y avait plus rien. Les gens vivent depuis dans la souffrance. Rien ne peut effacer cette souffrance ».

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Simone Yée Chong Tchi Kan a remis à Raymond Rakoutoumala des cadeaux aux vétérans, afin de les remercier pour leur combat.

Hommage aux vétérans de 1947

Après ce moment d’intense émotion, la délégation réunionnaise était invitée dimanche soir à la projection dans un cinéma en plein air d’un film retraçant les événements de 1947. Réalisée par le gouvernement malgache, ce document relate l’organisation de la révolte et la violente répression qui a suivie. Pour cela, l’armée française a utilisé les mêmes méthodes que celles des Nazis qui occupaient encore la France trois années auparavant.

Le lendemain lundi, la délégation réunionnaise a invité celle de l’AKFM à un pique nique partage à la sortie de la ville. Ce moment chaleureux d’échanges a été très apprécié.

Puis dans l’après-midi, une cérémonie avait lieu à Moramanga pour rendre hommage aux anciens combattants encore vivants. L’association présidée par Raymond Rakoutoumala en dénombre 179, tous âgés de plus de 85 ans. Une cinquantaine d’entre eux et leurs familles étaient présents. La cérémonie fut marquée par les prises de parole d’Eric Rakotomanga, président de l’AKFM, de Luc, trésorier du Comité de solidarité, de Raymond Rakoutoumala, d’Ary Yée Chong Tchi Kan, représentant du PCR, et de Simone Yée Chong Tchi Kan, dirigeante de Réagies. À l’issue des discours, Simone Yée Chong Tchi Kan a remis à Raymond Rakoutoumala des cadeaux aux vétérans, afin de les remercier pour leur combat.

Cette seconde journée s’est conclue par un repas fraternel à l’invitation de l’AKFM, dans une maison située à quelques kilomètres de Moramanga. Simon Lagarrigue et Yvrin ont ainsi fait raisonner le son du maloya à Madagascar.

Mardi matin sur la route d’Antananarivo, la délégation réunionnaise accompagnée de représentants de l’AKFM s’est arrêtée dans le second cimetière situé à la sortie de la ville de Moramanga. C’est ici que furent enterrés dans des fosses communes les nombreux Malgaches fusillés dans des wagons à la gare. Ce fut le point final d’un séjour à Moramanga sous le signe de l’émotion.

M.M. 


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