Co-développement

Une communauté de destin

Quelques leçons des 8èmes Jeux des Iles de l’océan Indien — 2 —

J.B. / 17 août 2011

Pour la deuxième fois, les Jeux se sont déroulés aux Seychelles. Ils ont été à la hauteur des espérances de tous les acteurs : un immense succès. Cette 8ème édition consacre définitivement une réalité : il existe bien une communauté de destin entre nos îles.
Il faut se l’approprier, la développer, dans l’esprit de l’amitié entre les peuples et du codéveloppement.

Ce fut une grande communion sportive

Il y a ceux qui ont vécu les Jeux sur place. Il y a ceux qui les ont suivis à travers les médias, en particulier à la télévision. Tous ont vu une jeunesse qui respirait la joie de vivre et se dépasser dans le fol espoir de rapporter des médailles ou de faire mieux que d’habitude. Sachant qu’à l’issue de la compétition, il n’y a qu’un champion, le sens commun de cette rencontre était la participation. Dans chaque pays, les populations scrutaient les performances de leurs proches ou bien soutenaient leur délégation. Les victoires et des défaites se vivaient dans les stades et ailleurs. Les joies et les pleurs étaient les émotions les mieux partagées.

On a l’habitude de ne retenir que les performances sportives, mais on oublie l’essentiel. L’immense réussite de ces Jeux repose beaucoup sur le travail des dizaines de milliers d’hommes et de femmes gagnés à la cause sportive. Un engagement militant. Durant des années, ils se consacrent aux jeunes et à la préparation des rencontres. Et, comme toujours, pour quelques zooms bien mérités, il y a derrière l’écran toutes les anonymes complicités sans lesquelles rien de tel n’aurait été possible.

Ce fut une grande rencontre de l’océan Indien

Cette rencontre constitue le moment le plus fort des relations contemporaines entre les Comores, La Réunion, les Maldives, Madagascar, Maurice, Mayotte et les Seychelles. Près de 1.800 athlètes représentaient, au total, une population de 25 millions d’habitants. Sur le stade, un public très coloré rappelait l’histoire commune que nous partageons de la colonisation à l’ère moderne.

A cet instant, il est difficile ne pas jeter un regard en arrière sur l’histoire des souffrances que nos ancêtres ont endurées sous la colonisation française et anglaise. Nos territoires ont servi les intérêts de l’Occident barbare. Nos populations et sa jeunesse ont été utilisées au gré de leur stratégie. Que l’on songe que de jeunes Réunionnais ont été enrôlés pour participer au massacre de 1947 à Madagascar qui a fait près de 100.000 morts chez nos voisins. Les Réunionnais, les Mauriciens et les Seychellois sont des peuples nés de l’esclavage, un régime politique qui est, depuis 2002, reconnu par la République française comme un crime contre l’Humanité. Nos peuples parlent et communiquent en créole. Les Comores et Mayotte sont divisés depuis 1975, et une résolution de l’ONU est toujours pendante contre la France. L’Angleterre et les États-Unis continuent à occuper l’archipel de Diégo-Garcia, au beau milieu de l’océan Indien. Victimes de cette politique, le peuple des Chagos se bat toujours pour réclamer le droit de retour dans son pays d’où il a été chassé par ces 2 puissances. Les Réunionnais apportent une solidarité sans faille à nos amis les Chagossiens.
Les jeunes ne manquent de sujets communs.

Ce fut un message d’espoir pour l’avenir

Ces Jeux préfigurent l’unité de la jeunesse de nos îles pour un monde de dialogue, d’échange, d’amitié et de fraternité. Mieux se connaître et mieux échanger dans l’espoir de porter l’avenir commun et incertain. Nourrir le codéveloppement par des expériences et des projets communs et concertés, en dehors de toute volonté d’hégémonie, c’est possible. Nous sommes des peuples de la mer qui constitue notre lien naturel. La mer, cette grande inconnue.
Les conséquences du réchauffement climatique nous posent des défis considérables. Le gouvernement maldivien a déjà lancé un appel au monde pour accueillir ses réfugiés climatiques, car la montée des eaux de mer menace la majeure partie de leurs 2.000 îles et atolls. Les Seychelles et ses innombrables îles paradisiaques courent les mêmes dangers. Aucun de nos pays n’échappera aux conséquences de la politique industrielle des pays riches et des retards pris dans la conscientisation et l’application de décisions concrètes de sauvegarde des générations futures. Cette rencontre de la jeunesse est une bonne base pour un appel à la responsabilité.

Naissance d’une conscience

Cette décennie des Jeux des peuples de l’océan Indien recouvre une décennie de luttes des Réunionnais pour la conscientisation aux conséquences du réchauffement climatique. Partie de La Réunion, une initiative parlementaire de Paul Vergès a fait de la France un pays de premier plan dans la connaissance de ces phénomènes et de leurs enjeux. Juste avant les 8èmes Jeux, le travail de l’ONERC a été salué par la communauté internationale, et par le gouvernement français, comme une contribution décisive à la politique d’Adaptation. C’est un grand succès. Désormais, les jeunes disposent d’un formidable patrimoine de connaissances et d’une plateforme d’actions pour préparer leur futur dans de meilleures conditions. « Tous unis pour le développement durable » pourrait servir de mots d’ordre à la mobilisation de la jeunesse sportive en 2015, à La Réunion.

J.B.


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