Edito

À qui profite la fatalité ?

Geoffroy Géraud-Legros / 12 août 2010

Brasiers géants en Russie, inondations diluviennes au Pakistan et en Chine… À en croire l’opinion commune, le monde subirait aujourd’hui un lot de catastrophes inévitables ; le changement climatique, dit-on, est là : il faut se résigner à en subir les conséquences.

Un fatalisme qui fait écho à la complainte qui accompagne la crise économique et financière, laquelle emprunte d’ailleurs volontiers au registre de la catastrophe naturelle : dépression, tornade, séisme, le déferlement de la crise est lui aussi présenté comme un phénomène contre lequel rien n’est possible.

Et de la même manière que le roseau doit se courber pour résister au vent, il faudrait, nous dit-on, nous incliner devant les nécessité, et accepter sans broncher les plans dits d’“austérité”, de “rigueur”.
Bref, on est prié de se serrer la ceinture et d’attendre que ça passe.

Le problème est qu’on ne demande pas à tout le monde de plier et de serrer pareil. Immédiatement après la chute de l’édifice bancaire universel, les États — c’est-à-dire vos impôts, les miens et ceux de gens qui nous ressemblent aux quatre coins du monde — ont trouvé à plusieurs reprises des milliards à donner aux banques et aux patrons. Qu’a-t-on dit à chaque fois ? Qu’il n’était pas possible de faire autrement.

Moralité : c’est la même fatalité qui fait les poches au petit peuple et remplit celle des traders, banquiers et spéculateurs de tous genres. L’inéluctable, finalement, a du bon : tout dépend de quel côté on se place.

Certes, dira-t-on, mais qu’en est-il de la crise climatique ? Pour le coup, n’y-a-t-il pas là un impérieux ordre des choses ? La catastrophe n’est-elle pas inscrite dans une “vraie” fatalité, face à laquelle riches et pauvres sont confondus ? L’argument porte...a condition qu’il ne serve pas à faire oublier que tout n’est pas joué, et qu’il est encore temps d’empêcher les responsables du réchauffement climatique de s’enrichir en condamnant la planète.
Et à bien y réfléchir, c’est peut-être dans la fatalité même que demeure l’espoir.
Dans l’Europe des grandes pestes d’il y a quelques siècles, les riches avaient dû se résoudre à construire des tout-à-l’égoût pour tous : ils avaient fini par comprendre que la maladie ne restait pas dans les quartiers pauvres dont le manque d’hygiène faisait des foyers de pandémie. Et que tous riches qu’ils étaient, ils claquaient comme des mouches.
Comme la peste, le réchauffement climatique produit des effets qui s’imposent à tous : tout l’argent du monde ne ne permettra pas de les éviter.

G.G.-L.


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