Edito

À l’opposé des postures médiatiques, l’action politique au service du peuple doit être concrète et efficace

Témoignages.re / 27 mai 2013

En 1987, le gouvernement décide de voter une loi qui rend les habitants des DOM inférieurs à ceux résidant en France : la parité sociale. Celle-ci est contraire à la loi du 19 mars 1946. Lors du vote, des Députés autochtones soutiennent cette loi discriminatoire. En France, le Parti socialiste aurait pu réunir 60 signatures pour une saisine du Conseil Constitutionnel mais laisse passer ce vote inique. Pour des élu-e-s adeptes du parlementarisme tout était plié. Cependant, La Réunion sauvera l’honneur des colonisés. Conscients de leur responsabilité devant l’Histoire, les députés du PCR ont renversé une situation, au demeurant impossible. Ce rappel peut servir, aujourd’hui, de comparaison avec le dossier RSTA.

En 1986, Paul Vergès et Élie Hoarau ont été élus Députés à l’Assemblée Nationale. L’évènement est de taille, car depuis 1959, année de sa création, le PCR a été empêché d’avoir une tribune à Paris. La dernière fois où Paul Vergès était élu Député remonte à 1956, soit 30 ans auparavant ! Qu’à cela ne tienne. En 1987, ils démissionnent de leur mandat pour protester contre le vote de la loi de « parité sociale » qui, dans les faits, constitue une décision à caractère raciste. Ces protestations ont eu un énorme retentissement en France et à La Réunion, car des Députés qui mettent en jeu leur mandat, dans une confrontation idéologique, c’est très rare. Pour les 2 Députés, un mandat doit servir aux intérêts de la population et non pas pour disposer d’une rente. Une campagne d’explication sera organisée dans toute l’île. François Mitterrand finit par leur donner raison lors de sa réélection en 1988. La loi de parité sociale fut abrogée et les habitants de La Réunion et des Antilles-Guyane ont obtenu l’égalité sociale. Un demi-siècle après le vote du 19 mars 1946.

Aujourd’hui, le gouvernement socialiste vient d’annoncer la fin du RSTA pour le 31 mai. En 2009, d’importantes manifestations ont eu lieu pour réclamer une compensation par rapport à la vie chère, surtout que l’État verse à ses agents un supplément de traitement pour vie chère de 35%. Suite aux actions du COSPAR, les travailleurs recevant un bas revenu jusqu’à 1,4 fois le SMIC pouvaient percevoir un Revenu Supplémentaire Temporaire d’Activité ne dépassant pas 100 euros mensuels. C’était un début pour aborder la question de l’harmonisation des revenus pour toutes les catégories. En effet, l’État ne peut pas considérer la vie chère pour ses agents seuls et pas pour les autres. La suppression du RSTA maintient ainsi une énorme discrimination envers les plus faibles. Cela n’a rien à voir avec le dispositif RSA qui relève de l’application du droit commun dans le cadre de l’Égalité Sociale.

Face au refus du gouvernement de traiter équitablement la question de la vie chère, à La Réunion, les Députés actuels ne sont pas à la hauteur des enjeux. Il y a bien une question posée au gouvernement. Maintenant que Victorin Lurel lui a répondu que c’est fini, que va-t-elle faire ? Va-t-elle accepter la réponse et la discrimination ou alors mettre en jeu le mandat qu’elle détient depuis 16 ans ? Paul Vergès et Élie Hoarau n’avaient qu’un an de mandat quand ils ont démissionné pour provoquer le débat et remporter la victoire de l’Égalité Sociale. Si on veut mesurer l’impact de leur action, il suffit de s’interroger : dans quelle situation se serait trouvé notre peuple, aujourd’hui, sans les moyens tirés de l’Égalité sociale ?

À la veille du 8e Congrès du PCR, à l’opposé des postures médiatiques, voilà un élément de plus pour enrichir le débat sur le résultat concret d’une action politique au service du peuple.

 J.B. 


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