Co-développement

Une nouvelle ère de La Réunion

L’enjeu stratégique

Manuel Marchal / 14 janvier 2013

Plus de 160.000 demandeurs d’emploi, la moitié de la population en dessous du seuil de pauvreté, plus de la moitié des jeunes sont au chômage, toujours plus de 20.000 familles en attente d’un logement social, plus de 110.000 Réunionnais dans l’illettrisme malgré au moins 10 ans dans le système scolaire français… cette liste non exhaustive est le bilan de l’intégration. Incapable de régler les problèmes au bout de 60 ans, le statut ne pourra pas faire mieux quand nous serons 200.000 de plus.

« Ce mandat est plus important que celui qui a marqué l’abolition du statut colonial. En 1946, c’était la reconstruction, les moyens des 30 Glorieuses et l’enthousiasme. Aujourd’hui, c’est la fin de l’intégration. Le statut ne peut plus rien pour vous. Il faut trouver une autre solution » . Au-delà des problèmes immédiats qui tardent à être réglés révélés par le cyclone, Paul Vergès a exposé vendredi dernier en conférence de presse une vision stratégique.

Dès cette année, notre île sera face à des rendez-vous qui changeront des règles importantes : le prix du sucre et, par conséquent, de la canne, l’octroi de mer, les fonds européens, l’octroi de mer et les Accords de partenariat économique.

Pour La Réunion, c’est une nouvelle étape. Depuis 1946, il y eut l’intégration dans la France, puis dans l’Europe. Les Accords de partenariat économique, c’est l’intégration de La Réunion dans un ensemble économique planétaire selon les orientations de l’Organisation mondiale du Commerce acceptées par la France qui a délégué toutes ses compétences dans ce domaine à l’Europe. Tout ce qui est fabriqué ici pourra être concurrencé ici par ce qui vient des pays voisins. Comme ces derniers ont souvent les mêmes productions que nous, cela amène à s’interroger sur l’avenir de ce qui reste de notre outil productif.

Le problème stratégique majeur

Paul Vergès a alors déploré l’illettrisme politique des responsables français concernant l’Outre-mer. Les Antilles et la Guyane sont dans un univers caribéen, anglo-saxon, hispanophone, le rayonnement des Antilles est rendu difficile par la barrière de la langue. C’est pourquoi les Antillais sont tournés davantage vers l’Europe : 400.000 Antillais en France.

Pour La Réunion, la situation est totalement différente, car tous les pays qui nous entourent sont francophones. Voilà pourquoi les Réunionnais peuvent avoir une stratégie différente des Antillais.

À cela s’ajoute une dynamique qui a des difficultés à être appréhendée en Occident. Madagascar, c’est 21,8 millions d’habitants aujourd’hui, 30 millions en 2022 et plus de 50 millions en 2025, soit la population de la France des Trente Glorieuses. Mais en France, combien sont les responsables attentifs à cette question ? Combien sont encore les dirigeants qui pensent que Madagascar est peuplé par moins de 10 millions d’habitants ?

Or, Madagascar est une des clés à nos problèmes. Les 10.000 bacheliers qui sortent chaque année de l’école sont bien insuffisants pour contribuer aux tâches du co-dévelopement.

Paul Vergès rappelle que les jeunes Portugais n’hésitent pas aujourd’hui à s’expatrier en Angola, un pays qui leur donne des emplois en échange de leur contribution au développement du pays.

L’autonomie énergétique

L’illettrisme politique sévit également à La Réunion. Cela se voit dans les offensives menées pour contrecarrer l’autonomie énergétique.

Le sénateur revient sur l’intérêt porté par des Australiens au projet de centrale électrique fonctionnant grâce à la houle à Saint-Pierre, mis en œuvre sous l’ancienne mandature de la Région.

Pourquoi les Australiens s’intéressent-ils à cette expérimentation à La Réunion ? Parce qu’en cas de réussite, ils s’apprêtent à investir massivement à Madagascar dans des centrales houlomotrices. Le Sud de la Grande île est en effet le lieu d’arrivée d’une houle qui fait plusieurs milliers de kilomètres depuis l’Antarctique.

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Quant à la géothermie, elle suscite l’intérêt des Comores qui souhaite tirer de l’électricité du Karthala. J’attends toujours le geste du gouvernement français donnant la perspective.

« Nous avons les atouts pour nous en sortir et inspirer une grande politique des zones intertropicales de l’océan Indien » , explique Paul Vergès, « nous aurons inauguré une nouvelle ère de La Réunion qui aura des conséquences aussi importantes que l’abolition du statut colonial » .

M.M.


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