Edito

66 % des emplois concentrés dans un tiers des couples à La Réunion

Ary Yée Chong Tchi Kan / 9 février 2015

Le journal “Témoignages” a rendu compte de la dernière édition de l’INSEE dans son édition du 27 janvier 2005. On peut lire : « 158 000 couples vivent à La Réunion en 2011… Sur le marché de l’emploi, la situation des couples réunionnais est très hétérogène, selon que les deux conjoints travaillent (32,2 % des couples), qu’un seul des deux travaille (35,4 %) ou qu’aucun des deux ne travaille (32,4 %). »

Ainsi, un tiers des couples réunionnais (32,2 %) concentre les 2 tiers des emplois concernés puisque dans l’autre groupe d’actifs, qui dispose d’un emploi, pointe à 35,4 %. Le troisième groupe est hors course, car personne ne travaille. Maintenant, si l’on examine la situation sous l’angle du chômage, et non plus de celui de l’emploi, on note que un tiers des couples réunionnais (32,4 %) abrite les 2 tiers de chômeurs. La base de l’étude est sérieuse, car elle porte sur la totalité des « couples qui vivent à La Réunion ». On peut extraire que la moitié des Réunionnais en couple ne travaillent pas (précisément 50,1 %). En effet, aux 32,4 % totalement démunis d’emploi, il faut ajouter un sur deux des 35,4 %, soit 17,7.

De telles inégalités sont dénoncées quotidiennement par Témoignages et le PCR, le seul parti politique qui propose un changement d’urgence et de grande ampleur. Honte a toutes les politiciennes et politiciens qui entravent l’émergence de solutions concertées entre Réunionnais.
Ces statistiques de l’INSEE arrivent au moment où le premier ministre Valls parle « d’apartheid social »… en France.

Osons la comparaison avec La Réunion, qualifiée par une autre étude de l’INSEE, en 2013, de « département socialement hors norme ». Cette année-là, les travaux du 8e Congrès du PCR avait fait de « l’apartheid social » un mot d’ordre central. Puisque les études de l’INSEE sont publiques, pourquoi le PCR est-il le seul parti qui s’en soucie ? Où se trouvent les solutions de sortie de crise portées par les personnes si promptes à attaquer le PCR, voire dénigrer ses dirigeants ? Les réactions spontanées ne peuvent tenir lieu d’analyses. Jamais les gesticulations médiatiques ne remplaceront le sérieux et l’effort que nécessitent la réflexion sur la politique réelle. D’autres statistiques n’affirmaient-elles pas que seul un tiers des foyers réunionnais s’acquittait des impôts sur le revenu ? D’où qu’elles viennent, les données sont plutôt cohérentes. La situation est donc claire.

Au bout de 70 ans de perspectives ouvertes par la loi du 19 mars 1946, seulement un tiers de la population vit “normalement” et impose son rythme au reste de la société. Deux tiers sont “largués”, n’arrivent pas à suivre le rythme et les rituels, totalement ou en partie. Il s’ensuit une pratique économique, des comportements culturels et des ruptures sociales qui vont inévitablement se radicaliser aux 2 extrémités de cette société décadente. Demain, il sera vain de faire un procès en responsabilité envers les victimes et leurs modes d’expression désespérés pour se faire entendre. Le pire serait de continuer à faire comme « d’hab » alors que les enquêtes de l’INSEE nous révèlent, au contraire, la réalité toute crue confisquée par un tiers d’entre nous, Réunionnais. L’apartheid social s’exprime ainsi : tout pour un tiers, rien ou des miettes pour les 2 autres tiers. Une étude plus fine aurait montré que dans ce même tiers dominant, certains couples détiennent plus de 2 emplois. Il y a donc bien plus que 66 % des emplois concentrés dans un tiers des couples réunionnais.


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