Co-développement

Une nouvelle création politique : France de l’océan Indien

Première conférence de coopération régionale

Manuel Marchal / 23 avril 2016

Deux journées d’atelier ont permis aux représentants de l’État de préciser en quoi consiste la France de l’océan Indien, une entité géographique française à 10.000 kilomètres de Paris regroupant deux départements et les territoires des TAAF. France de l’océan Indien a manifestement pour objectif principal de tenter de maintenir le rayonnement de la France dans une région où son influence est en déclin à cause de la montée en puissance de celles de la Chine, de l’Inde et des États-Unis notamment. Cela explique sans doute pourquoi la démographie et le changement climatique sont sous-estimés, au profit de l’économie et de la sécurité des échanges.

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Voici à quoi ressemble la France de l’océan Indien sur une carte.

La séance de clôture de la conférence de coopération régionale a commencé par la restitution des trois ateliers ayant chacun pour thème la sécurité, le climat et l’environnement, l’économie et la connectivité numérique.

Chaque rapporteur a présenté des pistes de travail pour la France de l’océan Indien. Ainsi pour le changement climatique et l’environnement, il est proposé de développer la solidarité, le transfert et le partage des connaissances, les cadres juridiques.

Pour l’atelier économie et connectivité, une idée est de proposer une plus grande coordination entre les ports et les aéroports de la région. Une autre vise à rechercher des complémentarités pour que les économies puissent éviter d’être en concurrence, même si cette dernière sera difficilement évitable. L’objectif est de développer le commerce entre les îles, sans perdre de vue la nécessité de valoriser l’image de territoires, Mayotte et La Réunion, qualifiés de « porte-avions de la France et de l’Union européenne ».

Jean-Jacques Vlody est ensuite intervenu pour présenter le rapport que le Premier ministre lui a confié. Il s’agit de proposer des mesures « pour une meilleure insertion de nos espaces régionaux dans leur environnement géographique ».

Appel à changer de regard

L’orientation est de dire que la France de océan Indien doit être le territoire sur lequel s’appuyer. Cela suppose un changement de regard pour ne plus considérer cette entité comme une périphérie, mais plutôt comme un centre chargé de rayonner dans sa région.

Le député demande que les décisions soient prises au sein du territoire le plus intégré dans sa région, et non plus à Paris. Il a également cité les avancées de la proposition de loi Letchimy qui élargit le champ des compétences des collectivités, ov à condition que l’État donne un accord préalable à la délégation de sa signature. Il a également relevé les limites d’un modèle et d’un système qui a pu apporter à La Réunion des avancées en termes sanitaires notamment, mais qui montre son incapacité à régler le problème du chômage.

Chargé de conclure la conférence, Luc Hallade, ambassadeur de France à la coopération régionale dans l’océan Indien, a promis une synthèse des travaux pour la fin du mois de mai. Il a déclaré qu’une stratégie sera soumise à tous les acteurs avant d’être mise en œuvre. Il a également précisé que les derniers événements à Mayotte ont empêché la visite de George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer, ainsi que des élus et des représentants de l’État à Mayotte. L’ambassadeur a annoncé que la prochaine conférence de coopération régionale se tiendra à Mayotte.

Des oublis fâcheux

Présent à l’ouverture, pendant les ateliers et lors de la clôture, Paul Vergès a relevé des manques importants dans la stratégie évoquée, en décalage avec la situation réelle de notre région. C’est tout d’abord la sous-estimation des conséquences du changement climatique. Ce phénomène entraînera automatiquement une hausse du niveau de la mer. Il est vrai qu’à l’heure des conclusions, aucune mesure de relocalisation de la population et des infrastructures n’a été évoquée.

Le sénateur a également noté que la démographie a été aussi sous-estimée. Officiellement, la population de Mayotte compte plus de 200.000 habitants. À densité égale, cela équivaut à 1,2 million de personnes vivant à La Réunion. La crise est déjà là, et elle s’amplifiera dans les années à venir car les projections de l’ONU annoncent près de 500.000 habitants en 2050.

Lors des ateliers, Paul Vergès a aussi alerté sur les conséquences de la croissance démographique de Madagascar. Sa hausse annuelle équivaut à la population totale de La Réunion. Dans le contexte actuel, ce sont des risques de famine avec la sécheresse. Et en 2050, Madagascar comptera plus de 50 millions d’habitants. Cette donnée capitale ne semble donc pas constituer une priorité pour la France de l’océan Indien.

M.M.


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