Co-développement

Sécurité alimentaire régionale : les Réunionnais doivent avoir le droit de se faire entendre

La COI reprend l’idée émise lors d’un séminaire organisé à la Région Réunion en 2008

Manuel Marchal / 9 janvier 2016

En 2008, une conférence organisée par la Région Réunion présidée par Paul Vergès jetait les bases du co-développement durable des îles de l’océan Indien. Deux thèmes étaient à l’ordre du jour : autonomie énergétique et sécurité alimentaire. 8 ans plus tard, la Commission de l’océan Indien met sur pied un Programme de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Une première réunion aura lieu le 11 janvier à Antananarivo. Mais si en 2008 les Réunionnais étaient des partenaires et pouvaient se faire entendre, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

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Importante réunion le 11 janvier à Antananarivo, qui représentera La Réunion ?

Entre 1998 et 2010, la Région présidée par Paul Vergès avait placé La Réunion sur les rails d’une stratégie de développement durable. Cela se déclinait notamment par l’objectif d’autonomie énergétique pour 2025. Ce volet comportait le tram-train, la construction d’une centrale photovoltaïque sur la route des Tamarins, la mise en œuvre de nouvelles énergies de la mer et du volcan, ainsi que la valorisation des énergies renouvelables déjà exploitées : soleil, vent et eau.

Un autre aspect de cette stratégie était l’ouverture de La Réunion, en particulier sur son environnement régional. C’était le co-développement. Seule, La Réunion ne peut se sauver. Pour se développer, notre île doit miser sur ses relations avec ses voisins, à la recherche de complémentarités qui profitent à tous.

2008 : la base de la stratégie

En 2008, une importante conférence s’est tenue à la Région Réunion, sous le thème du co-développement durable des îles de l’océan Indien.

Les débats se focalisaient sur deux sujets : autonomie énergétique et sécurité alimentaire.

Sur le premier point, les participants proposaient de s’inspirer de l’ARER, pour créer une agence régionale de l’énergie capable de partager les compétences pour développer les énergies renouvelables dans les îles. Le but fixé était l’autonomie énergétique sans utiliser le pétrole ou le charbon.

Sur le second point, l’idée retenue était de soutenir le développement à Madagascar pour que la Grande ’île puisse être non seulement auto-suffisante sur le plan alimentaire, mais également produire pour les pays voisins. Cela permet de raccourcir et sécuriser les circuits d’approvisionnement tout en stimulant les échanges dans notre région.

Madagascar le « grenier »

Dans un communiqué diffusé hier, la Commission de l’océan Indien reprend cette stratégie :

« La Commission de l’océan Indien organise le 11 janvier, à Antananarivo, une réunion d’information sur le programme régional de sécurité alimentaire et nutritionnelle (COI-PRESAN). Ce programme, auque
l participera étroitement l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), sera proposé à l’Union européenne pour financement du 11e Fonds européen de développement (FED) ». « L’objectif de la COI est de faire de Madagascar le grenier » de notre région.

Des élus ont abdiqué

8 ans après la rencontre de Saint-Denis, la COI travaille à une stratégie régionale d’autosuffisance alimentaire. Mais durant ce délai, la direction de la Région Réunion a changé. Didier Robert, président de la Région, n’était même pas au Sommet de la Commission de l’océan Indien en 2014. Cette rencontre a montré combien des élus réunionnais ont abdiqué : le mot « La Réunion » ne figurait pas dans la déclaration finale. La France était mentionnée en tant qu’observatrice des discussions qui doivent accélérer la signature des accords de partenariat économique, alors qu’elle ne doit sa présence dans la COI qu’à l’existence de La Réunion.

Le communiqué diffusé hier par la COI annonce une importante initiative. Les élus de La Réunion continueront-ils d’abdiquer avec pour conséquence l’exclusion de notre île des discussions de ce plan régional de sécurité alimentaire ? Cela serait lourd de conséquences, car La Réunion importe de grandes quantités de produits alimentaires qui font 10.000 kilomètres avant d’arriver.

Le droit de négocier pour La Réunion

L’avenir de La Réunion s’écrira-t-il sans les Réunionnais ? C’est ce que montrent notamment le dernier Sommet de la COI, le vote en 2013 par la France de la suppression de la protection du sucre réunionnais et les négociations commerciales entre l’Union européenne et d’autres pays qui menacent nos productions. Ces faits prouvent que les Réunionnais ne peuvent pas compter sur la France ou sur Bruxelles pour défendre leurs intérêts. Ils doivent donc s’organiser pour faire entendre leur propre voix.

Souhaitons que les Réunionnais puissent donc participer à l’élaboration de la stratégie de développement de leur région, une condition essentielle pour sauver La Réunion.

M.M.


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