Edito

A marche forcée

Geoffroy Géraud-Legros / 19 octobre 2010

Au début des années 1990, l’apparition sur la scène de l’Autrichien Jorg Haider, élu gouverneur de province après une campagne raciste dirigée contre la minorité slovène avait suscité un tollé. On parlait, alors, de bannir l’Autriche de l’Union européenne. Le même rejet frappait aussi l’italien Silvio Berlusconi, entré en coalition avec des partis fascistes. En France, le Front National obtenait des scores inquiétants sur le plan électoral, mais faisait l’objet – en apparence tout au moins - d’un isolement vigilant de la part des démocrates. En Allemagne, le douloureux souvenir des années 1930 et de la Shoah mettait tout discours raciste au-dehors de la sphère publique.
Comme cette civilisation des mœurs et du langage est désormais lointaine ! Ces dernières années, ont vu les Haider et les Berlusconi pulluler sur le Vieux continent.

Les faiseurs d’opinions et tous ceux à qui leur position confèrent une responsabilité ne s’y opposent guère. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à cautionner un discours et de prétendus "débats" que proscrivait autrefois l’esprit démocratique.
Ainsi, il est devenu banal de dire, au nom du « parler-vrai » et du « langage de vérité » ce que seule l’extrême droite se permettait de dire pendant le demi-siècle qui a suivi la Seconde guerre mondiale. On a entendu Berlusconi sur les Tziganes, l’extrême droite hollandaise contre l’Islam, Hortefeux qui trouve que plus d’un Arabe, c’est trop. On ne compte plus les "intellectuels" passés du Café du commerce au petit écran, pour qui compter les Noirs dans l’équipe nationale, répandre l’islamophobie, la négrophobie et l’antisémitisme sont choses tout-à-fait légitimes.
Aujourd’hui, c’est d’Allemagne que souffle le vent mauvais. Ceux qui ne partagent pas les "valeurs chrétiennes" n’ont qu’à dégager, déclarait en substance hier la Chancelière Angela Merkel, comme en écho au fameux « la France on l’aime ou on la quitte » lancé par Nicolas Sarkozy, il y a quelques années.

On aurait tort de rechercher dans les mentalités les causes du "retour" des "ultras". Ni les Français, ni les Italiens, ni les Allemands ne sont disposés "par nature" au fascisme ou au racisme. Ce qui est de retour, ce sont moins des inclinaisons naturelles des peuples, que les procédés employés par les pouvoirs politiques pour détourner les populations de gigantesques spoliations de leurs droits sociaux et économiques.
Comme dans les années 30, le grand capital et les Etats font payer aux salariés le prix de la crise déclenchée par un système marchand qu’ils ne veulent ni ne peuvent maîtriser. Prendre dans la poche des citoyens grâce au monopole fiscal des Etats, faire baisser les coûts de production via des "réformes" conduites à marche forcée : telle est la feuille de route partagée par les grandes entreprises et les Gouvernements, avec l’appui d’organisations internationales, dont le FMI et la Banque mondiale.
Partout, la tornade de la rigueur est précédée, accompagnée et suivie par le souffle du racisme. Comme celle du Juif hier, la stigmatisation de l’Arabe, du Turc, du Noir accompagne les discours de ceux qui prônent la « raison » budgétaire, la « rigueur », les divers « rabotages » et autres « serrage de ceinture » qu’on cherche à imposer aux peuples.

G.G.-L.



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  • Bien vu, Monsieur Legros. Mais je me demande si vous n’êtes pas (avec la notable exception de “Jeune Afrique”)le seul journaliste français à faire montre de lucidité. Le silence de quasi tous les journaux et périodiques sur ce sujet est assourdissant ! Ont-ils peur de perdre leurs lecteurs les plus bêtes, nous prennent-ils tous pour des imbéciles... En tout cas, ils manquent gravement à leur devoir. Bravo et continuez ainsi, vous lire est une bouffée d’air frais dans l’atmosphère putride qui se généralise.

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