Edito

360 milliards pour les banques, 0 pour la Corne de l’Afrique

J.B. / 19 juillet 2011

L’ONU vient d’annoncer le lancement d’une campagne d’aide alimentaire destinée aux pays de la Corne de l’Afrique. Au moins 12 millions de personnes, de l’Éthiopie à la Somalie en passant par Djibouti et le Kenya, sont touchées par la malnutrition. Deux millions d’enfants souffrent de ce fléau dans la région et ont besoin d’une aide urgente pour survivre, parmi eux plus de 500.000 seraient en danger de mort, selon l’UNICEF.
Des milliers de Somaliens quittent chaque jour le centre et le sud du pays pour se réfugier dans la capitale Mogadiscio, ainsi que les camps à la frontière du Kenya et de l’Éthiopie. Il ne s’agit plus de réfugié politique, ni de réfugié climatique mais bel et bien de réfugiés de la faim.
Pendant ce temps, la France a été parmi les premiers pays à voler au secours de banques menacées de la banqueroute. Coupables d’avoir causé la crise économique et financière internationale, les marchés financiers ont reçu 360 milliards d’euros du gouvernement français. Cet argent, si vite trouvé, aurait pu sauver des millions d’Africains de la famine et aider les organisations non gouvernementales à lutter contre la pénurie alimentaire et la sécheresse, cause - en partie - de la famine en Afrique.
En effet, comme l’avait proclamé à de nombreuses reprises François Fillon avant la crise, la France n’a plus d’argent, nous sommes en récession. Les plans de rigueurs mis en place par le gouvernement font endosser la responsabilité financière de la crise au peuple, mais les aides fournies aux banques n’ont pas eu les effets escomptés. Nous sommes toujours en crise, et ce sont les plus démunis qui en payent le prix. Parmi ces plus démunis, les Africains.
L’UNICEF estime que 22,48 millions d’euros seraient nécessaires pour aider, les millions de femmes et d’enfants en danger, pour les trois prochains mois. Pour une année, l’Organisation des Nations Unies pour l’Enfance aurait besoin de 89,92 millions d’euros. Cette somme est une goutte d’eau dans les 360 milliards d’euros offert aux banques, pour alimenter un système capitaliste qui se nourrit de la famine de l’Afrique.
Cette situation aurait pu être évitée. En 2006, les Nations Unies avaient alerté l’opinion publique sur la nécessité de prendre des mesures d’urgence pour éviter une crise humanitaire Afrique de l’Est. En juin de la même année, Kjell Mage Bondevik, envoyé spécial de l’ONU pour la situation humanitaire, avait déclaré que malgré la saison des pluies, la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique, due à une sévère sécheresse « n’était pas terminée », et qu’il fallait soutenir les agriculteurs locaux. Face à cette situation d’urgence, les Nations Unies avaient également lancé un appel humanitaire de 426 millions de dollars pour tenter d’endiguer la crise, sans retour. L’ONU avait insisté sur la nécessité de maintenir des efforts durables sur le long terme, afin d’aider les populations de la Corne d’Afrique à anticiper des nouvelles périodes de sécheresse.
Aujourd’hui, des millions d’Africains dans la région est du pays risquent de mourir dans le silence, loin des marchés financiers, des traders et des gouvernements qui protègent les lobbys et leurs amis.

J.B.


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