Edito

1950, 1958, … 2010 ?

LB / 16 avril 2010

Le 27 décembre 1950, un décret ministériel supprime le chemin de fer de La Réunion (CFR). Durant la vingtaine d’années qui suivit, cet équipement essentiel de transport ferroviaire fut entièrement détruit et la quasi totalité de son espace foncier fut occupé ; tout cela, sous la direction de l’État et avec la complicité d’élus fraudeurs, au détriment de l’intérêt général des Réunionnais.
Cette décision a été prise d’une part pour des raisons politiques, afin de casser le mouvement social animé par les travailleurs du CFR et du port de La Pointe des Galets, et d’autre part pour privilégier des intérêts économiques particuliers (lobby pétrolier, automobile, immobilier…). La gravité de l’erreur de ce choix politique se mesure notamment dans les multiples méfaits du tout-automobile, avec tous les gaspillages en carburants, en temps perdu, en pollution, en santé, en pouvoir d’achat, en patrimoine foncier etc.

En 1958, une majorité du Conseil général décida, à la demande du représentant de l’État, de faire une route "en corniche" au pied de la falaise entre Saint-Denis et La Possession. Les conseillers généraux communistes, dont Paul Vergès, ont voté contre ce projet en déclarant notamment qu’il ne fallait pas opposer une liaison routière entre le Nord et l’Ouest au chemin de fer, et en disant qu’il valait mieux, pour des raisons de sécurité, faire passer cette voie rapide par les Hauts.
La même erreur fut commise par le Conseil général dans les mêmes circonstances au début des années 70, lorsque fut décidé de faire la nouvelle route littorale, toujours au pied de la falaise, avec tous les effets négatifs que l’on connaît. Là aussi, Paul Vergès fut insulté par les élus de la majorité parce qu’il préconisait des solutions plus sûres et plus efficaces.

Après 1950 et 1958, le même type d’erreur va-t-il être commis par des élus du Conseil régional en 2010… ? Vont-ils supprimer le projet de tram-train de Saint-Benoît à Saint-Joseph, qui serait le pilier d’une politique des déplacements durable, écologique et indispensable pour les Réunionnais ?
Ce serait une erreur monumentale de prendre une telle décision, alors que la majorité de la population est favorable au tram-train et que son financement est déjà prévu avec celui de la nouvelle route littorale. Les Réunionnais se rappelleront quels élus prendraient cette grave décision de les priver de ce moyen moderne de déplacement.

L. B.


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