Edito

2012 : l’année du changement
Quel changement ? Pour qui ? Par qui ?

J.B. / 24 mars 2012

Mélenchon, Hollande, Sarkozy, Bayrou : 4 candidats à l’élection présidentielle du 22 avril et 6 mai viennent nous rendre visite. Que nous valent tant d’amabilités ?

D’abord, les visites se concentrent sur une quinzaine de jours : du 25 mars au 8 avril. Les deux derniers visiteurs ont même failli se télescoper. Ils se suivent tous à 4 jours d’intervalle près. La Réunion et ses habitants vont vivre à un rythme jamais vu. Car, chaque déplacement pose aux organisateurs des problèmes de logistique, de maîtrise de temps, de communication et d’évènements politiques ciblés. Attention à l’overdose médiatique.

Ensuite, il y a la rentabilité politique d’un voyage aussi lointain. À ce niveau d’emballement de la campagne électorale, extraire 3 jours pour La Réunion, cela pèse lourd dans les choix stratégiques et tactiques. Quand les équipes ont pris la décision de venir, et à ce moment-là, il n’est plus question de regretter, après coup. C’est pourquoi chaque candidat a dû calculer cette étape comme un moment décisif, tant pour le moral de ses troupes que pour prendre un ascendant sur ses concurrents.

Gare à la chute !

Cela peut provenir d’un simple dérapage souvent inattendu. On se rappelle du candidat Lionel Jospin qui, dans l’avion qui le ramenait de La Réunion vers Paris, aurait traité Jacques Chirac d’homme « usé ». Les électeurs ne lui ont pas pardonné cet écart de langage qui a été rapporté par l’un des journalistes qui couvraient le déplacement.

C’est aussi vrai pour ceux qui organisent l’accueil de ces personnalités qui veulent diriger la France. On se rappelle du maire de Saint-Denis, Auguste Legros qui affubla Mitterrand de « monsieur le Premier ministre ». Ce n’est pas anecdotique et ce n’est jamais sans conséquence. Souvent, des "lieutenants" zélés, pour des raisons qui leur sont personnelles, profitent pour glisser leurs copains et copines dans la cour. Cela se voit dans tous les voyages de cet ordre où des intérêts particuliers priment sur l’ensemble.

Dans ce contexte, les Réunionnais ont perdu une superbe occasion de parler d’une même voix à tous ces prétendants à la fonction suprême française. Parmi eux, il y en a un qui finira la course en tête. À ce moment-là, dans sa tête, mille priorités vont s’entrechoquer et La Réunion en sera une parmi les mille. Nos divisions, vieil héritage de la colonisation, freinent l’émergence d’une société émancipée et responsable.

Si nous avons 150.000 chômeurs, 120.000 illettrés, 25.000 demandes de logements non satisfaites et des inégalités entre Réunionnais 2 fois plus élevées qu’en France, c’est parce qu’à La Réunion la tendance est de servir des intérêts partisans parisiens, tout en essayant de tirer quelques profits personnels ou catégoriels, en passant, au lieu de défendre les intérêts du peuple réunionnais et des plus fragiles.

Seul le PCR a pris ses responsabilités en adressant des propositions réunionnaises aux futurs décideurs. Plus jamais de Sarda Garriga. Surtout, après le 19 mars 1946 où ce sont des députés élus par des Réunionnais qui ont orienté le destin de La Réunion selon le niveau de conscience de l’époque. Le 19 février 2012 à Sainte-Suzanne, le PCR a arrêté ses propositions et les a adressées aux candidats les plus sérieux. C’est à juste raison que la banderole qui ornait le fond de scène, ce jour-là, interpelait sur le « 2012 : année du changement. Quel changement ? Pour qui ? Par qui ? »

Voilà la question principale et globale à laquelle chaque visiteur devra plancher devant les Réunionnais s’ils veulent avoir en retour un peu de considération dans les urnes. Sinon, quel est l’intérêt d’un chômeur, d’un demandeur de logement, d’un illettré, d’un exclu, d’un entrepreneur ruiné, etc., d’aller voter si le changement n’est pas au rendez-vous ? Il n’y a pas de place pour de petits arrangements quand la situation est aussi grave. Combien de manifestations faudrait-il pour que ça bouge ? Bon séjour !

J.B.


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