Co-développement

Un centre de dialyse à Tamatave avec l’AURAR

Traitement de l’insuffisance rénale

Témoignages.re / 25 novembre 2010

Le centre de dialyse de Tamatave (Est de Madagascar) a été inauguré ce lundi 22 novembre 2010. La mise en place de la structure médicale — la première de ce type en province — est à mettre à l’actif d’un partenariat entre l’Association pour l’utilisation du rein artificiel à La Réunion (AURAR) et le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Tamatave.

Le centre — équipé à hauteur de 150.000 euros par l’AURAR — permet de traiter par épuration du sang les personnes dont les reins fonctionnent mal. Un traitement vital pour les malades. Ils ne peuvent survivre que quelques mois sans dialyse. Mais dans un pays où il n’existe ni Sécurité sociale, ni système de santé, les malades doivent débourser 120 euros à chaque séance de dialyse. Un luxe pour l’immense majorité des insuffisants rénaux malgaches. Cela alors que ces maladies ont un important taux de prévalence (nombre total de cas recensés chaque année).

Dans la salle du centre de dialyse, "Fiainana" ("la vie" en malgache) trône en bonne place. « Nous avons donné un nom aux générateurs pour humaniser un peu ce traitement qui est très lourd pour les malades », explique Diamondra, jeune médecin néphrologue du centre. L’unique patient de la structure médicale s’installe à proximité de "Fiainana", l’un des huit générateurs du centre. L’homme et la machine sont ensuite reliés. La seconde permet au premier de rester en vie. Le sang du patient est en effet épuré dans un circuit extérieur — celui de "Fiainana". Le traitement prend ainsi le relais des reins malades du patient. Sans cette dialyse, le sang du malade serait à plus ou moins court terme empoisonné par les déchets organiques. L’évolution de la maladie est alors inexorablement mortelle. Un patient doit être dialysé trois fois par semaine, à raison de 4 heures par séance.

Un traitement lourd, traumatisant parfois. Mais le malade, en pleine dialyse sur "Fiainana", relativise avec une sérénité déconcertante. « J’ai de la chance de pouvoir être soigné ici à Tamatave. Avant, il fallait que j’aille à Tananarive », remarque-t-il. Il est traité au centre depuis le 7 juin 2010. La structure est aménagée dans un hôpital construit en 1904 face au principal port de la ville. Il regroupe une salle d’hospitalisation à l’étage, une salle de dialyse et une salle de traitement des eaux. Tout le matériel, représentant un investissement de 150.000 d’euros, a été fourni par l’AURAR.

Si le centre ne compte qu’un seul patient, c’est que les insuffisants rénaux malgaches n’ont pas les moyens de payer leur traitement. Le salaire moyen est de 40 euros. La séance de dialyse coûte 120 euros (40 euros de moins que la rémunération d’un médecin… dans le meilleur des cas). Alors, beaucoup de malades ne se soignent pas. Et pourtant…

Sur les 18,5 millions d’habitants de Madagascar, « le nombre de personnes souffrant d’insuffisance rénale est impossible à déterminer. On sait simplement que le taux de prévalence de cette maladie chronique est important et que la très grande majorité ne se soigne pas », affirme Claude Raharivelina, médecin néphrologue à l’AURAR, et de retour pour l’occasion dans son pays d’origine. « Les populations noires sont plus sujettes à ce type de maladie », explique-t-il. À ce facteur génétique s’ajoutent des caractéristiques environnementales. À savoir, la présence de maladies parasitaires tel le paludisme, et plus récemment le bouleversement des habitudes alimentaires avec une consommation accrue de chips et de sodas.

La même cause — la misère chronique qui frappe Madagascar — produisant les mêmes effets, les difficultés financières des malades, est celle, à un autre niveau, de la structure sanitaire. « Ici, c’est le système D en permanence », commente Bernard Rolland, technicien de l’AURAR. Après une vingtaine de visites à Madagascar où il est surnommé "Docteur Machine", il raconte : « A cause de l’humidité et de la proximité océanique, il y a des pannes que je n’ai jamais vues à La Réunion ». Avec Christelle Caissac, infirmière de l’AURAR, il a travaillé d’arrache-pied pendant les 10 jours avant l’inauguration pour finaliser l’installation et former le personnel paramédical du centre. Nettoyage des salles, remise en marche des machines, achat de tables et de savons, instauration d’un circuit propre et sale pour assurer l’hygiène, rien n’a été laissé au hasard. En optimisant chaque compresse et consommable à la charge des patients, Christelle Caissac a aussi tenté de réadapter au mieux les protocoles et règles d’hygiène afin de faire face au manque de moyens.

Diamondra et Hajasa, « les époux dialyseurs de Tamatave », comme on les appelle ici, sont les médecins néphrologues du centre. Herri, l’infirmière, et Dieudonné, le technicien, complètent l’équipe. Ils se disent « très satisfaits » des conseils de Bernard Rolland et de Christelle Caissac. Ils sont aussi heureux d’échapper pour un temps à la faiblesse de leurs moyens, qui empêche même l’achat de compresses ou de produits nettoyants.

La structure inaugurée ce lundi à Tamatave est le troisième centre ouvert par l’association à Madagascar. Marie-Rose Gras, directrice de l’AURAR, rappelle : « C’est lors de l’inauguration de notre premier centre à Tananarive en 2006 qu’est né le projet d’installer un centre à Tamatave ». Géographiquement, cette ville est la plus proche de La Réunion et elle est jumelée avec la Commune du Port. « Ces deux éléments permettent de faciliter l’acheminement du matériel. C’est une bonne chose, car après avoir passé deux mois dans un container sous le soleil, les générateurs seront tous hors service », remarque Bernard Rolland.

Marie-Rose Gras souhaite instaurer une vraie plateforme de coopération régionale Océan Indien pour la dialyse. « Cette coopération pourra être facilitée grâce à notre jumelage avec Tamatave », a insisté Mémona Patel, adjointe au maire du Port.

Même si l’installation du nouveau centre à Tamatave est un apport et une avancée technique remarquables, une montagne reste à gravir en termes d’accès aux soins. Bernard Rolland en tire une leçon : « Nous apprenons beaucoup à Madagascar. Les gens font avec ce qu’ils ont. Ils nous font ainsi réaliser à quel point nous gaspillons ». Dans ce contexte de pauvreté généralisée, le mot de la fin revient aux époux dialyseurs : « Il faut rester positif », insistent-ils.

 Imaz Press Réunion 



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  • Je suis un français qui aimerais passer un mois de vacances à Tamatave Madagascar, je suis dialysé 3 fois par semaine et couvert par la sécurité sociale, serai je toujours couvert par la sécurité sociale si je me fais dialyser à Tamatave durant mon séjour là bas ou devrai je payer de mes poches à chaque séance ? J’espère avoir une réponse de vous très bientôt. Merci de me répondre s’il vous plaît.

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