Edito

A l’ombre du parti unique

Geoffroy Géraud-Legros / 11 juillet 2012

« La koup’ kan la komansé », comme dit la chanson, et l’on reparle des planteurs dans la presse de notre pays. Cela fleure bon le sucre de canne du côté des folkloristes… et cela sent un peu la polémique, nous dit-on, en “Une” d’un journal de la place. Le travail au noir, explique-t-on, règnerait parmi les coupeurs de cannes qui, eux-mêmes, ne se pressent plus pour aller aux champs. Autres temps, autres mœurs : et l’on nous dit que la relève, autrefois dure à la tâche, serait plus intéressée à tirer au… flanc que par le rude labeur du planteur.

Refrain connu : les jeunes seraient dans le pire des cas des « paresses », dans le meilleur des « béqueurs d’clef ». Un dossier qui, par sa seule existence, montre qu’être partisan, ce n’est pas forcément faire de la propagande consciente en faveur d’un courant politique. Cela peut, simplement, consister à demeurer dans la facilité du regard de surface et dans la sécurité des préjugés. Plus facile de dire que l’agriculture n’est plus ce qu’elle était et zénès koméla i vé pi travay que d’analyser la profonde mutation qui a changé la face de La Réunion, en quelques décennies seulement. Une période qui a vu le patrimoine sucrier disparaître au profit d’une multinationale (Téréos), qui détient aujourd’hui les deux seules usines en activité dans l’île, alors que les difficultés s’accumulaient pour les planteurs. Toujours sous l’emprise du protocole dit « Virapoullé » de 1969, ceux-ci restent dépouillés des droits sur la bagasse et le rhum. Ils doivent aussi affronter la pression renouvelée de l’usinier désormais mondialisé. En témoigne la lutte menée par la CGPER pour conserver les plates-formes balances et éviter au planteur d’acquitter un coût supplémentaire pour le transport de la canne.

Parler de tout cela. Parler d’autre chose que des tares des travailleurs, des faits-divers, des séries télévisées débiles. Cela, aussi, est politique. Et c’est pour cela que nous avons besoin d’un Parti communiste. Car qui d’autre a, jusqu’ici, défendu les planteurs, les ouvriers, les chômeurs, les fonctionnaires et les étudiants ? Certainement pas ceux qui font végéter l’opinion dans les préjugés, les ladi-lafé, ou la variété. Et encore moins le parti unique des conservateurs répartis sous les étiquettes “droite” ou “gauche”. Tous ceux-là rêvent de liquider le PCR, et ne veulent qu’une seule et même chose : évacuer la lutte et la résistance, et se partager le pays pour leurs seuls intérêts personnels.

Geoffroy Géraud Legros


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