Edito

Afghanistan
Le massacre des Innocents

Témoignages.re / 25 août 2009

Le 21 août 2008, un an à peine, nous écrivions : « il y a eu des guerres où l’on a sacrifié des milliers de jeunes vies généreuses en sachant, dès le départ, que ces sacrifices seraient vains.
 Et nous ne pouvons taire notre colère face à l’inanité de cette guerre en Afghanistan qui n’ose dire son nom. […] Cette guerre n’a atteint aucun des buts que les États-Unis lui avaient assignés.
 […] Au bagne illégal de Guantanamo, des centaines de personnes sont toujours retenues sans jugement, au mépris du droit international, au mépris des droits de l’Homme. […] En Afghanistan, les forces occidentales en présence s’évertuent à maintenir au pouvoir un gouvernement dont tous les observateurs s’accordent à reconnaître l’inefficacité du fait des dissensions, des rivalités et de la corruption — souvent liée au trafic de drogue — qui le minent ».
Un an plus tard, 81% des États-Uniens et 86% des Français estiment qu’existe « un vrai risque d’enlisement des troupes de la coalition » dans cette guerre. Celle-ci apparaissant de plus en plus aux yeux des Occidentaux comme « une guerre d’occupation ».
Fin juillet, 58% des Britanniques disaient cette guerre vouée à être perdue.
En lieu et place de la démocratie promise, la coalition (1) a soutenu et continue de soutenir Hamid Karzaï, un chef Pachtoun dont ses propres partisans lui reprochent aujourd’hui son alliance avec des chefs de guerre accusés de crimes contre l’humanité et sa tolérance pour les trafiquants de drogue.
En 2004, la culture du pavot occupait 30.000 hectares. En 2008, ce sont 105.000 hectares — tous en région pachtoune — qui fournissent 92% de la production mondiale d’opium.
Parmi les chefs de guerre avec lesquels Hamid Karzaï partage — dans les faits — le pouvoir, figure Gulbuddin Hekmatyar (2) qui a revendiqué la responsabilité de l’embuscade de Surobi du 18 août 2008 dans laquelle sont tombés 10 soldats français (3).
Pour donner un vernis de démocratie à cet assemblage, la coalition a couvert un simulacre d’élection présidentielle. Dès la clôture du scrutin, les observateurs européens se sont empressés de proclamer que cette élection était globalement satisfaisante. Une avalanche de protestations des observateurs Afghans est aussitôt venue apporter un cruel démenti à cette caution mensongère.
Une seule chose est vraie, les Afghans ne veulent plus du régime des talibans, mais nombreux sont ceux qui disent ne plus vouloir non plus des troupes d’occupation ni des criminels de guerre illégitimes qui oppriment un peuple par le feu des armes fournies par les puissances occupantes (4).
La solution réclamée par de nombreuses associations afghanes d’opposition consisterait en la convocation de loya jirgas (5) qui procèderaient à la désignation de chefs respectés par les différentes ethnies afghanes.
Mais nos stratèges démocrates occidentaux persistant à trouver “démocratique” la récente élection présidentielle, il est à redouter que ce pays, maintenu dans un état de guerre chronique — diviser pour régner —, ne subisse encore longtemps les affres d’une sale guerre.
Sale guerre dont le prix est payé des vies d’innocents Afghans et de jeunes occidentaux auxquels ont fait faire la guerre à un peuple n’aspirant — dans sa très grande majorité — qu’à la paix.
Un terrible massacre des Innocents.

Jean Saint-Marc

(1)Pays de la coalition : États-Unis, Australie, Bahreïn, Belgique, Canada, Croatie, République tchèque, Danemark, France, Allemagne, Irlande, Italie, Japon, Jordanie, Lituanie, Pays-Bas, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Pologne, Portugal, Roumanie, Suède, Royaume-Uni, Ouzbékistan.
(2)12 gouverneurs sur 34, et 6 ministres appartiennent au Hezb-e-Islami, le parti de Hekmatyar.
(3) -10 soldats au nombre desquels le jeune Anthony Rivière.
(4) – Hekmatyar a perçu 3,3 milliards dollars des USA et la même somme de l’Arabie Saoudite à la demande des États-Unis.
(5)Loya jirgas : grande assemblée solennelle convoquée afin de prendre les grandes décisions concernant le peuple afghan.


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