Edito

À la lettre

Geoffroy Géraud-Legros / 22 février 2011

Le temps, en politique, est chose bien trompeuse. Si la succession des échéances peut donner l’impression d’un rythme effréné à ceux qui ne vivent que pour accumuler les mandats, les honneurs et les indemnités, le temps est long, interminable, pour ceux qui souffrent, et n’en peuvent plus d’attendre de voir poindre un peu de lumière.
Et l’on est presque pris de vertige à l’idée qu’il n’y a finalement "que" quatre années que Nicolas Sarkozy et sa politique de ruine organisée ont accédé aux commandes de l’État : délocalisations en cascade, coupes répétées dans la Sécurité sociale, explosion du nombre de chômeurs visible malgré les tripotages statistiques, loi racistes....On a peine à croire qu’en quelques années seulement, tant d’atteintes aient pu être portées contre un édifice républicain édifié au prix de décennies de luttes.

Ne parlons pas des torrents de scandales : entre les affaires de trafic de légion d’honneur et de copinage avec les dictateurs, ces quatre années donnent l’impression d’avoir donné lieu à autant de corruption que le siècle qui sépare les affaires de Panama et, déjà, des trafics de décorations, des affaires Elf, des rétrocommissions et tutti quanti.

Meublé de la sorte par des évènements en rafale, le temps qui sépare le peuple du moment où ses dirigeants formulent des engagements paraît, lui, abyssal. Ainsi, un évènement tel que le Conseil interministériel de l’Outre-mer (CIOM), tenu il y a plus d’un an à peine à l’Élysée, semble incroyablement distant. Souvenez-vous : pressé par les grandes révoltes sociales des Outremers, Nicolas Sarkozy s’engageait, en y mettant toutes les formes républicaines, à une série de mesures qui devaient révolutionner la condition des citoyens ultramarins.

Dans le contexte d’aujourd’hui, où l’on enferme les lycéens et où l’on ferme les chantiers, alors qu’on injurie ouvertement les jeunes et qu’on publie des rapports qui stigmatisent les Réunionnais noirs, on a franchement l’impression que les grandes déclarations qui figurent noir sur blanc dans les documents du CIOM datent d’une autre époque.

Particulièrement distante semble la promesse d’« un plan de lutte contre l’illettrisme extrêmement ambitieux, avec des objectifs très volontaristes », censés, à la lettre « diminuer de moitié en dix ans l’écart entre La Réunion et la Métropole en matière d’illettrisme ». S’agissant des moyens promis, il semble que la méthode choisie par le pouvoir central consiste à... supprimer des postes dans l’Éducation nationale. Sur le plan local, la réponse est... Valérie Bénard, pour qui, citons-la à la lettre, « le nombre d’illettrismes augmente d’année en année ». On ne fera pas de commentaires : c’est déjà fait. Mais visiblement, la victoire sur l’illettrisme n’est pas pour demain.

G.G.-L.


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