Edito

À contre-courant

Geoffroy Géraud-Legros / 27 janvier 2011

L’essor de la décentralisation a eu pour corolaire l’émergence des Régions en tant qu’acteurs des relations internationales. Dans l’Hexagone, les relations transfrontalières se sont développées. Les Outremers ont vu de leur côté les progrès d’une coopération de voisinage. Une démarche essentielle, pour des anciennes colonies situées à des milliers de kilomètres de la France, que l’histoire a déconnectées de leur environnement géographique immédiat.
Reprendre place dans sa part du monde était l’une des doléances centrales des grands mouvements qui ont secoué la Guyane, la Guadeloupe, la Martinique et enfin La Réunion, pendant l’année 2009. Le “manifeste des 9” écrivains, artistes et intellectuels antillais en soutien aux mobilisations proclamait « une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire ».
Les États généraux de l’Outre-mer préconisaient pour notre aire une « politique de l’océan Indien », qui ne saurait être conçue à 10.000 km de sa réalisation, et devait être arrêtée conjointement par les acteurs locaux.
Une transformation indispensable pour renouer avec l’histoire de notre île, intimement liée à celle de Madagascar, de l’Afrique continentale, des Comores, de l’Inde, de la Chine… mais aussi pour préparer un avenir marqué par l’émergence économique et démographique de ces aires.
Tel semblait être le sens de l’histoire : en 2000, la LOOM (loi d’orientation de l’outremer) avait permis de déléguer aux élus régionaux les compétences nécessaires pour signer des accords de coopération : il y eut ainsi des représentations de la Région au sein de la COI ; l’ancienne mandature put conclure diverses conventions avec Madagascar, les Comores...
Souvent, de surcroît, la Région Réunion représentait la France pour conclure des conventions internationales.
Cette orientation a été réaffirmée, dans le sens d’une systématisation, par le Conseil interministériel de l’Outremer (CIOM), tenu le 6 novembre 2009 à l’Élysée.
Or, à contre-courant de ce qui semblait une évolution normale, la visite de Navim Rangoolam a donné lieu à l’intervention personnelle de la secrétaire d’État à l’Outremer, Marie-Luce Penchard. Un parti-pris de Paris qui interroge : le pouvoir central considère-t-il que la nouvelle direction de la Région est incapable de mener des opérations internationales qui dépassent le cadre festif ? Ou Didier Robert et ses amis se sont-ils servilement effacés devant la volonté de l’Élysée de reprendre directement en main ce domaine ?

G.G.-L.


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