Co-développement

Une stratégie régionale d’adaptation au changement climatique dans la COI

Importante avancée pour la Commission de l’océan Indien

Manuel Marchal / 11 juillet 2012

Les 4 et 5 juillet derniers à Maurice, une réunion de deux jours dans le cadre du projet Acclimate a permis aux pays de notre région de dégager une position commune sur une question centrale : l’adaptation au changement climatique. C’est une stratégie qui sera proposée au prochain Conseil des ministres de la COI devant se tenir avant la fin de l’année. Quatre ans après le séminaire sur le co-développement durable organisé à La Réunion, c’est une avancée importante.

En mai 2008, des délégués venus de tous les pays de la Commission de l’océan Indien participent à un séminaire sur le co-développement durable des îles de la COI. C’est la Région Réunion qui accueille cette manifestation. Sous la direction de Paul Vergès, cette collectivité était alors en pointe dans le domaine de l’expérimentation des solutions nouvelles visant à aller vers le développement durable. Cette reconnaissance internationale de notre compétence réunionnaise avait ainsi débouché sur cette organisation, et sur la tenue de travaux fructueux.
Deux sujets avaient été inscrits à l’ordre du jour : l’autonomie énergétique et l’autosuffisance alimentaire. L’actualité était alors dominée par les premières grandes émeutes de la faim liées à l’augmentation brutale des prix des produits alimentaires.

Un premier pas à La Réunion en 2008

L’objectif de ce séminaire était d’aboutir à terme sur une stratégie de co-développement régional. Voilà qui marquait une rupture avec le discours de la coopération régionale porté ce jour-là par le représentant de l’État de l’époque. Car il était question de tourner le dos à une vision Nord-Sud pour aller vers la recherche de complémentarité entre pays du Sud. La Réunion apportant alors sa contribution et tirant les bénéfices d’un projet commun, au même titre que les autres partenaires.
Plusieurs idées avaient été lancées, en s’appuyant en particulier sur les atouts de Madagascar. L’île sœur a en effet le potentiel d’être le grenier de l’océan Indien, d’atteindre son autosuffisance alimentaire tout en étant capable de nourrir d’autres îles avec ses excédents de production. L’autre aspect, c’est de développer les énergies renouvelables, avec par exemple l’hydroélectricité à Madagascar. Cette démarche s’appuie sur un transfert de technologie dans laquelle La Réunion a un rôle important à jouer en tant que terrain d’expérimentation de ces nouvelles énergies et de la nouvelle organisation institutionnelle qu’elles impliquent. C’est ainsi que la création d’une Agence régionale de l’énergie de l’océan Indien avait été proposée.

La Réunion bien discrète aujourd’hui

L’élan né à La Réunion s’est amplifié. L’évolution de la situation a placé l’adaptation au-devant de tous les problèmes, devant l’atténuation. Quatre ans après le séminaire de Saint-Denis, nos voisins ont mis les bouchées doubles en cette année qui marquait le 20ème anniversaire du Sommet de la Terre de Rio.
Dans la ville brésilienne, une délégation de la COI a participé le mois dernier au Sommet Rio+20. La présidence seychelloise a réussi à porter le message de nos îles. Pendant ce temps à Maurice comme dans 15 autres pays du monde, les "Global Dialogues" étaient lancés dans le cadre de Rio+20. Cette manifestation a permis de donner un écho régional à l’événement planétaire que constituait la Conférence des Nations unies sur le développement durable. Sur la lancée de cette dynamique, l’atelier régional des 4 et 5 juillet derniers a marqué une étape importante, avec l’adoption d’une stratégie commune pour gagner le défi de l’adaptation au changement climatique.
Gageons que bientôt notre île puisse à nouveau contribuer pleinement à pousser encore plus loin cette dynamique. Car depuis 2010 et le changement de majorité à la Région, notre île brille par sa discrétion. À Rio, c’est même un fonctionnaire français qui s’est exprimé pour La Réunion dans une réunion informelle des ministres de l’Environnement de la COI, alors qu’au moins un élu de la Région avait fait le déplacement.

Manuel Marchal


Le communiqué de la COI

L’adaptation à l’ordre du jour du prochain Conseil des ministres

Au terme d’un atelier organisé par la COI, les États insulaires de l’océan Indien occidental valident leur stratégie régionale d’adaptation au changement climatique.

Au terme d’un atelier de travail de deux jours, organisé les 4 et 5 juillet à Maurice par le projet Acclimate de la Commission de l’océan Indien (COI), les représentants officiels et experts sectoriels des cinq États membres de la Commission de l’océan Indien (COI) — à savoir les Comores, Madagascar, Maurice, La Réunion (France) et les Seychelles — ont validé une stratégie régionale d’adaptation au changement climatique. Etaient également présents à cette occasion divers observateurs représentant le PNUD, l’Union européenne ainsi que la société civile des pays de la région.

Les représentants et les experts des pays ont travaillé conjointement pour finaliser les fondements de la stratégie et l’identification des secteurs d’intervention prioritaires pour la région, tels que la gestion intégrée de la ressource en eau, la préservation de l’environnement (terrestre et marin), la santé publique et la sécurité alimentaire. D’un commun accord, d’autres secteurs, également jugés prioritaires, devront être pris en compte dans un second temps (gestion des risques naturels, transports, énergie, tourisme, etc.).

Les attentes exprimées par les participants à cet atelier ont permis de préciser le rôle et les étapes de mise en œuvre de cette stratégie. C’est ainsi que les pays membres de la COI sont unanimes sur la nécessité de disposer d’un centre régional de services climatologiques, en accord avec ce que préconise l’OMM (avec son cadre mondial pour les services climatologiques). Ce centre, s’appuyant sur plusieurs pôles de ressources, permettrait de mutualiser les compétences au service des pays de la COI dans le domaine du changement climatique.

Le document de stratégie finalisé doit maintenant être entériné politiquement par le Conseil des ministres de la COI d’ici la fin de l’année pour devenir le cadre d’action de la COI pour les prochaines années en matière d’adaptation au changement climatique.


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