Edito

200.000 voitures de plus

J.B. / 3 mars 2016

Depuis hier, la route du littoral est entièrement fermée à la suite de la chute de deux gros blocs de roche sur la route. Il faut remonter à 2006 pour une pareille catastrophe. À l’époque, un pan de la falaise s’était écroulé sur la chaussée. Malheureusement, deux personnes avait perdu la vie dans cette tragédie.

Cet événement dramatique avait alors accéléré les choses pour mener à bien le projet d’une liaison totalement sécurisée entre Saint-Denis et La Possession.

Depuis la suppression du chemin de fer, la route du littoral est le point de passage privilégié pour relier les deux poumons économiques de La Réunion : le port et la capitale Saint-Denis et son arrière pays de l’Est. Dès le départ, la vulnérabilité de cet axe était reconnu. Les chutes de pierres entraînaient de nombreuses fermetures. Une portion de la ligne de chemin de fer était d’ailleurs préservée entre La Possession et Saint-Denis. Elle servait de liaison de secours en cas de fermeture de la route du littoral jusqu’à la fin des années 1960.

La deuxième route du littoral a été prévue à quatre voies, et plus éloignée de la falaise. Ce nouveau tracé amène l’infrastructure à subir les effets de la houle qui la fragilise. De plus, elle ne met pas les usagers à l’abri des chutes de pierre. En 1980 et en 2006, deux effondrements majeurs ont fait des victimes, car rien ne peut prévenir contre le décrochage d’un pan de la falaise.

C’est pourquo en janvier 2007, l’État et la Région ont signé le Protocole de Matignon. Il prévoyait la mise en service d’un chemin de fer entre Saint-Paul et Sainte-Marie. La partie entre La Possession et Saint-Denis devait être franchie par un tunnel. Cette solution avait fait ses preuves depuis plus d’un siècle, car le chemin de fer qui circulait à La Réunion passait sous le massif montagneux, et n’avait jamais été interrompu à cause d’un effondrement de la falaise. L’autre volet du Protocole de Matignon était la construction d’une nouvelle route du littoral. Le chemin de fer devait être livré en 2013, et la nouvelle route en 2016. En 2010, Didier Robert a tout remis en cause. Aujourd’hui, les Réunionnais en paient les conséquences.

Il existe une différence majeure entre la coupure de la route en 2006 et celle d’aujourd’hui. Dix ans se sont écoulés. Sachant que chaque année, 20.000 voitures supplémentaires entrent à La Réunion, cela signifie que le parc automobile s’est accru de 200.000 unités. Cela laisse augurer de complications bien plus grandes qu’en 2006. Hier, pour se rendre à Saint-Denis, les automobilistes venus de l’Ouest devait subir 10 kilomètres d’embouteillages, de Saint-Paul à La Possession. Ce n’est qu’un début.


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